Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le GIEC

15/02/10 à 11:16 - Mise à jour à 11:16

Source: Trends-Tendances

Depuis décembre 2009, rien ne va plus pour le GIEC : éclaboussé par des erreurs, devenues des "affaires", et de sérieux problèmes de communication, le groupe d'experts climatique patauge. Après des mois de recherches,Olivier Daniélo nous livre ce document, coup de projecteur sur des mois de tourmente...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le GIEC

© Epa

En quelques semaines, le GIEC, Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Climat, a été éclaboussé par de nombreuses "affaires" : données fausses, introduction de biais et déformation du contenu d'études citées, manque de fiabilité des références, comportement dommageable du président du GIEC Rajendra Pachauri, et enfin, tribalisme climatique (affaire du Climategate). Quelles leçons tirer de ces nombreux problèmes ? Comment transformer cette crise de confiance en une opportunité pour que les rapports du GIEC deviennent plus solides ?

- Problèmes liés à des données fausses -

Niveau de la mer - Dans l'AR4 on peut lire : "Les Pays-Bas sont un exemple de pays très vulnérable à la montée du niveau marin, parce que 55% de son territoire est situé au dessous du niveau de la mer, et c'est là que vit 60% de la population, correspondant à 65% du produit national brut" [IPCC]. Or ce n'est pas 55% mais 26% du pays qui est situé en dessous de la mer. La Ministre de l'environnement Jacqueline Cramer a exigé que le GIEC donne des explications et a décidé de lancer une enquête pour vérifier le contenu du rapport AR4. La Ministre a indiqué : "cela ne m'amuse pas de devoir corriger ces erreurs. Elles ne doivent pas se reproduire". [Radio Netherlands / AFP]

Production agricole en Afrique du nord - L'AR4 indique que la production agricole d'Afrique du nord pourraît chuter de 50% entre 2000 et 2020. On retrouve également cette affirmation dans le résumé pour les décideurs. Or, elle n'a strictement aucun fondement scientifique, comme l'a confirmé le climatologue Chris Field [IPCC /Sunday Times]. Cette erreur a malheureusement été répétée à l'occasion de discours publics, par le secrétaire général de l'ONU Ban-Ki Moon, ainsi que par le président du GIEC Rajendra Pachauri. Une erreur nuisible à une bonne compréhension des faits par leur auditoire.

Glaciers himalayens - Dans l'AR4 il est écrit : "Les glaciers himalayens régressent plus rapidement que dans n'importe quelle autre région du monde, et si cette cadence se poursuit, la probabilité qu'ils aient disparu en 2035, et peut être avant, est très élevée. La surface totale de ces glaciers va vraisemblablement passer de 500 000 km2 aujourd'hui à 100 000 km2 en 2035" [IPPC ]. Il y a ici deux erreurs majeures :

- En premier lieu, la date de 2035 ne repose sur aucune donnée scientifique. Le GIEC a d'ailleurs publié un communiqué le confirmant. Mais le plus étrange est que le glaciologue autrichien Georg Kaser, a déclaré, dans un témoignage accordé à l'AFP, qu'il avait signalé l'erreur aux responsables du GIEC dès 2006, soit avant la publication de l'AR4. "Pour une raison que j'ignore, ils n'ont pas réagi" a-t-il déclaré [AFP]. Plusieurs climatologues indiens et des experts gouvernementaux avaient également signalé l'erreur.

- En second lieu, la surface actuelle des glaciers himalayens est de 33 000 km2, et non de 500 000 km2. Pour certains analystes qui suivent les activités du GIEC, ces deux erreurs seraient délibérées et de nature politique. Elle auraient pour objectif de faire pression sur les dirigeants de la Chine et de l'Inde, en leur faisant croire que les grands fleuves asiatiques pourraient ne plus être alimentés en eau douce avant 2035, afin de les pousser à réduire leurs émissions de CO2 et à freiner leur croissance économique [The Daily Mail]. Une étude du glaciologue indien Vijay Kumar Raina, publiée récemment dans la revue Science indique que "jusqu'à présent, il n'y pas de signe que l'Himalaya est en train de fondre" [Science].

Nucléaire - Dans l'AR4, on peut lire que le kWh nucléaire est meilleur marché que le kWh issu des centrales à charbon, ce qui est faux. Le Telegraph s'étonne par ailleurs de constater que l'AR4 se base en grande partie sur les données du site internet d'une association de promotion du nucléaire alors que des études scientifiques indépendantes sont disponibles au sujet du bilan du nucléaire [IPCC / The Telegraph]. Selon le Telegraph, l'AR4 contiendrait également des erreurs à propos de la partie concernant les énergies marines.

- Problèmes liés à l'introduction et biais et à la déformation du contenu d'études citées -

Réchauffement et eau douce - Le Wall Street Journal constate que l'AR4 mentionne les impacts négatifs potentiels du réchauffement sur la ressource eau douce, mais pas les impacts positifs potentiels, qui sont pourtant tout sauf négligeables [Wall Street Journal].

Réchauffement et coût des catastrophes climatiques - L'AR4 indique qu'une étude aurait établi un lien entre réchauffement et coût des catastrophes climatiques naturelles. Or aucune étude scientifique au monde n'a démontré un tel lien. Les scientifiques mentionnés dans cette partie du rapport, dont Roger Pielke Jr de l'Université du Colorado, ont vivement protesté. Le spécialiste des ouragans Chris Landsea, également cité dans cette partie de l'AR4, a quant à lui démissionné du GIEC, estimant que le collège de scientifiques était devenu très politisé, une tendance selon lui incompatible avec le "déroulement normal de la science" [Electron Economy].

- Problèmes liés à la fiabilité des références -

Glaciers africains, andins et alpins- Concernant l'impact supposé du réchauffement sur une partie des glaciers d'Afrique, des Andes et des Alpes, l'AR4 a comme référence un papier rédigé par des étudiants suisses en maîtrise de géographie, ainsi qu'un magazine pour passionnés d'alpinisme. [The Telegraph]. No comment !

Connivences avec le WWF et Greenpeace - En réalité ce sont 14 papiers du WWF -ONG qui promeut une vision politique de l'engagement écologique- non peer-reviewed qui sont cités dans l'AR4. La partie de l'AR4 concernant la vulnérabilité supposée de la forêt amazonienne au réchauffement climatique, se base, par exemple, sur un papier du WWF...Alors que des études scientifiques peer-reviewed sont disponibles sur le sujet (le papier du WWF cité dans l'AR4 y fait d'ailleurs la référence) ! De nombreux analystes et scientifiques concernés se demandent pourquoi le GIEC a préféré mentionner des papiers d'une ONG plutôt que de se référer directement aux documents scientifiques.

En ce qui concerne le lien entre réchauffement et état des récifs coraliens, l'AR4 se base sur une étude de Greenpeace, une autre organisation écologiste [National Post, Canada]. Andrew Revkin, journaliste du New York Times, a fait récemment échos de l'analyse d'Andrew Lacis, un climatologue du GISS-NASA qui a donné de son temps pour relire certains chapitres de l'AR4. Ce dernier a estimé que le résumé destiné aux décideurs ressemblait à un papier dont le contenu aurait été "assemblé par des activistes de Greenpeace et du département juridique de l'ONG" et conçu "avec comme seul objectif d'ennuyer les scientifiques sceptiques" [NewYork Times]. En réponse à cette déclaration, les responsables du GIEC ont simplement mentionné à Andrew Lacis que, " toute la littérature mentionnée par le GIEC était peer-reviewed ".

Etudes scientifiques chinoises- Des climatologues estiment anormal que les études scientifiques chinoises soient si peu citées dans les rapports du GIEC (China Daily / The Guardian) .

- Problèmes liés à la présidence du GIEC et au traitement des commentaires -


"Science vaudou" - Des climatologues indiens avaient écrit en 2006 (avant publication de l'AR4) aux responsables du GIEC pour leur demander des explications à propos des grossières erreurs commises sur les glaciers himalayens. Rajendra Pachauri, président du GIEC, avait alors rétorqué à ces scientifiques que leurs critiques relevaient de la "science vaudou". Ces propos ont naturellement été perçus comme très méprisants par le gouvernement indien...qui n'a pas tardé à annoncer (via le ministre de l'environnement) la création d'un GIEC indien : "La ligne est fine entre science climatique et évangélisme climatique. Je suis pour la science climatique (...) L'Inde est un très grand pays, et ne peut pas dépendre uniquement du GIEC donc nous avons lancé le INCCA (Indian Comprehensive Climate Change Assessment) " [The Telegraph]. John Sauven, directeur de Greenpeace Royaume-Uni a déclaré : "Si nous avons une nouvelle personne avec un esprit ouvert [à la place de Rajendra Pachauri ndlr], prêt à revoir fondamentalement la façon dont le GIEC travaille, alors la confiance envers le GIEC reviendra " [The Guardian].

- L'affaire du climategate -

Le Guardian a mené depuis décembre une véritable enquête au sujet du contenu des emails qui ont "fuité" du serveur de l'Université d'East Anglia, université britannique localisée à Norwich qui héberge l'un des principaux centres de recherche climatique du monde.[Le dossier est disponible ici : The Guardian]. Nul ne sait, à l'heure actuelle, comment ces mails ont été rendus publics. Une première hypothèse consiste en un hacking organisé par un groupe ayant de puissants moyens. D'autres analystes ont émis l'hypothèse que les mails auraient été rendus publics par des scientifiques de l'Université d'East Anglia, scientifiques qui auraient voulu, juste avant le sommet de Copenhague, alerter l'opinion publique sur les manipulations de données auxquelles se serait livré Phil Jones, le directeur de ce centre de recherche. Les autorités britanniques ont confirmé que ce centre de recherche public, en refusant de communiquer les données brutes relatives aux températures, avait violé la loi [BBC]. Le journaliste Fred Pearce affirme que les données provenant de Chine auraient (à confirmer) été manipulées. [The Guardian]

Dès le début de cette affaire, Judith Curry, spécialiste du changement climatique, avait déclaré : "j'espère que l'affaire du CRU d'East Anglia changera l'approche des scientifiques concernant la manière dont ils présentent leurs données au public et dont ils réagissent aux critiques formulées à propos de leur travail. A mon avis, il y a deux questions importantes qui sont soulevées par ces mails qui entravent la crédibilité des sciences climatiques auprès de l'opinion publique :
- manque de transparence (transparency) concernant les données climatiques [refus de communiquer les données brutes]
- comportement "tribal" (climate tribalism), visant à empêcher le déroulement normal d'évaluation par les pairs des publications scientifiques"
[New York Times]

Au tout début de l'affaire du Climategate, George Monbiot, écologiste et journaliste du Guardian, journal de gauche, s'inquiétait que les écologistes "ne sombrent dans le déni" [The Guardian]. Depuis, un nombre croissant de journalistes et d'écologistes ont pris conscience de l'ampleur du problème. En France, l'écologiste et journaliste Denis Delbeck salue le remarquable travail mené par le Guardian, travail qu'il qualifie de "salutaire" [Effet de Terre.fr].

A suivre...

Voir le blog d'Olivier Daniélo, Objectif Terre des Hommes

Par Olivier Daniélo, L'Expansion.com

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