Sarkozy au G20 : grandes ambitions ou effet de manche ?

25/01/11 à 10:39 - Mise à jour à 10:39

Source: Trends-Tendances

Nicolas Sarkozy a présenté lundi ses priorités pour la présidence française du G20. Il a fixé la barre très haut. Aura-t-il les moyens de ses ambitions ?

Sarkozy au G20 : grandes ambitions ou effet de manche ?

© Reuters

Réformer le système monétaire international

La volonté de Nicolas Sarkozy est d'avoir un système monétaire international qui reflète le nouvel équilibre du monde, l'objectif étant de réduire les déséquilibres entre pays créditeurs et débiteurs et écarter le risque de guerre de change. "L'émergence de nouvelles puissances économiques conduira inéluctablement à l'émergence de nouvelles monnaies internationales", a-t-il déclaré.

Soucieux des réticences américaines, il a assuré qu'il n'était pas question de remettre en cause le "rôle éminent" du dollar, alors même qu'un des problèmes vient du double statut du billet vert, à la fois principale monnaie de réserve et monnaie nationale. Tous les pays sont en effet à la merci de la politique monétaire intérieure américaine : si le dollar baisse, la valeur des réserves baisse. Il n'est pas non plus question de mettre la pression sur la Chine pour l'appréciation du yuan : "Je me garderai de lui faire des recommandations sur sa politique monétaire."

Reste donc la modeste piste "d'élargir au yuan les droits de tirage spéciaux" (DTS), l'unité de compte du FMI, dont la valeur est déterminée chaque jour par un panier des grandes monnaies de réserve internationales (dollar, euro, yen et livre). "L'idée des DTS avait été imaginée en 1969 comme alternative moins volatile et plus flexible à l'or, rappelle Benjamin Carton, économiste au Cepii. Cela avait un sens pour un régime de change fixe, mais Bretton Woods a volé en éclat en 1971. Les DTS n'ont donc jamais joué de rôle dans le système monétaire international."

Evoquer l'entrée du yuan dans les DTS est une manière pour Sarkozy de dire qu'il faudrait leur donner un vrai rôle à l'avenir. Pour cela, "il faudrait, d'une part, que le yuan devienne une véritable monnaie internationale convertible qui reflète son poids dans l'économie mondiale, estime Benjamin Carton. D'autre part, il faudrait que les petits pays émergents, qui ont besoin de s'ancrer sur une monnaie stable, acceptent de passer du dollar aux DTS."

Bref, il s'agit d'un processus de long terme, qui ne peut se décréter le temps d'une présidence de G20. Sarkozy a toutefois le mérite d'ouvrir cette piste à la discussion. Pas sûr que les Etats-Unis soient ravis que leur monnaie perde le statut privilégié de principale devise de réserve qui leur permet de financer sans limite leur déficit. Cependant, "les Américains sont favorables à l'internationalisation du yuan dans la mesure où elle irait de pair avec son appréciation", nuance l'économiste.

Quoi qu'il en soit, il semblerait que le yuan soit déjà sur cette voie, par le biais inattendu des accords de swaps : "Au lieu d'accumuler des dollars, certains pays émergents ont commencé depuis deux ans à accumuler des yuan avec la garantie chinoise qu'au moment de puiser dans leurs réserves, ils puissent convertir ces yuans en dollars, explique Benjamin Carton. Ainsi, la volonté de Sarkozy consiste simplement à rendre multilatérale une pratique qui se négocie déjà de manière bilatérale entre la Chine et les pays émergents."

Taxer les transactions financières pour financer le développement

C'est l'éternel come-back de la taxe Tobin. "La France considère que cette taxe est morale compte tenu de la crise financière que nous venons de traverser, utile pour dissuader la spéculation et efficace pour trouver de nouvelles ressources pour le développement", a ainsi déclaré Nicolas Sarkozy, qui ne se lasse pas de défendre ce "financement innovant".

Sur le papier, l'idée est séduisante. Taxer à 0,05 % toutes les transactions financières rapporterait 500 milliards d'euros par an selon Oxfam, mais une telle taxe n'est pas facile à mette en place. Elle est en effet inefficace si un pays l'applique seul. Or, elle est loin de faire l'unanimité. Si elle est défendue par la France et des pays comme le Brésil et la Norvège, elle suscite la méfiance d'autres pays menés par les Etats-Unis.

En somme, cette taxe a peu de chance d'être adoptée. "Beaucoup de pays comme la Suède, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Allemagne et la Hongrie ont déjà adopté une taxe sur le bilan des banques, rappelle Olena Havrylchyk, économiste au Cepii. Ils ne vont pas ajouter une seconde taxe sur les transactions." De fait, la plupart des économistes s'accordent pour dire qu'une taxe sur le bilan est plus efficace et moins facilement contournable.

Sarkozy affirme que la taxe sur les transactions permettrait de limiter la spéculation mais "cela n'est pas avéré empiriquement, assurait récemment Augustin Landier à nos confrères de L'Expansion.com. Prenez le marché immobilier. Les coûts de transaction y sont très importantes (notaires, agents immobiliers) mais les bulles y sont fréquentes." De toute façon, "il est très difficile d'isoler les transactions spéculatives", estime l'économiste du Cepii.

Eviter des émeutes de la faim

Le chef de l'Etat a agité le spectre de nouvelles "émeutes de la faim" pour convaincre le G20 de combattre la spéculation sur les marchés agricoles. Le risque est d'autant plus aigu que les prix des matières premières agricoles ont dépassé fin 2010 "les pics atteints en 2008", "l'année des émeutes de la faim".

Combattre la spéculation passe d'abord par plus de transparence. "Afin de prévenir les crises alimentaires", la France propose donc "de créer une base de données commune" comme pour le pétrole, des "stocks d'urgence" ou encore un "code de bonne conduite" pour que l'aide alimentaire ne soit pas concernée par les moratoires sur les exportations instaurés par tel ou tel pays - à l'instar de la Russie avec le blé, l'été dernier.

Ensuite, le président français veut "des règles communes sur les produits financiers dérivés des produits agricoles". Il s'est emporté contre le fait que "n'importe qui peut acheter n'importe quelle quantité, sans d'ailleurs la payer, la revendre n'importe comment au moment où il le souhaite, empocher la plus-value sans être obligé d'avoir bloqué une partie de la somme engagée".

La France espère donc parvenir cette année à un accord au sein du G20 obligeant tout acheteur de matières premières à "bloquer une partie" du prix d'achat, comme une sorte de dépôt de garantie. Si cette nécessité fait consensus, ce ne sera pas une tâche facile, d'autant que "la plupart des transactions se font non pas sur des Bourses mais de gré à gré", prévient Jacques Carles (think tank Momagri), qui prône par ailleurs "la mise en place d'une organisation internationale chargée de la régulation alimentaire et agricole".

Laura Raim, L'Expansion.com

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