Zone euro: la Commission salue prudemment les propositions de Merkel

04/06/18 à 14:11 - Mise à jour à 14:26

Source: Afp

La Commission européenne a salué prudemment lundi les propositions de la chancelière allemande Angela Merkel pour réformer la zone euro.

Zone euro: la Commission salue prudemment les propositions de Merkel

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"Ces propositions offrent, à notre avis, un paramètre pour parvenir à un accord sur les sujets majeurs", a estimé le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, questionné lors d'un point presse hebdomadaire à Bruxelles sur les idées détaillées par Mme Merkel dans un entretien dimanche au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. "La prochaine étape sera le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement (du 29) juin (...) Et nous répétons notre espoir, ou plutôt notre conviction, que le sommet sur l'euro ne sera pas un sommet où l'on discute, mais un sommet où l'on prend des décisions", a dit M. Schinas.

La Commission européenne avait détaillé le 6 décembre sa vision pour réformer la zone euro, emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron qui l'avait fait en septembre. Mme Merkel était longtemps restée silencieuse après avoir éprouvé des difficultés pour former un gouvernement à l'issue de législatives d'où son parti était sorti affaibli.

Parmi les réformes discutées, M. Macron avait proposé un budget spécifique et assez conséquent pour investir, mais aussi stabiliser la zone euro en cas de choc économique. La Commission européenne a elle proposé un embryon de budget, moins ambitieux, auquel Mme Merkel semble en partie adhérer.

Dans une réaction pour l'AFP aux propositions de Mme Merkel, le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici s'est démarqué des idées de la chancelière allemande sur le visage du Fonds monétaire européen (FME), dont la création est en discussion et qui devrait se substituer au FMI pour aider les pays de la zone euro en crise. "J'y suis favorable, à deux conditions", a prévenu l'ancien ministre des Finances du président français François Hollande. "Le futur FME devrait être responsable devant le Parlement européen car la zone euro et ses citoyens ont besoin de plus de démocratie, pas de plus de technocratie", a-t-il dit. "Ensuite, les traités européens devraient être respectés, notamment pour la surveillance budgétaire qui est confiée à la Commission par les 28 Etats membres", a-t-il ajouté.

En clair, M. Moscovici a insisté pour que ce FME soit un organe communautaire qui n'empiète pas sur les prérogatives de la Commission européenne. Alors que l'Allemagne imagine ce FME comme un organe intergouvernemental avec, en échange des prêts, un droit de regard sur les politiques des nationales des Etats membres, aux côtés de la Commission.

Où en sont les réformes de la zone euro ?

Priorité de l'Union européenne, le chantier visant à réformer la zone euro, cher au président français Emmanuel Macron, avance à pas comptés à cause de divergences parfois profondes entre Etats membres. Inquiets, certains pays du nord de l'UE, comme les Pays-Bas, l'Irlande, ou le Danemark ont demandé à ce que les propositions trop "ambitieuses" soient repoussées à plus tard. Les discussions ont longtemps pâti, par ailleurs, de l'absence de gouvernement en Allemagne, après la victoire étriquée d'Angela Merkel aux élections législatives de septembre 2017.

Achèvement de l'Union bancaire: avancé

L'UE considère cette question comme l'une des plus aisées à résoudre et ambitionne "des avancées concrètes" lors du sommet de juin. Il s'agit notamment de mettre en place une garantie européenne des dépôts bancaires, d'abord en réduisant le risque bancaire dans les Etats membres, puis en le mutualisant.

Les discussions, engagées depuis des années, ont progressé il y a dix jours, les Etats membres étant enfin parvenus à surmonter leurs divergences pour réduire les risques dans le secteur bancaire. Ce compromis était nécessaire pour que les pays du Nord, Allemagne en tête, acceptent de commencer à discuter d'une mutualisation du risque, eux qui craignent de devoir payer, en cas de faillite, pour les banques du Sud -- en particulier italiennes -- qu'ils estiment mal gérées.

Budget pour la zone euro: discuté

La France imagine un budget spécifique et assez conséquent pour investir, mais aussi stabiliser la zone euro en cas de choc économique. Il représenterait, selon M. Macron, "plusieurs points du PIB de la zone euro".

La Commission a proposé en mai un embryon de budget, beaucoup moins ambitieux, via deux instruments distincts: 25 milliards d'euros pour soutenir les réformes jugées prioritaires (retraites, marché du travail...) et jusqu'à 30 milliards d'euros de prêts pour les pays qui subiraient un choc économique important (catastrophe naturelle...). Angela Merkel semble en partie rejoindre Bruxelles, se disant favorable à "un budget d'investissement" de plusieurs dizaines de milliards d'euros et à des prêts à court terme pour les pays confrontés à des crises d'origine extérieure, qui seraient accordés par un futur "Fonds monétaire européen".

"Fonds monétaire européen": acté

Les 28 ont acté la transformation prochaine du Mécanisme européen de stabilité (MES), chargé de superviser les prêts aux Etats membres en difficulté, comme la Grèce, en une sorte de "Fonds monétaire européen". Ce fonds devrait se substituer au FMI, à l'échelle communautaire, pour aider les pays en crise. Il pourrait aussi endosser le rôle de "prêteur en dernier recours" (ou "backstop") pour les banques en détresse si les mécanismes de sauvegarde déjà prévus s'avéraient inefficaces.

L'Allemagne imagine ce FME comme un organe intergouvernemental avec, en échange des prêts, un droit de regard sur les politiques nationales des Etats membres, aux côtés de la Commission. Bruxelles préfère un organe communautaire qui n'empiète pas sur ses prérogatives.

"Super" ministre des Finances: repoussé

Emmanuel Macron est resté plutôt vague sur ce nouveau poste, qu'il imagine comme le "véritable responsable exécutif" de la zone euro.

Bruxelles a proposé de créer un "ministre européen de l'Economie et des Finances" en fusionnant la vice-présidence de la Commission européenne et la présidence de l'Eurogroupe --ce cénacle informel qui réunit les 19 ministres des Finances de la zone euro. Mais les ministres de l'Eurogroupe ont implicitement repoussé l'idée en décembre 2017 en élisant l'un des leurs à leur tête, le Portugais Mario Centeno, pour deux ans et demi.

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