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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/10/17 à 12:34 - Mise à jour à 12:34

'Vive notre complexité institutionnelle !'

Dans le bras de fer qui se joue en ce moment entre les indépendantistes de la Catalogne et le pouvoir central de Madrid, on parle hélas assez peu de l'opinion des patrons catalans. Et pour cause, ils sont peu à oser s'exprimer publiquement.

'Vive notre complexité institutionnelle !'

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy embrassant le président de la Catalogne Carles Puigdemont. © AFP

L'un d'eux, le patron de la société espagnole Freixnet et que nos lecteurs connaissent s'ils sont amateurs de Cava, a pourtant osé exprimer son scepticisme sur le projet indépendantiste. Et le simple fait d'avoir donné son opinion lui a valu d'être boycotté, ce qui a fait chuter ses ventes dans la région.

D'autres chefs d'entreprise refusent encore de s'exprimer sur ce sujet, car, ils le disent eux-mêmes de manière anonyme, ils seraient vite catalogués comme espagnolistes ou fascistes de service. Ces mêmes patrons avouent également que s'ils veulent obtenir des contrats avec les administrations locales ou s'ils sont commerçants dans un village, la meilleure chose à faire, c'est de se taire. Pourtant, la question économique n'est pas assez abordée lorsqu'on parle de l'indépendance de la Catalogne.

Il est vrai que la région indépendantiste génère à elle seule 20% de la richesse de l'Espagne et compte pour 25 à 30% dans les exportations, sa croissance est aussi supérieure à la moyenne nationale et son taux de chômage, même s'il reste élevé, est plus faible que le niveau national. Bref, tout cela démontre aux indépendantistes qu'ils peuvent se débrouiller mieux seuls qu'avec le reste du pays. Certes, sauf que le reste de l'Espagne est leur premier client. Les entreprises catalanes sont-elles prêtes à perdre leur premier client, leur premier débouché pour leurs produits et services ?

Et puis, si la Catalogne devient indépendante, elle sortirait automatiquement de l'Union européenne et elle devrait négocier son entrée comme nouveau pays. En attendant une réponse qui prendra des années, la région catalane sera face à des barrières douanières qui risqueraient d'asphyxier ses entreprises.

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En Catalogne, faute de négociations, tout le monde est perdant

D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si la banque Sabadell a annoncé qu'elle déménageait son siège social de Barcelone vers Alicante. D'autres, comme la Caixa, étudient également la question. C'est normal, en cas d'indépendance de la Catalogne, les banques basées dans la région n'auraient plus accès aux liquidités de la Banque centrale européenne. Et ça, c'est un prix trop cher à payer en cas de crise financière ! Pour faciliter leur déménagement, le gouvernement espagnol a mis en place - en urgence - un décret qui permet aux entreprises qui veulent changer de siège social de le faire sans devoir passer par une assemblée générale des actionnaires. En clair, c'est une manière de faciliter les déménagements et de mettre la pression sur les indépendantistes.

En fait, faute de négociations, tout le monde est perdant. Et c'est à ce moment-là que je rappelle à tout le monde que la Belgique est un modèle mondial de concertation. Mes amis étrangers me demandent souvent pourquoi la Belgique est si compliquée à comprendre, notamment avec tous ces niveaux de pouvoir politiques. C'est vrai que ce serait mieux si tout cela était simplifié, mais je me demande si la complexité du système institutionnel belge n'est pas le prix à payer pour éviter que du sang ne coule dans nos rues, comme c'est le cas au Proche-Orient, ou que la police n'ait la main lourde, comme en Catalogne. Si notre complexité institutionnelle nous évite vraiment tout cela, alors c'est simple: vive notre complexité !

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