Solidarité entre Etats : le nouveau crédo européen ?

23/01/12 à 09:59 - Mise à jour à 09:59

Source: Trends-Tendances

Le Premier ministre belge à Berlin pour convaincre l'Allemagne de coopérer davantage ; le commissaire européen aux Affaires économiques qui demande aux pays les mieux lotis d'aider les autres ; le chef de l'Etat italien qui supplie la chancelière d'aider son pays à emprunter à bas coûts... L'Europe de 2012 sera solidaire... ou peut-être ne sera-t-elle plus.

Solidarité entre Etats : le nouveau crédo européen ?

© Reuters

Elio Di Rupo à Berlin pour défendre le modèle européen

Elio Di Rupo, qui doit s'entretenir lundi à Berlin avec son homologue Angela Merkel, invite l'Allemagne à participer aux réformes socioéconomiques européennes sur base d'un "modèle européen" défendu par les 27 Etats-membres. Dans une interview à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, notre Premier ministre soutient notamment que "l'Europe ne doit pas s'inspirer du modèle allemand ou du modèle d'un autre Etat-membre mais développer un modèle européen défendu par les Vingt-Sept".

Le socialiste ne nie pas le "rôle important" que joue l'Allemagne sur le plan économique : elle vient en soutien des autres pays qui doivent lui en être reconnaissants, dit-il. "Cependant, l'Allemagne doit également coopérer avec les autres pays, car son avenir dépend aussi de leur prospérité."

De la même façon, le Premier ministre observe que la chancelière allemande et le président français Nicolas Sarkozy s'entretiennent régulièrement du devenir européen ou de l'avenir de la zone euro, "mais chaque pays doit pouvoir être entendu en ce qui concerne des décisions relatives aux 17 pays de la zone euro ou les 27 de l'Union européenne."

Di Rupo : "Une chose est sûre, la Belgique présentera un budget à l'équilibre en 2015"

Sur le fond, au-delà de la nécessité d'adopter des politiques budgétaires strictes, Elio Di Rupo invite à "renforcer la demande et le pouvoir d'achat". Il ne sert à rien "d'étrangler l'économie", dit-il, rappelant que ce ne sont ni les citoyens ni les gouvernements qui sont responsables de la crise actuelle mais bien les marchés financiers.

Interrogé par le Spiegel sur la nécessité de voir la Belgique adopter des réformes telles que l'Allemagne les a réalisées avec l'ancien chancelier Gerhard Schröder, Elio Di Rupo invite à ne pas comparer la situation d'un pays avec celle d'un autre, ajoutant qu'à l'époque de Gerhard Schröder, le monde financier ne pesait pas autant sur les politiques budgétaires qu'aujourd'hui.

La Belgique est un pays où la situation économique est plutôt bonne, assure-t-il. En 1993, le ratio de la dette était de 137 % : il est passé à 85 % à la mi-septembre de 2008. "Vous ne pouvez donc dire que nous n'avons pas été rigoureux", fait-il observer, rappelant que de grandes réformes socioéconomiques viennent d'être lancées durant les trois premières semaines d'activité du nouveau gouvernement.

Enfin, interrogé sur le maintien de l'indexation des salaires et des allocations, un système propre à la Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg, que l'Allemagne dénonce régulièrement, Elio Di Rupo souligne que cela fait partie de la tradition sociale du pays : "Je vais écouter ce qu'Angela Merkel a à dire et je suis certain qu'elle écoutera ce que j'ai à lui dire."

Le Premier ministre belge appelle à ne pas s'attarder sur des "slogans" ou des "symboles" mais à entreprendre "une action globale, sérieuse et continue". Il en va ainsi de la règle d'or de rigueur budgétaire, que les Etats-membres sont invités à inscrire dans leur Constitution. "Nous sommes en train d'en discuter dans les négociations sur le pacte fiscal mais une chose est sûre, la Belgique présentera un budget à l'équilibre en 2015."

Le commissaire Rehn demande aux pays mieux lotis, dont l'Allemagne, d'aider les autres

Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques, a demandé aux pays de la zone euro mieux lotis que les autres, l'Allemagne en tête, d'aider davantage à résoudre la crise, dans un entretien vendredi au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

Questionné pour savoir si les pays du Sud, avant tout l'Italie, avaient raison de demander à l'Allemagne davantage d'aide, le commissaire finlandais répond : "Leur appel ne s'adresse pas seulement au gouvernement allemand mais à tous ceux qui se portent mieux actuellement. Ces derniers ne doivent pas oublier combien ils ont profité de l'euro, grâce à des marchés d'exportation stables et une monnaie stable. Parce qu'aucune monnaie à l'intérieur de la zone euro ne peut être dévaluée, les pays exportateurs comme l'Allemagne vendent bien plus grâce à l'euro qu'avant l'euro."

Il précise cependant que les pays qui appellent les mieux lotis à aider les autres "doivent assumer leurs propres responsabilités".

Monti demande à l'Allemagne d'aider l'Italie à emprunter à bas coûts

Mario Monti, président du Conseil italien, avait demandé mardi, à l'Allemagne, d'aider l'Italie et les autres pays de la zone euro surendettés à abaisser leurs coûts d'emprunt, dans un entretien au Financial Times.

En échange du plan d'austérité dans lequel l'Italie s'est engagée, "il doit y avoir une amélioration visible quelque part. Dans un pays comme l'Italie aujourd'hui, ce quelque part ne peut être que les taux d'intérêt", a déclaré Mario Monti au journal, évoquant les euro-obligations comme une perspective souhaitable.

Les taux d'intérêt des emprunts italiens à dix ans restent élevés à plus de 6,5 %, un niveau jugé difficilement supportable à long terme pour les finances publiques de l'Italie. "Si ce fort mouvement envers la discipline et la stabilité n'est pas pris en compte, il y aura un puissant retour de bâton dans les pays soumis à un immense effort de discipline", a averti le chef de l'Etat italien, invitant Berlin à réaliser qu'il est "dans son propre intérêt éclairé" de mettre davantage son poids budgétaire à contribution pour diminuer les coûts d'emprunt de l'Italie et des autres pays surendettés de la zone euro.

Mario Monti a rencontré la chancelière allemande à Berlin voici deux semaines. Angela Merkel avait alors souligné son "grand respect pour la vitesse à laquelle les réformes ont été menées" en Italie.

Italie : Monti souhaite un doublement du Fonds de secours dans la zone euro

Mario Monti plaide pour un doublement du Fonds de secours financier en zone euro afin de contribuer à créer un climat de confiance dans la monnaie unique européenne, selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel de lundi. D'après ce magazine, le chef du gouvernement italien veut faire passer le FESF de 500 milliards à 1.000 milliards d'euros. Le climat de confiance qui en résulterait permettrait de faire baisser les intérêts sur les obligations d'Etat, estime-t-il.

Selon l'hebdomadaire, Mario Monti a déjà communiqué sa proposition au gouvernement allemand.

Le Fonds européens de secours en zone euro a été dégradé en décembre à la note AA+ par l'agence Standard & Poor's, la deuxième meilleure note. Mardi dernier, le Fonds a cependant réussi à lever sans difficulté 1,5 milliard d'euros sur six mois au taux de 0,26 %. L'émission avait reçu trois fois plus de demandes que ce que le fonds comptait lever au départ.

La capacité de prêts de l'actuel fonds temporaire FESF est de 250 milliards d'euros environ sur une enveloppe initiale de 440 milliards. Le MES, Mécanisme européen de stabilité, doit prendre le relais du Fonds européen de secours financier en juillet et sera doté de 80 milliards d'euros. Les tailles du FESF et du MES doivent être réexaminées en mars, lors d'un conseil européen.

Trends.be, avec Belga

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