Daan Killemaes
Daan Killemaes
Rédacteur en chef de Trends Magazine (NL)
Opinion

29/01/18 à 10:16 - Mise à jour à 10:15

"Trump est assis à la table de notre dessert budgétaire"

C'est un péché mortel, que ce gouvernement ne fasse, lui non plus, meilleur usage de la bonne conjoncture et du bonus d'intérêts. C'est l'opinion du rédacteur en chef du Trends néerlandophone, Daan Killemaes.

"Trump est assis à la table de notre dessert budgétaire"

© Reuters

La Belgique arrive au dessert du plus grand lunch gratuit qui ait jamais été offert à l'Etat. Ce lunch gratuit est la constante diminution des charges d'intérêts au cours des dernières années. On peut même parler d'un copieux dîner gratuit, digne d'un restaurant étoilé.

L'an dernier par exemple, ce bonus d'intérêts a presque injecté 2 milliards d'euros de plus dans le budget. Depuis 2000, les charges d'intérêts sont passées de 6,7% du PIB à 2,5% l'an dernier. En euros d'aujourd'hui, ce bonus représente plus de 20 milliards d'euros.

La Belgique n'a hélas pas préparé ce lunch elle-même en réduisant la dette de l'Etat par le biais d'excédents budgétaires. Non, nous devrions nous mettre à genoux pour remercier la spectaculaire diminution des taux d'intérêt à long terme.

Cette tendance a commencé au début des années 80, mais elle semble à présent finalement s'essouffler, si elle ne s'est du moins pas déjà inversée. Le contribuable a le droit de s'en inquiéter car nos finances publiques, avec une dette publique encore égale à 100% du PIB, sont toujours très vulnérables à une hausse de taux d'intérêt.

Intérêts

Imaginez maintenant un processus de planification budgétaire sans bonus d'intérêts, ou même avec une hausse de la facture d'intérêts. Le gouvernement devrait camper des mois à Val Duchesse, addict comme il est à cet argent facile. Sous le gouvernement Michel aussi, le solde budgétaire structurel est en grande partie dû à la diminution des charges d'intérêt.

Le palmarès depuis 2000 est encore pire: le bonus d'intérêts a été dévoré jusqu'à la dernière miette. Les plus grands goinfres à table ont d'abord été les gouvernements violets, suivis de la crise de 2008-2011, avec pour résultat final un dérapage des dépenses.

On est passé à côté d'une chance en or de payer le vieillissement de la population. Les caisses vides du Fonds de vieillissement sont le triste symbole de cette politique.

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Trump est assis à la table de notre petit dessert budgétaire

Le dessert du lunch est à présent servi. Mais attention, le président américain Donald Trump a déjà les doigts dans le gâteau. Aux Etats-Unis, les taux d'intérêt sont doucement en hausse depuis l'été 2016.

Avec une politique budgétaire expansionniste, Trump va davantage recourir aux marchés obligataires, à un moment où les banques centrales occidentales, les grands acheteurs des dettes d'Etat, réduisent leur frénésie d'achats.

Pour la première fois depuis 2014, les Etats occidentaux vont offrir davantage d'obligations d'Etat que les banques centrales en achètent. Cela va inévitablement mettre une pression à la hausse sur les taux d'intérêt, et pas seulement aux USA. L'Europe suivra vraisemblablement, certainement si la BCE arrête son programme de rachat des obligations d'Etat à partir de septembre.

Cette normalisation progressive des taux d'intérêt n'est pas une catastrophe, au contraire. C'est un signal d'un regain de croissance économique. A court terme, c'est beaucoup plus une bénédiction pour notre budget qu'une malédiction. Le bonus des hausses de recettes fiscales est beaucoup plus important que le malus de la hausse des taux d'intérêt.

Le festin ne durera pas

L'Etat belge s'est également joliment couvert contre cette hausse en se finançant à toujours plus long terme. La durée moyenne de la dette publique belge est désormais de neuf ans, de telle sorte qu'une hausse du taux d'intérêt ne se répercutera que très lentement dans le budget.

Jusqu'en 2020, la charge d'intérêt devrait continuer à diminuer, bien que le bonus diminue chaque année. La Belgique bénéficie même en ce moment d'un effet boule de neige inversé. La croissance nominale du PIB est dans ce cas plus grande que le taux d'intérêt implicite sur la dette publique, de telle sorte que cette dette diminue en partie d'elle-même.

A plus long terme, ce petit festin ne durera bien sûr pas. C'est un péché mortel, que ce gouvernement ne fasse, lui non plus, meilleur usage de la bonne conjoncture et du bonus d'intérêts, afin d'accélérer l'élimination du déficit budgétaire et la diminution de la dette publique. La politique budgétaire est, tout comme dans le reste de l'Europe, trop expansionniste.

En ces temps favorables, il serait sage d'enregistrer un surplus budgétaire afin de pouvoir se permettre un déficit en des temps plus mauvais. Aucun gouvernement n'a toutefois déjà pu dire non au festin du bonus d'intérêts, pour devoir un jour constater qu'un festin gratuit, ça n'existe pas.

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