Van Rompuy : "Si ces 750 milliards ne suffisent pas, nous ferons plus !"

09/06/10 à 17:37 - Mise à jour à 17:37

Source: Trends-Tendances

C'est une certitude : le président Herman Van Rompuy et les autres dirigeants européens défendront le projet de l'euro jusqu'au dernier eurocent. Mais leur travail ne fait que commencer. "Le filet de sécurité financier de 750 milliards nous donne seulement le temps de renforcer la vraie économie", déclare-t-il dans une interview accordée à Trends-Tendances. Extrait.

Van Rompuy : "Si ces 750 milliards ne suffisent pas, nous ferons plus !"

© EPA

Lisez l'intégralité de cette interview dans le magazine Trends-Tendances daté du 10 juin.

La phase aiguë de la crise est-elle passée ? "Je n'oserais pas vous l'affirmer, répond Herman Van Rompuy, président permanent du Conseil européen - alias le premier président de l'Europe. J'aime citer Harold Macmillan, ex-Premier ministre anglais dans les années 1950 et 1960 lorsqu'on lui demandait ce qui était le plus important en politique. Sa réponse était : Events, my boy, events. Nous n'échappons pas non plus à ce sort. Ce sont souvent des événements extérieurs qui nous dictent ce que nous devons faire."

Trends-Tendances. Etre président de l'Europe, ça change un homme ?

Herman Van Rompuy. Je suis resté le même garçon du peuple tout simple (il rit). C'est naturellement une tout autre vie. C'est la période professionnelle la plus intense de toute mon existence alors que j'ai 62 ans. C'est une expérience particulière.

Cette crise grave était-elle pour vous un "cadeau" pour vous permettre de donner d'emblée un contenu et une forme à votre fonction ?

Pour l'Europe et ses citoyens, la crise n'était pas un cadeau. Je m'étais aussi représenté les choses un peu différemment. Nous savions que la Grèce allait constituer un problème mais personne ne s'était attendu à ce que l'incendie se propage comme un feu de brousse et menace l'Europe et presque le monde entier. Mon premier travail ici a consisté à stimuler la croissance de l'économie européenne. Dans un scénario business as usual, la croissance resterait bloquée aux alentours de 1 % au cours des prochaines années. Ce qui ne nous permettra ni d'assurer notre place dans le monde ni de financer notre modèle social. Cette croissance doit donc augmenter. Au cours du premier Conseil européen informel que j'ai réuni le 11 février, tout le monde était enthousiaste pour donner la priorité à l'économie. Jusqu'à ce que les turbulences sur les marchés financiers liées à la Grèce viennent bousculer l'agenda. Dans ce bureau, j'ai alors pu réaliser pour la première fois un accord entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Le Conseil européen suivant, en mars, a également été éclipsé par le problème grec. Ce grand projet de renforcement de la croissance existe toujours mais il n'a pas reçu de visibilité à cause de cette crise.

Ce plan de 750 milliards est-il suffisant ? L'Espagne paie un intérêt plus élevé qu'avant le plan de sauvetage.

En Espagne, il y a quelques petits problèmes avec des caisses d'épargne régionales auxquels on donne des proportions excessives. Nous vivons dans un contexte caractérisé par des comportements disproportionnés et irrationnels. La méfiance et le pessimisme dominent massivement. Ce serait une bonne chose de laisser retomber la poussière et de regarder les choses à terme. Le problème de l'Espagne est d'ailleurs totalement différent de celui de la Grèce.

Quant à savoir si le montant de 750 milliards est suffisant, j'ai presque envie de sourire quand j'entends cette question. Pourquoi ? Parce que ce plan a stupéfié tout le monde. Personne ne s'était attendu à ce que nous soyons capables de prendre de telles décisions. Une semaine auparavant, les chefs de gouvernements européens eux-mêmes n'ont jamais pensé qu'ils y parviendraient. Nous avons donc lancé un signal fort, et voilà qu'on me demande : est-ce suffisant ? Aujourd'hui, il n'y a même pas l'ombre d'une demande pour mettre ce plan de sauvetage en oeuvre. Et si le plan devait ne pas suffire, ma réponse est simple : dans ce cas, nous ferons plus.

Là n'est donc pas le problème. Le vrai problème se situe beaucoup plus profondément. Le véritable enjeu consiste à imposer suffisamment de réformes dans la vraie économie. C'est indispensable pour donner de la cohérence au développement économique et à la politique dans la zone euro. C'est là la vraie mission. Il ne suffit pas d'assainir les finances publiques, il faut aussi accroître, améliorer la compétitivité. A cet égard, beaucoup de pays planchent sur une réforme des pensions. Nous n'éviterons pas non plus ce débat en Belgique.

Les écarts croissants de compétitivité au sein de l'Europe sont un problème qui a été totalement négligé. A ce sujet, je retourne jusqu'au Traité de Maastricht qui ne contient aucun critère pour la balance des paiements. J'ai toujours trouvé cela regrettable. A l'époque, je me suis laissé convaincre par l'argument selon lequel un critère d'inflation était suffisant. Un pays qui a une inflation faible a une bonne compétitivité et donc un excédent sur sa balance des opérations courantes. Tel était le raisonnement. Mais il n'était pas valable en Europe. On a ainsi vu apparaître d'énormes divergences sur les comptes des opérations courantes. La liste des pays présentant un déficit sur leurs comptes courants est aujourd'hui aussi la liste des pays à problèmes. L'Espagne avait déjà un gros déficit sur son compte courant depuis des années, et il suffisait d'y jeter un coup d'£il pour savoir que quelque chose couvait. Entre parenthèses, je tiens à faire remarquer que la Belgique a un excédent sur sa balance courante de 2 à 3 %. Un excédent structurel. Nous avons affiché un déficit en 2008 mais c'était dû aux prix pétroliers élevés qui à un moment donné ont été absolument déments.

Propos recueillis par Boudewiijn Vanpeteghem et Daan Killemaes

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