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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

18/05/10 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Pourquoi les Américains se laisseront tomber en faillite, selon Fiorentino

Peut-on vraiment imaginer que la première puissance mondiale se laissera faire par les marchés financiers sans réagir ? Selon Marc Fiorentino, les Américains ne vont pas se défendre, ils vont même se laisser faire !

A priori, un trader sait comment la Bourse fonctionne, quels sont ses ressorts officiels mais aussi - et surtout - ses ressorts cachés. C'est bien entendu le cas de Marc Fiorentino, un trader français interviewé cette semaine par le magazine Le Vif/L'Express. L'idée de l'interview était excellente car Marc Fiorentino a été l'un des golden boys des années 1990 sur la place de Paris. Il sait donc de quoi il parle. En outre, l'âge venant, il s'est mis à écrire des polars financiers qui se vendent comme des petits pains. Son livre Un trader ne meurt jamais s'est par exemple vendu à plus de 50.000 exemplaires, ce qui est énorme pour un premier livre. Cela veut dire aussi qu'il a le sens de la vulgarisation...

A la question "que pensez-vous de la situation en Grèce ?", sa réponse est claire et donne froid dans le dos : pour Marc Fiorentino, le cas grec n'est qu'un petit test de ce qui nous attend, un test avant de mener la "mère de toutes les batailles", comme aurait dit Saddam Hussein. Cette future bataille, c'est celle de la dette publique américaine, ni plus ni moins !

Pour Marc Fiorentino, c'est évident, le grand public doit comprendre que les marchés financiers sont manipulés. Et si, pour le moment, les marchés financiers fourbissent leurs armes sur la Grèce et ensuite sur d'autres petits pays comme le Portugal, c'est exactement comme Hitler qui a d'abord envahi la Pologne et la Tchécoslovaquie avant de s'en prendre à un plus gros morceau, comme la France. Aux yeux du trader, les marchés financiers s'en prennent pour l'instant à la Grèce avant de cibler les Etats-Unis.

Le scénario suggéré par ce trader parisien a l'air fou. Peut-on vraiment imaginer que la première puissance mondiale se laissera faire par les marchés financiers sans réagir ? Là encore, la réponse fuse : en fait, les Américains ne vont pas se défendre, ils vont même se laisser faire ! Savez-vous pourquoi ? Parce que les Américains n'ont pas honte de faire faillite. C'est même l'inverse de notre culture européenne : outre-Atlantique, on pense qu'il faut avoir fait faillite deux fois avant de réussir ! Si l'on applique cette mentalité à la dette publique, les Américains diront en gros : OK, c'est vrai, on vous doit 100 mais on ne vous remboursera que 60. De la sorte, on restera debout et on sera toujours vos clients !

Autrement dit, si les Etats-Unis se font attaquer sur leur dette, ils n'hésiteront pas à se déclarer en faillite, se mettront dans une sorte de concordat et ne paieront qu'une partie de leur dette publique.

"Stop !, direz-vous. Ce scénario relève de la science-fiction : il signifie que les créanciers des Etats-Unis se laisseront tondre sans réagir. Or, le plus gros créancier mondial des Etats-Unis, ce sont les Chinois... Et l'on voit mal la Chine ne rien faire !"

Là encore, selon Marc Fiorentino, on a tout faux ! La Chine n'aura pas le choix de refuser l'annulation partielle de la dette américaine, car son intérêt n'est pas de voir les Etats-Unis en faillite. Pour la simple raison que la Chine doit pouvoir continuer à écouler ses marchandises aux Etats-Unis. Si son client fait la culbute, le Parti communiste saute également, car les usines chinoises tournent en bonne partie pour assouvir la consommation effrénée des Américains.

En mots plus imagés, le drogué chinois n'a pas intérêt à ce que le dealer américain disparaisse de la circulation.

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