Tsipras et Poutine autour de la table: la Grèce peut-elle vraiment échapper à l'embargo russe ?

08/04/15 à 15:37 - Mise à jour à 15:37

La Grèce est lourdement touchée par l'embargo russe sur les denrées alimentaires, qui sert de riposte aux sanctions de l'Union européenne. Même si Vladimir Poutine le voulait, la Russie pourrait-elle vraiment lever les sanctions contre la Grèce ?

Tsipras et Poutine autour de la table: la Grèce peut-elle vraiment échapper à l'embargo russe ?

Alexis Tsipras et Vladimir Poutine © Reuters

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras rencontre le président russe Vladimir Poutine ce mercredi 8 avril. Une rencontre suivie avec inquiétude par les autres membres de l'Union européenne. Dans sa recherche assidue pour trouver des alliés et du capital, le Premier ministre grec veut, entre autres, parler de l'exportation des denrées alimentaires avec les Russes. Ce qui n'est pas incompréhensible étant donné que la Grèce est lourdement touchée par l'embargo alimentaire imposé par la Russie, qui sert de riposte aux sanctions de l'UE décrétée suite au conflit en Ukraine.

Sanctions et ripostes aux sanctions

Le gouvernement grec a par ailleurs déjà saisi l'occasion de se distancer des lourdes sanctions imposées par l'UE en réaction à l'annexion de la Crimée. "Nous ne sommes pas d'accord avec les sanctions. C'est une voie sans issue", déclarait Alexis Tsipras la semaine dernière à l'agence de presse russe Itar-Tass.

La réaction de Tsipras est compréhensible étant donné que les exportations grecques vers la Russie consistent pour plus de 40% en produits agricoles. D'après les chiffres d'Incofruit-Hellas, l'association des entreprises grecques exportatrices et distributrices de fruits et légumes, en 2013, il y a eu pour 178 millions d'euros de légumes et de conserves exportés vers la Russie.

Ces exportations ont donc été réduites à néant et, en principe, les ripostes russes concernant les produits agricoles issus de l'UE resteront en vigueur jusqu'en août 2015, c'est-à-dire un an après leur adoption afin de protéger l'économie russe.

Levée des sanctions ?

La Grèce peut-elle - en tant que membre de l'Union européenne - d'une manière ou d'une autre échapper aux sanctions russes et redémarrer les exportations de fruits et autres produits agricoles vers la Russie ?

En principe non, car le ministre russe de l'Agriculture Nikolai Fyodorov a fait comprendre que l'embargo des denrées alimentaires contre la Grèce ne serait levé que dans le cas où Athènes quitte l'Union européenne. En tant que membre de l'UE, la Grèce ne peut en effet pas signer d'accord commercial séparé avec la Russie. Elle a cependant la compétence de mettre son veto contre d'éventuelles nouvelles sanctions envers la Russie.

Il reste la question de savoir si la Russie a intérêt à inciter la Grèce à s'éloigner de l'Union européenne. Il est probable que les Russes préfèrent que les Grecs restent au sein de l'Union pour leur permettre d'ainsi étendre leur influence au sein même de l'Europe.

La Russie évoque un possible assouplissement de l'embargo

Ce mercredi après-midi, le ministre russe de l'Economie, Alexeï Oulioukaïev, a évoqué tout de même évoqué la possibilité d'assouplir pour la Grèce l'embargo alimentaire imposé à l'UE.

"Nous évoquerons cette question en profondeur demain (jeudi) lors d'une rencontre du Premier ministre Dmitri Medvedev avec le Premier ministre grec à laquelle je participerai", a déclaré M. Oulioukaïev, cité par les agences russes. "Nous avons préparé une série de propositions en rapport avec l'embargo et les avons soumises à la discussion", a-t-il ajouté.

La Russie est le plus important partenaire commercial des Grecs

Par ailleurs, la Grèce n'est pas le seul pays européen 'pro-Moscou' lié à la Russie sur le plan économique. C'est aussi le cas de la Hongrie, la Slovaquie, l'Italie et la Tchéquie.

Enfin, la Russie est le plus important partenaire commercial de la Grèce, avec un excédent commercial de 9,3 milliards d'euros en 2013.

Dès que le marché russe pour les denrées alimentaires se libérera, la Grèce sera, avec la Turquie et Chypre, le premier pays qui y aura à nouveau accès, d'après Sergey Dankvert, responsable du service pour la sécurité alimentaire russe Rosselkhoznadzor. (RT.com/BO).

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