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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

14/12/10 à 08:45 - Mise à jour à 08:45

Pourquoi les politiques ne condamnent pas la spéculation

Voilà pourquoi la condamnation de la spéculation est si difficile à mettre en place : en devenant clandestine, donc hors de contrôle, elle profiterait d'abord au crime organisé !

Les livres qui sortent et qui parlent de la crise ont deux petits défauts. Ils sont rarement rédigés par des Belges - le point de notre pays est donc souvent absent - et ce sont des pavés parfois indigestes. La spéculation pure et nue, le dernier livre de Paul Washer, corrige ces deux erreurs.

Son auteur, ingénieur civil de formation, a également été le dirigeant d'une des grandes entreprises de Belgique. Deuxième qualité de ce livre : même si son auteur est aujourd'hui à la retraite, Paul Washer a eu l'élégance de faire court pour ceux et celles qui sont encore actifs : 90 pages de textes en tout et pour tout. Mais 90 pages qui valent leur pesant de plutonium, comme dirait un ami !

L'une des questions soulevées par ce livre m'a interpellé. Pourquoi ne condamne-t-on pas la spéculation ? Après tout, comme l'a démontré Paul Washer dans ses autres livres, elle est la cause essentielle de cette récession. Pourquoi ne pas imposer une taxe Tobin sur cette spéculation, histoire de la freiner ou de la rendre moins intéressante ?

La réponse la plus idyllique - d'aucuns diront naïve - consiste à dire que c'est un accord, une sorte de pacte entre les politiques, essentiellement les Américains et la finance de Wall Street. Du genre : on ne taxe pas la spéculation mais vous vous engagez à restituer une partie suffisante dans l'économie réelle pour la redresser. Cette version a l'inconvénient de ne pas être plausible. Une deuxième version, plus plausible, consiste à dire que le lobbying bancaire à Wahsington a bien joué son rôle. Après tout, le lobby bancaire a contribué au financement de la campagne de Barack Obama. Cette deuxième version a l'avantage d'être plausible mais très classique,

La troisième version, celle de Paul Washer, pourrait expliquer l'inertie des politiques à l'égard de la spéculation : la peur que la condamnation de la spéculation la fasse basculer définitivement dans la clandestinité. Les hommes politiques américains auraient tiré le constat de leur échec contre la lutte contre la drogue pour ne pas refaire la même erreur pour la spéculation. Déclarer illégale la spéculation aurait, selon eux, renforcé cette spéculation car les autorités américaines sont convaincues que la spéculation a déjà retenu l'attention du crime organisé.

Voilà donc pourquoi la condamnation de la spéculation est si difficile à mettre en place. En devenant clandestine, donc hors de contrôle, elle profiterait d'abord au crime organisé !

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