Un nouveau secrétaire général pour l'Opep ?

01/06/16 à 15:44 - Mise à jour à 15:43

Source: Afp

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pourrait nommer jeudi à Vienne un nouveau secrétaire général pour succéder au Libyen Abdallah el-Badri, en poste depuis 2007.

Un nouveau secrétaire général pour l'Opep ?

© Reuters

Le ministre vénézuélien du Pétrole Eulogio del Pino a ainsi annoncé mercredi que son pays proposerait la candidature d'Ali Rodriguez Araque, l'actuel ambassadeur du Venezuela à la Havane qui a déjà occupé le poste de secrétaire général du cartel de janvier 2001 à juin 2002.

"Nous proposons (la candidature) d'Ali Rodriguez Araque", a déclaré le ministre vénézuélien du Pétrole à son arrivée dans la capitale autrichienne, précisant toutefois que cette candidature "devra être discutée avec les autres pays car il y a plusieurs candidats", notamment un pour le Nigeria et un autre pour l'Indonésie.

Le ministre nigérian du Pétrole Emmanuel Ibe Kachikwu a en effet confirmé mardi à Vienne que son pays comptait présenter un candidat à la succession de M. Badri. Il s'agit de Mohammed Barkindo, ancien dirigeant de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), selon l'agence de presse Bloomberg News.

De son côté, l'agence russe Interfax citant une source diplomatique anonyme à Vienne a affirmé qu'il existait "une très forte probabilité" qu'un "représentant de l'Indonésie" soit choisi comme secrétaire général de l'Opep ce jeudi. Le nom de Mahendra Siregar, ancien vice-ministre des Finances indonésien, est cité par Bloomberg News.

Les dissensions régnant au sein du cartel ont empêché jusqu'à présent ses membres de s'entendre sur un successeur à Abdallah el-Badri, qui devait quitter ses fonctions en 2012 au terme d'un second mandat, mais dont le mandat a été prolongé depuis.

Une réunion alors que le "prix juste" du pétrole n'est pas loin

Par ailleurs, dans un marché pétrolier qui a lentement mais sûrement remonté la pente depuis ses plus bas du début d'année, l'Opep devrait à nouveau opter pour le statu quo lors de sa réunion semestrielle de jeudi.

Ainsi, le ministre de l'Énergie des Émirats arabes unis Suhail al-Mazroui s'est-il dit "optimiste" concernant l'évolution des prix du pétrole mardi à son arrivée dans la capitale autrichienne, estimant que le baril devrait atteindre un "prix juste" à la fois pour les consommateurs et pour les producteurs d'ici la fin de l'année . "Cette année est l'année de la correction" pour le pétrole, a-t-il insisté.

Avec un baril de pétrole qui avoisine désormais les 50 dollars le baril, et alors que la plupart des organismes internationaux du secteur s'accordent à prédire un rééquilibrage du marché d'ici à la fin de l'année, la probabilité que l'Opep infléchisse sa position par rapport à sa réunion de décembre est jugée hautement improbable par la plupart des observateurs.

Loin d'avoir préparé le terrain à un quelconque changement de stratégie du cartel, l'incapacité des grands producteurs de brut à s'entendre sur une limitation de leur production à la mi-avril à Doha est considérée par beaucoup comme le signe de l'absence d'une réelle volonté de réduire la surabondance mondiale d'offre, à l'heure où le marché semble bien parti pour s'en charger lui-même.

"Les règles du marché, qui sont la demande et l'offre, fonctionnent et je pense que c'est l'essence de cette politique" de l'Opep, a ajouté M. al-Mazroui, tout en refusant de donner la moindre indication sur l'issue à attendre de la réunion de jeudi.

De son côté, le ministre nigérian du Pétrole Emmanuel Ibe Kachikwu a également constaté mardi à son arrivée à Vienne que le marché allait "bien" et que "les prix montaient".

"Après que les réunions de Doha (en février et en avril) ont échoué à parvenir à un accord sur un gel de la production, il est peu probable que cette réunion ordinaire de l'Opep produise un résultat différent, surtout au moment où l'Iran continue de répéter qu'il n'a aucune intention de plafonner sa production de pétrole ou ses exportations", commente Fawad Razaqzada, analyste chez City Index.

Retour en force de l'Iran

La rivalité opposant Téhéran, de retour sur le marché pétrolier à la faveur de la levée des sanctions occidentales, à l'Arabie saoudite, poids lourd du cartel, a largement contribué à l'impasse des négociations menées depuis le début de l'année sur un éventuel gel de la production au niveau mondial, alors que Ryad a toujours indiqué qu'il n'y consentirait pas unilatéralement.

Fidèle à son objectif de regagner aussi vite que possible le terrain perdu depuis 2012, l'Iran vient d'annoncer qu'il comptait exporter, à partir de cet été, 2,2 millions de barils de pétrole par jour, retrouvant ainsi son niveau d'exportation d'avant les sanctions.

Et pour Helima Croft, qui dirige la division matières premières de RBC Capital Markets, rien n'indique que l'Arabie saoudite soit prête de son côté à se désengager de la guerre d'usure pour le maintien de ses parts de marché engagée fin 2014, d'autant que "le tout-puissant vice-prince héritier semble particulièrement concentré sur son effort de réforme économique de grande ampleur et pas particulièrement affecté par l'environnement de prix actuel".

"De façon générale, la croyance est que le marché va finir par se rééquilibrer à un moment donné", ce qui ne devrait guère encourager l'Opep à prendre une quelconque initiative, alors que les prix sont redevenus plutôt confortables pour la plupart des producteurs du cartel, abonde Alexander Poegl, analyste principal chez JBC Energy.

Le cartel de 13 pays, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril, en hausse de 3,5% sur un an.

Dans ce contexte, "la chose la plus excitante à attendre (de ce sommet) est que la délégation saoudienne sera différente de la dernière fois", après le limogeage début mai du vétéran Ali al-Nouaïmi.

Mais là encore, d'aucuns pensent que ce remaniement ministériel ne devrait foncièrement rien changer à la politique énergétique saoudienne, si ce n'est sur le plan de la communication, devenue, avec le nouveau ministre de l'Énergie Khaled al-Faleh, "plus directe qu'elle ne l'était du temps d'al-Nouaïmi", selon M. Poegl.

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