"Un haut niveau d'endettement, voilà le péché originel"

09/05/16 à 13:28 - Mise à jour à 13:28

Source: Belga

Après avoir grand ouvert les robinets du crédit, la Chine doit désormais restreindre son niveau d'endettement pour endiguer les créances douteuses et éviter une crise financière, a averti lundi le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste chinois, citant une source anonyme "ayant autorité".

"Un haut niveau d'endettement, voilà le péché originel"

Courir à la verticale. © REUTERS

Dans un long "questions-réponses", qui débute en Une et occupe la totalité de la deuxième page, cette source fait valoir que l'envolée de la dette chinoise, encouragée par les autorités pour stimuler une activité à la peine, ne peut se poursuivre indéfiniment.

"Un haut niveau d'endettement, voilà le péché originel, c'est la source de risques financiers importants. Quand l'endettement est élevé, les dangers sur les changes, les Bourses, le marché obligataire et les banques grimpent de concert", s'est alarmée cette "personne ayant autorité".

Selon les estimations de Bloomberg Intelligence, la dette chinoise approche au total 250% du Produit intérieur brut (PIB). Et les banques enregistrent une rapide progression des créances douteuses (prêts présentant un fort risque de non-remboursement).

Dans ce contexte, "il ne faut pas gonfler encore la dette pour stimuler la croissance économique. Rien ne serait plus périlleux que de (poursuivre dans cette voie) sans trancher résolument: un bâton de canne à sucre n'est pas sucré à ses deux extrémités", a prévenu l'interviewé.

Il faut donc enrayer la montée des nouveaux crédits: "Un arbre ne pousse pas jusqu'au ciel. Si des contrôles ne sont pas mis efficacement en place, (l'endettement élevé) conduira à une crise financière systémique, fera se contracter l'économie et même s'évaporer l'épargne des ménages", a-t-il encore averti.

Pékin est engagé dans un ambitieux rééquilibrage de son modèle économique, plus orienté vers le marché, la consommation intérieure et les services.

Mais la transition s'avère douloureuse: la croissance continue de s'essouffler, l'activité manufacturière oscille toujours entre contraction et stagnation, l'industrie est minée par de colossales surcapacités.

Soucieux d'éviter un atterrissage brutal et de prévenir des mouvements sociaux, le gouvernement a intensifié ces derniers mois ses mesures de relance budgétaire pour stimuler l'activité, en sus d'une politique monétaire ultra-accommodante.

Mais les vues exprimées lundi dans le Quotidien du Peuple suggèrent que Pékin pourrait désormais "adopter une politique monétaire plus prudente", a observé Yang Zhao, analyste de la banque Nomura.

"Le gouvernement pourrait tenter d'accélérer le rythme des réformes structurelles, et (cet article) renforce notre opinion que le récent rebond des investissements, financés par la dette, devrait être éphémère", a-t-il poursuivi.

C'est la troisième fois en moins d'un an que le Quotidien du Peuple donne la parole à une "source ayant autorité" pour commenter la conjoncture --ce qui pourrait correspondre, selon des médias chinois, à un haut responsable gouvernemental ou à un universitaire associé aux politiques économiques.

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