Une "Pax Electrica" pour les grands industriels

07/03/11 à 16:00 - Mise à jour à 16:00

Source: Trends-Tendances

Sept grands groupes viennent de signer un accord de principe avec Electrabel. Le "deal" ? Des investissements en échange de droits de tirage sur l'électricité nucléaire. Compréhensible : les prix de l'énergie n'ont cessé de grimper ces dernières années.

Une "Pax Electrica" pour les grands industriels

© Belga

Dans le domaine de l'énergie, l'environnement a totalement changé en 10 ans. Auparavant, les tarifs étaient régulés et les contrats signés sur du long terme. Avec l'ouverture des marchés de l'électricité entre 2001 et 2007, les prix ont été saucissonnés entre production (libéralisée), transport et distribution (encadrées), et commercialisation (libéralisée).

Des surcoûts se sont rajoutés quasi à chaque étape. Un exemple parmi d'autres : la cotisation fédérale, qui a quintuplé en sept ans. En ce qui concerne la production, la rente nucléaire d'Electrabel continue de faire débat. Et de façon générale, des industriels se sont plaints d'un manque de transparence dans la formation des prix. De plus en plus souvent, ils sont maintenant obligés d'acquérir leur électricité sur la Bourse énergétique Endex. Là, les cotations sont en bonne partie fonction des prix du gaz, liés eux-mêmes au pétrole (même si c'est de moins en moins le cas).

Actuellement, le KWh (kilowatt/heure) s'échange aux alentours des 50 euros pour livraison dans un an, qui est le paramètre de référence. Il est globalement stable. En 2008 lors de la flambée du prix du baril, les 70 euros en moyenne avaient été atteints, selon la CREG. Bref, comme le résume un industriel, "les prix ne varient plus tellement en fonction de la quantité d'énergie que l'on achète mais bien en fonction du moment où on l'achète sur les marchés".

Pour éviter tous ces problèmes, une solution pouvait consister en des contrats de long terme, histoire de bénéficier de meilleures conditions. Cependant, la Commission européenne interdit les commandes de plus de cinq ans (voire même deux ans). Raison : cela ralentit l'entrée de nouveaux acteurs.

Une autre voie a alors été tentée. De grandes compagnies se sont regroupées en consortium pour négocier avec plus de poids face aux producteurs. Ce fut le cas en Suède avec BasEl (créé en 2005), en France avec Exeltium (2006) ou chez nous avec Blue Sky (2007). Ce dernier rassemble sept membres : ArcelorMittal, Aurubis, Aperam Stainless, Nyrstar, Tessenderlo, Solvay et Umicore. Soit une consommation annuelle de quelque 11 TWh (térawatts/ heure). Quelque 13 % de la consommation belge.

Quatre ans de démarches

Après quatre ans d'études et de discussions, Blue Sky a signé un accord avec Electrabel, le 23 février dernier. Les deux partenaires vont investir en commun dans l'extension, la rénovation ou la création de centrales de différents types pour une puissance de 800 MW (A titre comparatif Tihange 1 a une capacité de 962 MW). En échange, l'électricien va octroyer des droits de tirage sur sa production nucléaire.

Intérêt pour Blue Sky ? "Obtenir des prix plus compétitifs et une sécurité d'approvisionnement sur le long terme", explique Olivier Montfort, managing director de Blue Sky. Intérêt pour Electrabel ? "Offrir une solution adaptée aux besoins des clients", dit-on officiellement. Décodage possible : ne pas aller au clash avec des clients incontournables. Seul bémol : le deal doit encore être défini en monnaie sonnante. Blue Sky espère rendre les choses opérationnelles avant la fin de l'année.

Quant aux PME et aux autres industries, les problèmes restent intacts. L'an passé, la fédération qui les défend sur le plan de l'énergie, la Febeliec, avait regretté un "doublement" des prix globaux entre 2002 et 2009 et dénoncé des "prix parmi les plus élevés d'Europe".

Jean-Christophe de Wasseige

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