Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

06/12/13 à 11:22 - Mise à jour à 11:21

Pourquoi aucun banquier n'a été poursuivi en justice après la crise des subprimes

Paul Jorion est un Belge qui est davantage connu à l'étranger que dans son pays. C'est assez dommage, car c'est un observateur de l'économie de haut niveau - tous ses ouvrages ont le mérite de remettre en question les fondements même de la finance mondiale.

Dans l'une de ses dernières chroniques parues dans le journal Le Monde, Paul Jorion repose la question posée quelques jours avant lui publiquement par un juge américain: pourquoi aucun banquier n'a été poursuivi pénalement à la suite de la crise des subprimes ? Vous savez, ce sont ces crédits immobiliers risqués vendus comme des petits pains avant l'éclatement de la crise en 2008. La question est d'autant plus pertinente qu'aux Etats-Unis, dans un scandale financier précédent, celui des caisses d'épargne, environ 800 banquiers avaient été incriminés par la justice américaine ! Mais pourquoi n'est-ce pas le cas avec la crise des subprimes ? A cela, 3 réponses possibles selon ce juge américain.

La première, c'est que les gendarmes financiers ont été plus préoccupés à lutter contre les terroristes après le 11 septembre et n'avaient pas mis les moyens humains nécessaires pour traquer la fraude financière.

La deuxième réponse possible, c'est que la réponse des éventuels inculpés aurait été de dire qu'ils ne faisaient que mettre en pratique la volonté des politiques, Georges W. Bush en tête, qui voulaient que tous les Américains deviennent un jour propriétaire de leur logement.

Et la troisième réponse possible pour justifier cette absence d'inculpation des banquiers, c'est que la justice américaine cherche moins à punir des individus qu'à inculper des sociétés pour les faire changer d'attitude. Mais dans cette optique-là, la justice américaine se serait vu faire comprendre qu'en mettant en cause des banques, elle risquait de porter atteinte à l'économie américaine, voire mondiale. Si bien qu'au final, ni les individus, ni les sociétés n'ont été inquiétés. En d'autres mots, c'est au nom de l'intérêt général que tous les responsables de la crise des subprimes ne sont pas passés par la case "tribunaux". Cette explication ne doit cependant pas se traduire par le fait que la justice américaine serait totalement laxiste.

Depuis lors elle s'est rattrapée, et même très bien rattrapée, il n'y a qu'à voir l'amende ultra salée de 13 milliards de dollars qu'elle a infligée récemment à la banque JP Morgan. Mais attention: aussi impressionnante soit-elle, l'amende infligée à JP Morgan ne représente pas le pire des scénarios. En effet, les juges s'apprêtaient à lancer une procédure pénale contre la banque quand son patron, Jamie Dimon, a pris son téléphone pour demander aux juges de conclure un "deal" financier. Grâce à ce deal, il n'y aura pas de mise en cause directe des dirigeants de la banque. C'est évidemment une déception pour tous ceux qui ne comprennent pas qu'aucun patron de Wall Street n'ait été déclaré coupable de la crise. C'est cela aussi le capitalisme financier: face, je gagne et pile, tu perds.

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