Taxe sur les dépôts bancaires: "un acte barbare de type bolchévique", pour les Russes

18/03/13 à 14:34 - Mise à jour à 14:34

Source: Trends-Tendances

La taxation des dépôts bancaires à Chypre, qui touche durement les avoirs russes dans l'île, a été condamné par Vladimir Poutine et a déclenché une vague de protestations dans la presse russe. Florilège.

Taxe sur les dépôts bancaires: "un acte barbare de type bolchévique", pour les Russes

© AFP

La taxe sur les dépôts bancaires prévue dans le plan de sauvetage de Chypre négocié avec l'UE provoque l'ire de la Russie. En raison des nombreuses fortunes russes placées sur l'île, une telle mesure pourrait en effet coûter entre deux et trois milliards d'euros à ses ressortisants. Une protestation officielle a été émise par le président russe Vladimir Poutine qui juge "cette décision, si elle est adoptée (...) injuste, non professionnelle et dangereuse", selon son porte-parole Dmitri Peskov, cité par les agences russes. Mais la mesure est aussi très vertement villipendée par la presse russe qui s'en prend au passage à la soi-disant supériorité économique de l'Europe occidentale.

"La situation autour de Chypre montre que les déclarations sur l'économie européenne plus développée et civilisée que celle de Russie ne sont qu'un mythe", écrit ainsi le quotidien pro-gouvernemental Izvestia. L'expert Pavel Medvedev, cité par le journal, y voit même "un acte barbare de type soviétique". "Seuls les bolchéviks pratiquaient de telles choses pendant la guerre!"

"Aucun autre pays au seuil d'une faillite n'a jamais agi de la sorte", s'indigne également le milliardaire Alexandre Lebedev, cité par Izvestia. "Même si les Russes payent toutes ces taxes, ils ne travailleront plus avec Chypre (...) et la fuite des capitaux va être colossale", affirme M. Lebedev, actionnaire d'Aeroflot et propriétaire des journaux britanniques Evening Standard et The Independent.

"La nationalisation chypriote va provoquer le rapatriement (en Russie) des capitaux russes", a résumé Izvestia. "Que doivent faire ceux qui ont placé leurs avoirs à l'étranger? Les transférer en Russie, car la situation en Europe empire et les mesures de l'UE deviennent de plus en plus draconiennes", estime de son côté le quotidien populaire Komsomolskaïa Pravda. Pour le président de l'Association des banques de Russie Gareguine Tossounian, cité par le quotidien, "cacher son argent à l'étranger est la plus grande bêtise, car le rouble est l'une des devises les plus stables depuis des décennies. Et les banques (russes) aussi".

L'agence Moody's a estimé à 19 milliards de dollars (14,6 milliards d'euros) au 1er septembre 2012 les seuls avoirs de sociétés russes placés à Chypre. S'y ajouteraient 12 milliards de dollars d'avoirs de banques russes dans des établissements chypriotes, selon la même source.

Le débat parlementaire repoussé à mardi
Le débat parlementaire à Chypre sur le plan de sauvetage européen de l'île sur les dépôts bancaires a été repoussé à mardi 16 heures, a annoncé le président du Parlement Yiannakis Omirou. Il s'agit du deuxième report depuis samedi du vote sur cette mesure prévoyant un prélèvement pouvant atteindre jusqu'à 9,9% sur tous les dépôts bancaires.

Possible réunion de l'Eurogroupe par téléconférence lundi soir Les ministres des Finances de la zone euro se concerteront vraisemblablement déjà lundi soir, par téléconférence, pour faire le point sur une éventuelle adaptation du plan financier conclu avec Chypre.
Conclu dans la nuit de vendredi à samedi entre les ministres des Finances de la zone euro, ce plan d'aide européen de 10 milliards d'euros, conditionné à d'importants prélèvements en interne, notamment une ponction sur les comptes bancaires de 5,8 milliards d'euros, a suscité l'indignation à Chypre.

Il était lundi l'objet d'intenses tractations. Plusieurs responsables européens ont indiqué que le plan pouvait être infléchi, pour autant que le montant total de la contribution chypriote reste inchangé. Il est question de taxer plus légèrement les petits épargnants et d'infliger une taxe plus importante sur les dépôts importants. L'Eurogroupe évoquera vraisemblablement la situation par téléconférence lundi soir.

Des "lacunes" dans le plan de sauvetage, selon Juncke

L'ancien chef de l'Eurogroupe et actuel Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a implicitement critiqué lundi le plan de sauvetage de Chypre par la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), estimant que l'accord avait "des lacunes". "Je redoute une rupture de confiance, non seulement des banques, mais également des citoyens", a expliqué Jean-Claude Juncker à des journalistes à Vienne après un entretien avec le ministre autrichien des Affaires étrangères, Michael Spindelegger.

Il a également ironisé indirectement sur son successeur à la tête de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem: "C'est la première fois qu'un accord est élaboré sans ma participation, c'est pour cela qu'il comporte des lacunes".

Jean-Claude Juncker doit aussi rencontrer lundi après-midi à Vienne le président de la République, le social-démocrate Heinz Fischer.

Le chef du gouvernement autrichien, le social-démocrate Werner Faymann a également critiqué le plan de sauvetage pour Chypre. Pour lui, le rôle de l'Union européenne est de trouver "des réponses qui protègent les petites gens et les personnes avec des revenus moyens". Si l'on voulait s'attaquer à l'argent placé à Chypre par "les oligarques russes, on doit dire que le travailleur chypriote n'y peut pas grand chose", a-t-il ajouté, précisant que le devoir des responsables politiques européens était d'introduire plus d'égalité en Europe.

Nicosie avait demandé une aide européenne en juin 2012, après l'appel à l'aide de deux de ses principales banques au gouvernement, en raison de pertes évaluées à 4,5 milliards de dollars, conséquence de la crise grecque.

Asmussen (BCE) ouvre la porte à des amendements au plan d'aide

Jörg Asmussen, membre allemand du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a ouvert la porte lundi à des amendements au plan d'aide à Chypre décidé samedi à Bruxelles, tant que son financement était assuré. "C'est le programme d'ajustement du gouvernement chypriote, pas celui de la Troïka ou d'un autre gouvernement", a déclaré M. Asmussen lors d'une conférence à Berlin tandis qu'une source européenne à Bruxelles affirmait que des négociations étaient déjà en cours pour réviser ce plan.

"Si le président chypriote veut changer quelque chose à la taxe sur les dépôts, c'est entre ses mains", a-t-il ajouté, "il devra juste s'assurer que le financement est intact", c'est-à-dire que Chypre apporte sa propre contribution d'environ 6 milliards d'euros.

Le gouvernement de l'île devra décider lui-même du financement de sa contribution, a aussi déclaré lundi le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel, Steffen Seibert, lors d'un point presse régulier à Berlin.

La zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) ont trouvé samedi à l'aube un accord sur un plan de sauvetage d'un maximum de 10 milliards d'euros pour Chypre, en échange d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires censée rapporter 5,8 milliards d'euros.

Nicosie s'est engagé à instaurer une taxe de 6,75% sur les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts.

Chypre est le cinquième pays à bénéficier de l'aide de ses partenaires mais le premier pour lequel les épargnants sont ainsi mis à contribution. L'annonce de cette taxe a fait chuter les Bourses européennes, et la crainte d'une ruée sur les banques chypriotes, fermées lundi, gagnait du terrain.

Lisez aussi notre dossier sur le sauvetage de Chypre par l'EU dans notre Trends Tendances de ce jeudi 21 mars

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