Alain Mouton
Alain Mouton
Alain Mouton est journaliste chez Trends
Opinion

31/05/16 à 11:06 - Mise à jour à 11:05

'Séparatistes et confédéralistes remercient les syndicats wallons... et le PS'

Les actions de la FGTB apportent de l'eau au moulin de la N-VA, estime le journaliste de la version néerlandophone de Trends Alain Mouton, qui n'hésite pas à pointer le PS comme responsable de la situation.

'Séparatistes et confédéralistes remercient les syndicats wallons... et le PS'

© Belga

Au début, le plan du PS était de mettre le gouvernement Michel sous pression, ainsi que l'ennemi juré N-VA bien sûr, par des actions du syndicat socialiste francophone, la FGTB. Mais ces actions dégénèrent tellement qu'elles apportent de l'eau au moulin de la N-VA. Son président, Bart De Wever, accueille ce conflit à charge communautaire avec beaucoup de gratitude. Et pour couronner le tout pour le PS, une frange de la FGTB se rapproche de plus en plus du PTB, la gauche radicale.

Une carte du réseau ferroviaire belge a fait le tour des réseaux sociaux la semaine dernière. Les lignes ferroviaires flamandes, où une majorité de trains roulait, étaient colorées en vert. Plus on s'approchait de la frontière linguistique et de Bruxelles, plus il y avait de la couleur jaune (nombre limité de trains). En Wallonie, tout était en rouge... Pas de trains.

Les réactions sur Facebook et Twitter étaient unanimes: cette grève sauvage des trains est un cadeau pour les confédéralistes et les séparatistes flamands. A cela se sont encore ajoutées les déclarations de Jean-Marc Goblet, à la tête du syndicat socialiste, qui précisait qu'il ne s'agissait pas d'une grève pour de meilleures conditions de travail, mais une action politique pour faire tomber le gouvernement Michel. Sans oublier que les gardiens de prison francophones sont en grève depuis plus d'un mois déjà, tandis que leurs collègues flamands ont approuvé les réformes du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V).

Tout cela apporte de l'eau au moulin de la N-VA. Les nationalistes flamands sont entrés dans un gouvernement sans accord communautaire (c'était impossible autrement, vu que le gouvernement précédent n'avait pas voté d'articles pour réviser la constitution). Mais maintenant, grâce à la FGTB, ils peuvent adopter un discours Flamands-Wallons du point de vue du gouvernement. Ce qui n'est pas mauvais pour les nationalistes flamands, alors qu'ils récoltent actuellement de mauvais scores dans les sondages.

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Le PS s'est tiré une balle dans le pied

Le grand perdant est le PS d'Elio Di Rupo. Pour les socialistes francophones, ce gouvernement fédéral sans le PS était une erreur. Dès l'entrée en fonction de l'équipe Michel, Di Rupo et Cie espéraient que la coalition s'effondrerait sous la protestation syndicale persistante. Malgré la discorde interne d'une coalition trop souvent en guéguerre, cela n'a pas eu lieu. Aucun des partis du gouvernement fédéral n'a intérêt à retirer la prise.

Le PS s'est tiré une balle dans le pied. Il a attisé le feu auprès de l'arrière-ban du syndicat socialiste, avec comme résultat la révélation d'une divergence communautaire rarement vue au sein de l'ABVV/FGTB pourtant fortement unitaire. Il est également vrai que Di Rupo et le top de la FGTB ont de moins en moins de contrôle sur la base du syndicat rouge wallon. Des actions dures étaient les bienvenues, mais elles devaient rester dans les limites. Le contraire a eu lieu, comme l'ont démontré les actes de violence au cabinet du ministre Geens et les bagarres après la manifestation du 24 mai.

Des factions de plus en plus grandes de la FGTB se rapprochent de la gauche radicale, le PTB/PvdA. On le remarque aussi aux actions toujours plus dures des syndicats. L'atmosphère souvent intimidante lors des votes au sein de la FGTB démontrent que le syndicat est 'noyauté' par la gauche radicale. Les récents votes publics (souvent un vote à main levée), notamment concernant le plan Geens dans un certain nombre de prisons francophones, font penser à la manière dont Lenine réduisait au silence les voix dissidentes à l'époque soviétique.

Le PS est responsable de la situation. Les dirigeants du parti ont annoncé une protestation sociale depuis leurs lofts et maisons de maître. Le PTB du tribun populaire Raoul Hedebouw est lui venu recruter sur les lieux de travail et dans les maisons du peuple wallon. Les bobos du PS n'y mettent plus les pieds depuis des années déjà. Résultat: le PTB monte dans les sondages wallons et serait même devenu troisième parti. Et le PS continue à s'affaiblir.

Le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) essaie de regagner ces électeurs PTB avec de piètres déclarations comme quoi le PS pense en fait la même chose que la gauche radicale. Son discours ne convainc pas. Magnette a en outre d'autres soucis en tête: les finances publiques wallonnes apparaissent de pire en pire. La Wallonie fait face à un déficit budgétaire de 375 millions et doit résorber cela d'ici 2018. Le PS devra durement épargner en Wallonie au cours des prochaines années. La probabilité est donc grande que le rival PTB monte encore davantage dans les sondages.

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