Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

15/10/15 à 15:33 - Mise à jour à 16/10/15 à 10:59

Tax shift: "Ce qu'on te donne d'une main... profites-en bien !"

"Ce que l'on vous donne d'une main, on vous le reprend de l'autre" semble être la maxime préférée des opposants à la Suédoise (ou peut-être des opposants tout court, car elle sévit souvent peu importe le gouvernement en place).

Tax shift: "Ce qu'on te donne d'une main... profites-en bien !"

Le Premier ministre Charles Michel © BELGA

Rabâchée à longueur de législature, elle commence à sérieusement nous casser les oreilles - qui est assez naïf pour croire qu'un gouvernement, quel qu'il soit, puisse encore se permettre le luxe de donner sans rien attendre en retour ?

Alors oui, des baisses de charges devront forcément être compensées par une hausse des recettes. Les caisses de l'Etat ne permettent pas de grandes largesses... et c'est le principe même d'un shift. Bien entendu, si la somme est nulle pour tout le monde, mieux vaut ne rien sortir du tout. Mais ce n'est pas le cas du tax shift élaboré par Charles Michel pile un an après son entrée au 16 rue de la Loi.

Car cette fois-ci, les modalités pour faire gagner à chaque salarié belge 100 euros nets par mois sont connues. Par le biais d'une augmentation du montant de frais forfaitaires déductibles d'abord, par la suppression de la tranche d'imposition à 30 % et le relèvement des seuils d'exonération et de taxation à 45 % ensuite, et enfin par le bonus emploi. Ce gain de 1.200 euros nets par an est désormais inscrit dans le marbre - et il sera plus important encore pour les bas salaires.

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"Ce que le fédéral donne cette fois-ci est bon à prendre. Et s'il fallait retenir une maxime, ce serait plutôt celle-là : 'Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras'."

Et la hausse de la TVA sur l'électricité ? Pour un ménage moyen qui consomme 3.500 kWh par an, le coût sera de 105 euros (soit 52,5 euros par personne par an). Et les taxes sur l'alcool et les sodas ? Si vous consommez une bouteille de vin, un litre de soda et cinq cannettes de bière par semaine, il vous en coûtera royalement 11,30 euros sur l'année. Même en y ajoutant trois bouteilles d'alcool fort (par an, tout de même !), vous serez encore en dessous de 20 euros de dépenses annuelles supplémentaires. Oui mais, le capital est de nouveau le grand gagnant de cette histoire ! Certes, la taxe sur la spéculation semble un peu scabreuse, mais n'oublions pas que la hausse - non négligeable - du précompte mobilier de 25 à 27 % constitue un impôt sur le capital qui est pourtant déjà taxé dans le chef des sociétés. Mais justement, elle frappe de plein fouet la classe moyenne ! Pour annihiler la hausse du pouvoir d'achat concoctée par le gouvernement, il faut tout de même toucher 60.000 euros de dividendes par an. S'il y avait une définition précise de "classe moyenne", ce n'est sans doute pas ce qui la caractériserait en premier lieu. Les esprits chagrins pointeront que les hausses d'impôts interviendront avant les baisses de charges... C'est vrai, mais c'est de bonne guerre dans le contexte économique actuel.

Bien sûr, le budget de Charles Michel et son équipe n'est pas parfait. Bien sûr, il reste des points d'interrogation et il y aura toujours des perdants dans une réforme fiscale. Mais le plus drôle dans cette histoire, c'est que les premiers à cracher dans la soupe, qui oeuvrent au niveau wallon "pour défendre la classe moyenne", sont précisément ceux qui la grugent. En annonçant en grande pompe une baisse des droits de donation en Wallonie, l'équipe de Paul Magnette avait passé sous silence son intention d'augmenter les droits d'enregistrement de 12,5 à 15 % sur l'acquisition d'un troisième bien immobilier en Wallonie, peu importe que les deux autres soient localisés à Bruxelles ou en Flandre. Curieux lorsque l'on matraque qu'il n'y aura pas de hausses d'impôt... L'argument ? A partir de trois biens immobiliers, on est considéré comme un professionnel, et donc hors de la définition (assez extensible) de "classe moyenne".

Non, cet édito ne se terminera pas comme il a commencé. Ce que le fédéral donne cette fois-ci est bon à prendre. Et s'il fallait retenir une maxime, ce serait plutôt celle-là : "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras".

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