Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

24/01/14 à 10:32 - Mise à jour à 10:32

Pourquoi les Français sont-ils à ce point déprimés?

"Pourquoi les Français sont-ils à ce point déprimés ?" La question est posée par bon nombre de business men et elle a été également posée par The Economist, le meilleur magazine économique au monde.

Et cette question ne vient pas aujourd'hui par hasard, la presse économique française y fait aussi écho. Par ailleurs, il suffit de parler avec quelques Français (des exilés fiscaux surtout) établis dans notre beau pays pour qu'ils vous disent la même chose : ils préfèrent l'ambiance de notre pays, y compris pour les affaires, car en France, et singulièrement à Paris, les gens sont moroses. D'ailleurs un sondage récent a montré que les Français, qui sont pourtant considérés comme les champions du monde de l'art de vivre, sont plus déprimés que les Ouzbeks et les Irakiens !

C'est fou, et le désamour pour la politique du président Hollande ne peut pas expliquer à lui seul ce résultat ! Est-ce dû à leur passé littéraire qui de Chateaubriand et son "mal du siècle", en passant par "Bonjour Tristesse" de Sagan, ou plus récemment encore avec les livres de Michel Houellebecq, fait que ce grand peuple se complait dans le blues et la nostalgie ?

Est-ce la faute à cet appétit congénital pour l'autocritique et le doute cher à Descartes ? Ou est-ce la faute aux talk-shows à la parisienne dont l'humour est souvent sinistre, voire glauque ?

Personne aujourd'hui ne peut épingler une raison plus qu'une autre pour justifier ce pessimisme ambiant. Sans doute est-ce un mélange de tout cela et de bien d'autres raisons encore. Parmi lesquelles la perte de statut d'un pays qui figurait parmi les grandes nations de ce monde, et à l'inverse de la Grande-Bretagne, la France ne peut hélas pas compter sur le français comme langue dominante des affaires !

Et puis, comme le faisait remarquer un consultant français dans le journal Les Echos : en France, on a également peur du capitalisme. On finit par en faire mais par défaut, comme si c'était un médicament désagréable mais nécessaire pour se protéger d'un éventuel totalitarisme socialiste toujours à l'affût...

Bref, la France doute d'elle-même ! Et n'importe quel économiste vous le dira, y compris l'ancien ministre français Michel Peyrefitte qui consacra sur le tard sa thèse de doctorat au rôle de la confiance dans l'économie, le premier carburant de la croissance économique, c'est la confiance ! Confiance qui s'accommode mal avec le doute méthodique... Or, comme la France est la deuxième économie de la zone euro, le retour à l'optimisme des Français est une urgence pour nous tous, et en particulier pour la Belgique qui est à la fois un gros client mais également un important investisseur, bien avant la Chine d'ailleurs !

Mais la question aujourd'hui, c'est comment faire pour redonner confiance aux Français, personne n'a encore trouvé la formule. Sans doute parce que comme l'écrivait joliment le magazine The Economist, les Français savent que "l'optimisme est pour les idiots" et que la sophistication consiste à "tenir une conversation glauque sur un verre de Saint-Emilion".

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