"Toute idée neuve d'un commerçant qui dynamise la ville aura notre soutien"

30/11/17 à 10:47 - Mise à jour à 10:47
Du Trends-Tendances du 23/11/17

Bourgmestre de la Ville de Bruxelles depuis six mois à peine, Philippe Close vient de connaître son baptême du feu. Emeutes, sécurité, piétonnier, stade national, boom démographique, menace du PTB... Les dossiers s'empilent pour le mandataire socialiste qui compte bien mener la liste de son parti aux prochaines élections communales.

"Toute idée neuve d'un commerçant qui dynamise la ville aura notre soutien"

© Laurie Diffembacq (Belgaimage)

Philippe Close vient de connaître sa première grosse crise en tant que bourgmestre de Bruxelles. Placé sous le feu des critiques majoritairement flamandes après l'éclatement des émeutes, l'homme politique persiste et signe : " la police a fait son job et elle a ramené le calme en ville ". Pour Trends-Tendances, Philippe Close revient sur ces derniers événements et la gestion délicate d'autres dossiers explosifs comme le piétonnier et le futur stade national, juste après avoir présenté son budget en équilibre au conseil communal pour l'année 2018.

TRENDS-TENDANCES. L'image de Bruxelles a de nouveau souffert avec les émeutes de ces derniers jours. Cela ne mine-t-il pas les efforts de la Région qui a déboursé 4 millions d'euros cette année pour une campagne visant à redorer le blason de la ville ?

PHILIPPE CLOSE. Bien avant l'image de Bruxelles, je veux d'abord penser aux gens qui ont subi les événements de ces derniers jours : les policiers, les commerçants... Pour le reste, il faut gérer. Je tiens à rappeler que nous avons 900 manifestations revendicatives et 3.500 événements par an à Bruxelles. C'est exceptionnel. Quand j'en parle avec mes collègues européens, ils me disent qu'aucun d'entre eux n'a ça ! Je le dis et je le redis : on a la chance d'avoir une police extrêmement bien préparée en Belgique. Alors, certains syndicats chargent la barque - ce que je trouve un peu curieux et je pense qu'il y a là un agenda caché - mais je peux vous dire qu'on a une vraie réactivité. Moi, je suis à la Ville de Bruxelles depuis près de 20 ans et cette police connaît très bien le terrain. Elle peut faire face à la fois aux événements de proximité et aux événements internationaux que sont les sommets européens. On a cette expertise qui est reconnue à l'étranger, mais ce n'est pas pour ça qu'on ne doit pas s'améliorer.

Profil

- Né le 18 mars 1971 à Namur.

- Licencié en droit à l'Université Libre de Bruxelles.

- En 1999, il rejoint l'Institut Emile Vandervelde, le centre d'études du Parti socialiste.

- En 2000, il devient porte-parole du président du PS Elio Di Rupo, avant de rejoindre, un an plus tard, l'équipe de Freddy Thielemans, alors bourgmestre de la Ville de Bruxelles, en tant que directeur de cabinet.

- En 2006, il est élu au conseil communal de la Ville de Bruxelles et devient échevin en charge du Tourisme et du Personnel.

- En 2009, il devient également député bruxellois, poste

qu'il abandonnera après avoir été désigné bourgmestre de Bruxelles en juin 2017, suite à la démission d'Yvan Mayeur.

Concrètement, allez-vous déployer des moyens spécifiques à Bruxelles lorsque le Maroc jouera son premier match à la Coupe du Monde de football en juin prochain ?

Nous allons prendre des dispositions parce que Bruxelles est une ville cosmopolite et c'est aussi sa force. Il y a 184 nationalités, ce qui fait que Bruxelles est la ville la plus cosmopolite du monde après Dubaï. Donc, pour la Coupe du Monde, on aura tous les soirs une fête...

Mais on sait que certaines communautés sont très représentées à Bruxelles et que le danger y est plus palpable...

Pour ce qui s'est passé à Bruxelles après le match Maroc-Côte d'Ivoire, je ne vais certainement pas dire que c'est la responsabilité de la communauté marocaine. Ce sont des voyous et des vandales qu'il faut condamner. Alors oui, la plupart sont d'origine marocaine, il ne faut pas non plus se voiler la face, mais ce sont d'abord des voyous et des vandales. C'est ça l'important et il faut être très ferme par rapport à ces actes de violence.

Que vous a inspiré la réaction du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX) qui, sur Facebook, a immédiatement focalisé son discours sur les " provocations policières " ?

Je ne suis pas dans l'émotion. Je dois gérer une ville et un corps de police de près de 3.000 hommes. Donc, je ne fais pas de commentaires sur les posts de l'un ou de l'autre. Encore une fois, les policiers ont fait le job : ils ont tenu les lignes, ils ont ramené le calme.

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"Il faut que je fasse revenir une classe moyenne contributive dans ma ville. Notre boulot, c'est d'équiper les quartiers pour les rendre favorables."

Donc, le MRAX n'a pas dérapé ?

Je pense que sa réaction était complètement ridicule, mais je ne tiens pas à faire d'autres commentaires. Dans ce genre d'événements, il faut garder la tête froide.

Vous êtes arrivé au poste de bourgmestre de Bruxelles, il y a quelques mois, dans le sillage d'Yvan Mayeur avec un héritage sans doute lourd à porter. Comment fait-on pour imprimer la marque Philippe Close dans un tel contexte de crise ?

La première chose que j'ai sentie, c'est que je devais poser un geste très fort sur la gouvernance. Donc, j'ai commencé par moi-même : j'ai coupé tous les parachutes politiques. Il n'y en a quand même pas beaucoup qui l'ont fait. J'ai tout de suite décumulé et j'ai diminué ma rémunération de 35 %.

Vous avez hérité de plusieurs dossiers dont le fameux piétonnier qui fait toujours polémique, notamment d'un point de vue économique. Vous défendez toujours ce projet à 100% ?

Moi, je crois beaucoup à la fonction organique des villes. Une ville, ce n'est pas un truc figé, c'est un organisme vivant qui évolue en permanence. Il faut à la fois des grandes lignes directrices avec un schéma et, en même temps, il y a des choses qu'on ne contrôle pas et c'est tant mieux. Aujourd'hui, l'important, sur la rénovation des boulevards du centre, c'est que les travaux ont commencé. Moi, je ne suis pas un bourgmestre anti-voitures. Je suis un bourgmestre qui voudrait moins de pollution, évidemment, mais je suis d'abord un bourgmestre qui défend tous les modes de transport et qui veut équiper les quartiers. Si je veux pouvoir payer les politiques publiques, je ne vais pas augmenter les taxes parce que je sais qu'elles sont déjà très hautes et que je risque détruire tout le tissu économique. Donc, il faut que je fasse revenir une classe moyenne contributive dans ma ville. Notre boulot, c'est d'équiper les quartiers pour les rendre attractifs.

En attendant, le centre-ville vit une situation transitoire difficile. Les gens fuient le piétonnier, les commerçants se plaignent et certains Bruxellois n'osent même plus y venir, surtout depuis la violence des derniers événements. Comment pouvez-vous les rassurer ?

J'ai envie de leur dire qu'il y a une vraie convivialité et des vraies choses positives dans le centre de Bruxelles. Il suffit de se promener dans le quartier de la place Sainte-Catherine pour s'en rendre compte. On s'apprête à ouvrir les Plaisirs d'Hiver, un moment de fête incroyable qui attire plus de deux millions de touristes. Alors, ce que je veux dire maintenant au monde de l'entreprise et aux commerçants qui en ont souffert, c'est ceci : je sais que c'est dur, mais soyez imaginatifs et nous serons prêts à soutenir vos idées car le budget consacré au commerce n'a jamais été aussi important pour développer des programmes qui veulent booster le secteur. Toute idée neuve et pertinente d'un commerçant qui dynamise la ville aura notre soutien.

Mais ce piétonnier, quand sera-t-il véritablement terminé ?

Nous avons tous les permis et en 2018, une bonne partie sera déjà réalisée. J'espère vraiment que le piétonnier sera complètement terminé en 2019-2020.

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"Ma feuille de route aujourd'hui, c'est rétablir la confiance, assurer la sécurité, donner de l'emploi, coproduire la ville et l'équiper."

Un autre chantier potentiel dont vous avez hérité, c'est le stade national qui est une saga à rebondissements. Que peut-on dire aujourd'hui aux Belges qui attendent cette nouvelle infrastructure pour l'Euro 2020 ?

C'est aux mains de la N-VA ! Vous savez, qu'on aime ou qu'on n'aime pas le foot, toutes les grands villes ont des arènes depuis l'Antiquité. Bruxelles, si elle veut jouer dans cette division européenne, doit aussi avoir une arène. Le choix de l'implantation n'était pas simple. On a fait un montage que j'assume. Il s'agit d'un accord Ville-Région parce qu'il fallait trouver une solution. Je pense que nous avons fait ce que nous pouvions. Nous avons mis en place les choses, mais aujourd'hui, la balle n'est plus dans notre camp. C'est la N-VA au gouvernement flamand qui a les clés...

Cela veut dire qu'un seul parti prend en otage le stade national ?

Oui, c'est le parti majoritaire en Belgique et c'est un secret de polichinelle : c'est lui qui a la main au gouvernement fédéral et au gouvernement flamand. Personnellement, je m'étonne du silence assourdissant du gouvernement fédéral pour un projet national. Cela doit quand même nous interpeller sur la difficulté de mener des projets nationaux...

Mais à titre personnel, êtes-vous optimiste ou pessimiste pour ce stade ?

(Silence) Le problème, c'est que, même si le dossier aboutit, il risque d'y avoir encore un ultime rebondissement ou un piège derrière. C'est très dur à entendre pour la population, mais on est vraiment en présence d'institutions qui ont du mal à se parler. Aujourd'hui, il n'est pas normal que le gouvernement fédéral ne réunisse pas tout le monde - Ville, Régions, Communauté flamande, Fédération Wallonie-Bruxelles, etc. - pour faire avancer le dossier.

Quid du projet Neo, ce nouveau quartier prévu sur le site du Heysel avec un tout nouveau centre de congrès, si jamais le stade national ne se concrétise pas ?

Si le stade national ne se fait pas, ça ne change rien pour Neo. Ce projet-là est une priorité. On a trouvé l'investisseur qui est Unibail, premier groupe européen coté de l'immobilier commercial et deuxième groupe mondial, et c'est la première fois qu'il investit en Belgique. C'est une bonne nouvelle parce qu'il ose investir chez nous 600 millions d'euros. Quand on inclut l'investisseur public, c'est un milliard d'euros d'investissements sur le plateau du Heysel qui va être investi ! Comme bourgmestre, je m'en réjouis car nous allons quand même créer à terme 3.500 nouveau emplois sur le site. Ce n'est pas seulement un projet immobilier, c'est un nouveau morceau de ville et j'en suis très fier. On espère l'inaugurer en 2021 ou en 2022.

Le projet inclut aussi un centre commercial. Après le Dockx inauguré il y a an à peine, cette multiplication de centres commerciaux ne menace-t-elle pas à terme les commerces du centre-ville ?

Non, parce qu'on investit énormément dans le centre et énormément dans le nord. N'oubliez pas que nous connaissons un boom démographique gigantesque à Bruxelles. Il faut rappeler que, dans même pas 10 ans, c'est comme si on ajoutait une grande ville comme Charleroi ou Gand, soit entre 200.000 et 250.000 habitants, dans la Région bruxelloise. Donc vous imaginez bien que le potentiel, à la fois en termes de logements et de développement commercial, est énorme. Je suis absolument convaincu que l'un ne mangera pas l'autre.

En tant que bourgmestre socialiste, allié au MR à la Ville de Bruxelles, comment vous positionnez-vous aujourd'hui par rapport au PTB à moins d'un an des élections communales ?

Je ne suis pas du tout pour l'instant dans une logique d'élections. Aujourd'hui, je gère cette ville. Objectivement, je me poserai la question des élections en juin ou en juillet 2018. Je sais que j'ai peu de temps pour établir la confiance auprès des citoyens, des entreprises, des commerçants, des associations... Alors, ça peut ressembler à une figure de style, mais toutes ces gesticulations à propos des élections ne me concernent pas.

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"Je vais vous donner un scoop : je regrette vraiment que le sp.a soit sorti de la majorité et, pour moi, il n'est pas question qu'il n'y ait pas de néerlandophones sur la liste que je mènerai aux communales."

Ce n'est pas de la langue de bois ?

Non. Ma feuille de route aujourd'hui, c'est rétablir la confiance, assurer la sécurité, donner de l'emploi, coproduire la ville et l'équiper. Ma priorité, c'est donner " une envie de Bruxelles " comme je dis souvent. Alors, je comprends que les gens s'excitent avec les élections, mais honnêtement, ce n'est pas dans ma feuille de route. Mes journées sont très bien remplies et je n'ai pas de temps pour ça.

Vous ne faites peut-être pas de plan sur la comète, mais je suppose que vous aimeriez rempiler ?

C'est clair : je serai tête de liste de mon parti aux communales. Il n'y a aucun doute là-dessus. Mon intention est bien d'être bourgmestre après 2018, mais en même temps, j'ai l'humilité nécessaire pour dire que cela reste le choix de l'électeur. Je lui montrerai notre bilan et, surtout, tout ce qu'on peut continuer à faire pour développer Bruxelles.

Et dans cette intention, le MR est toujours le partenaire idéal ?

On ne peut pas dire qu'il y a de mauvais rapports entre nous. Il y a un équilibre qui se fait et je ne peux pas cacher qu'on a une majorité qui fonctionne plutôt bien. Mais je vais vous donner un scoop : je regrette vraiment que le sp.a soit sorti de la majorité et, pour moi, il n'est pas question qu'il n'y ait pas de néerlandophones sur la liste que je mènerai. Si ça peut être la sp.a Ans Persoons, tant mieux, car je ne conçois pas qu'on ne puisse pas avoir une liste bilingue dans la capitale du pays.

On revient à l'ancien système des listes communes...

Je pense que c'est fondamental. C'est le sens de Bruxelles. Moi, je ne crois pas au repli communautaire que peuvent avoir DéFi ou la N-VA. Ce ne sont vraiment pas des choses auxquelles je crois. Je pense qu'ils se trompent.

Mais aujourd'hui, ce métier de bourgmestre vous plaît-il ? Etes-vous heureux ?

Oui, je suis très heureux, mais je ne pense pas que c'est un métier. C'est vraiment un mandat et je ne pense pas qu'il faut s'y accrocher comme si c'était pour toute la vie. C'est parfois un des maux en politique. Et donc, il ne faut pas que ça devienne un métier. Nous avons besoin d'une société où les choses bougent et, parfois, je regrette le manque de perméabilité entre le monde public et le monde privé. Il y a peu d'hommes politiques qui se reconvertissent dans le privé. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France, on y passe facilement, mais pas chez nous. Alors, on a un peu de gens du privé qui viennent en politique, principalement des avocats, mais pas beaucoup d'entrepreneurs. Je pense qu'il faudra, à un moment donné, décloisonner tout ça.

Dans ces communales à venir, pensez-vous que l'ombre d'Yvan Mayeur puisse porter préjudice aux résultats du PS ?

Je ne me tourne pas vers le passé, mais vers le futur. Ce n'est pas non plus de la langue de bois. Je ne vais pas jouer à me faire peur. Je regarde devant et mon équipe me rassure parce qu'elle est extrêmement soudée.

Vous êtes toujours en contact avec Yvan Mayeur ?

Non, je ne sais pas ce qu'il devient. Il s'est coupé lui-même de tout. Il a tiré un trait, je pense.

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