Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

27/03/14 à 12:24 - Mise à jour à 12:24

"Pourquoi les riches ont-ils gagné ?"

Le dernier livre de Jean-Louis Servan Schreiber a le mérite d'avoir un titre choc en phase avec la période actuelle. Son titre est simple : "pourquoi les riches ont gagné ?", et son auteur, n'est pas un marxiste, ni un coupeur de têtes, il a même plutôt très bien réussi financièrement. Mais mieux que d'autres, Jean-Louis Servan Schreiber a compris que l'une des séquelles de cette crise qui dure depuis 6 ans maintenant aura été de creuser encore plus les inégalités.

Au journaliste belge qui l'avait interviewé, il y a quelques semaines, je me souviens qu'il avait démarré l'interview en lui expliquant que s'il avait intitulé son livre le "retour des inégalités", ce même journaliste ne se serait sans doute pas déplacé. Alors qu'avec un titre choc, comme "pourquoi les riches ont gagné ?", Jean-Louis Servan Schreiber était certain d'attirer l'attention !

Et il a eu raison de le faire sous cet angle ! Au-delà du titre de son livre, il a raison, les inégalités augmentent partout. La meilleure preuve de cette montée des inégalités vient d'en être donnée par le dernier classement des fortunes mondiales établi par le magazine américain Forbes. On y découvre que les 66 personnes les plus riches de la planète ont autant d'argent que les 3 milliards et demi d'habitants les plus pauvres.

Vous aviez bien entendu, 66 personnes seulement ont autant d'argent que 3 milliards et demi d'êtres humains. Même si on n'est pas de gauche, c'est un chiffre qui doit choquer et nous alerter. Si je parle de gauche, c'est à dessein, car aujourd'hui, de nombreux économistes catalogués comme libéraux s'inquiètent de cette montée des inégalités. A la limite, ce n'est même pas par altruisme, mais parce qu'ils savent que ce genre de situation est intenable à terme.

D'abord, parce que des inégalités trop fortes portent en elles les germes d'une éventuelle révolution sociale. L'histoire montre que quand les riches sont atteints de surdité, les pauvres finissent par se faire entendre de manière sanglante. Ensuite, parce que si la classe moyenne se délite, se décompose jour après jour, ce n'est pas bon pour l'économie, car n'importe quel économiste vous le dira, ce ne sont pas les riches qui font tourner l'économie mais l'immense classe moyenne.

Même des pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis qui sont des pays ultra-libéraux selon certains critères, même ces deux pays-là sont en train de se poser des questions sur cette montée des inégalités. Mais attention : pas parce que leurs dirigeants sont devenus subitement socialistes, mais parce que réduire les inégalités est devenu le moyen "à la mode" pour tenter de relancer la croissance.

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