Strauss-Kahn a-t-il "humanisé" le FMI ?

22/02/11 à 10:38 - Mise à jour à 10:38

Source: Trends-Tendances

Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, a exprimé avec force son attachement au social dimanche lors de son intervention sur France 2. Un discours délicat à tenir pour celui qui incarne la dureté des plans d'austérité imposés à des pays en détresse...

Strauss-Kahn a-t-il "humanisé" le FMI ?

© Bloomberg

DSK n'a cessé de répéter combien le sort des petites gens lui importait, dimanche soir face à Laurent Delahousse lors du 20 heures de France 2. Son rôle au Fonds monétaire international ? "Je m'occupe des problèmes des gens." Le possible candidat du PS à la présidentielle de 2012 a manifestement voulu mettre l'accent sur le social. Mais du social, y en a-t-il eu dans sa présidence du FMI, l'institution ultralibérale par excellence ?

Cela ne fait aucun doute pour Stéphanie Antoine, auteur de DSK au FMI. La preuve, dès janvier 2008 à Davos, il prônait la préparation de plans de relance concertés pour faire face à la naissante crise des subprimes. C'était un signal hétérodoxe et progressiste fort, estime-t-elle. Larry Summers lui a d'ailleurs fait remarquer que c'était "bien la première fois qu'un patron du FMI incitait à creuser les déficits !" Et quand Lehman Brothers s'est effondré et que la crise a véritablement éclaté, le FMI a effectivement poussé chaque Etat à consacrer 2 % de son PIB à des plans de relance.

Cette réponse d'inspiration keynésienne à la crise financière représente la rupture la plus remarquable dans la philosophie de l'institution de Bretton Woods, mais la "renaissance" du FMI serait aussi perceptible dans d'autres aspects de la présidence de DSK. "Il a fait beaucoup pour réconcilier le FMI avec les pays pauvres d'Afrique, notamment en faisant participer les élites africaines à l'élaboration de solutions", affirme Stéphanie Antoine. Autre geste fort : la mise en place, inédite, d'un prêt à taux zéro pour les pays les plus pauvres. L'institution de Washington a en effet annoncé début 2009 qu'elle annulait le paiement des intérêts dus par les pays pauvres jusqu'à la fin de 2011.

Signe d'une certaine évolution sociale, le FMI a posé une nouvelle "conditionnalité sociale" à l'aide aux pays les plus pauvres : "Une partie de l'aide devra être utilisée pour protéger les plus vulnérables", avait expliqué DSK en mars 2009, évoquant la mise en place de "filets de sécurité" sociaux.

L'évolution "pro-social" du FMI n'a pas démarré avec DSK

Une évolution qui n'a pas toutefois démarré avec l'arrivée de DSK. A partir des années 2000, le FMI a commencé à assouplir ses politiques d'ajustement structurel et à amorcer une réflexion sur la bonne gouvernance et les institutions.

Si DSK a quelque peu adouci, voire "humanisé" l'institution tant honnie par les pays en développement, il ne faudrait pas pour autant y voir une transformation radicale de sa doctrine. Et les plans de rigueur spectaculaires imposés en échange de l'aide à la Grèce et l'Irlande sont là pour le rappeler.

Certes, le FMI s'est parfois avéré plus indulgent que l'Union européenne. C'est lui qui a obtenu l'allongement d'un an de la période accordée à l'Irlande pour ramener son déficit de 32 % à 3 % du PIB. Mais sur le fonds, les mesures d'austérité n'en sont pas moins drastiques : allocations chômage et familiales réduites, salaire minimum abaissé, emplois publics supprimés, TVA augmenté, etc.

Enfin, les grands discours vantant les mérites de la relance n'étaient pas adressés à tout le monde. Comme le souligne une étude du CEPR, "il y a toujours eu deux poids deux mesures : le fonds n'encourage pas les politiques macroéconomiques expansionnistes pour les pays à faible et moyen revenus comme il le fait pour les pays riches".

Le think tank américain a passé au crible 41 accords conclus par le FMI en pleine crise financière. Verdict : dans 31 cas, le Fonds a imposé, en période de récession ou de ralentissement de croissance, des mesures de rigueur "procycliques", soit des mesures qui allaient exacerber la récession. L'inspiration keynésienne est déjà plus lointaine...

Laura Raim, L'Expansion.com

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