Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/05/10 à 10:26 - Mise à jour à 10:26

Pourquoi il fallait sauver le soldat grec

Pourquoi avoir sauvé la Grèce ? Pourquoi avoir mis 100 milliards d'euros sur la table pour sauver un élève indiscipliné et qui plus est, a triché par le passé sur ses finances publiques ? Pour plus de 60% des Allemands, du moins à en croire les derniers sondages, la réponse est claire : il fallait laisser tomber les Grecs ! Sans doute que dans d'autres pays, dont le nôtre, certains pensent la même chose ! Alors, que leur répondre ?

Pourquoi avoir sauvé la Grèce ? Pourquoi avoir mis 100 milliards d'euros sur la table pour sauver un élève indiscipliné et qui plus est, a triché par le passé sur ses finances publiques ? Pour plus de 60% des Allemands, du moins à en croire les derniers sondages, la réponse est claire : il fallait laisser tomber les Grecs ! Sans doute que dans d'autres pays, dont le nôtre, certains pensent la même chose ! Alors, que leur répondre ?

La première réponse, c'est que la morale est la finance ne font pas toujours un bon couple. D'abord, parce que laisser tomber la Grèce, cela revient à plomber encore plus l'euro, qui reste malgré tout notre devise et c'est sur cet élément qu'a joué Angela Merkel pour faire passer la pilule auprès de ses concitoyens. Après tout, ce que détestent les exportateurs allemands, ce sont les variations de change intempestives, or, les allemands sont attachés à un euro fort, n'oublions qu'ils restent nostalgiques du Deutschemark, et souvenez-vous qu'ils n'ont accepté d'adhérer à l'euro qu'à condition qu'il soit fort !

Mais la vraie raison du sauvetage de la Grèce, il faut la chercher ailleurs. Si la Grèce devait faire faillite, ce sont les banques et les compagnies d'assurance européennes qui auraient le plus souffert. Ces banques et ces compagnies d'assurance détiennent en effet 70% de la dette publique grecque, donc 70% d'une dette de presque 300 milliards d'euros ! Et les spéculateurs sur les marchés financiers le savaient bien, et d'ailleurs à chaque fois qu'ils bousculaient la Grèce, ce sont les actions des banques européennes qui ont le plus trinqué et parmi ces banques, ce sont les banques françaises qui sont les plus concernées.

Et si Nicolas Sarkozy s'est autant investit dans le dossier grec, ce n'est pas uniquement parce qu'il voulait être plus sympathique que Merkel c'est parce que le secteur bancaire de son pays est en première ligne, avant même l'Allemagne ! Et donc, forcer les autres pays européens à partager le fardeau de l'aide à la Grèce est une bonne stratégie d'abord, parce que la France mutualise le coût de l'aide de la Grèce avec les autres pays et ensuite, parce que cette aide française reste malgré tout une goutte d'eau par rapport aux risques de pertes du secteur financier français.

Le mouvement n'a pas échappé à un économiste allemand, qui est par ailleurs conseiller du gouvernement allemand et qui tout au long de cette crise n'a pas cessé de dire que c'est l'Allemagne qui prend en charge la plus grosse partie de l'aide à la Grèce, alors qu'un pays comme la France est nettement plus en danger. Il n'a pas été écouté, mais aujourd'hui, il fait figure de héros en Allemagne, à tort, car laisser la Grèce faire faillite aurait conduit les marchés financiers à attaquer ensuite le Portugal, l'Espagne, or, la dette cumulée de ces 3 pays, Grèce, Espagne et Portugal, est de 1200 milliards d'euros et là, soyons clairs : autant les banques européennes auraient pu survivre à la faillite de la Grèce, autant elles auraient coulé avec la mise en défaut de ces 2 autres pays. Voilà, pourquoi il fallait sauver le soldat grec ! Non pas par altruisme, mais par pur égoïsme.

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