Royaume-Uni plus anti-euro que jamais, sans aller mieux que ses voisins

27/12/11 à 07:56 - Mise à jour à 07:56

Source: Trends-Tendances

Dix ans après la mise en circulation de l'euro, les Britanniques sont plus hostiles que jamais à la monnaie unique, persuadés d'avoir évité le pire en gardant leur vénérée livre sterling. Même si, au bout du compte, le pays est loin d'aller mieux que ses voisins.

Royaume-Uni plus anti-euro que jamais, sans aller mieux que ses voisins

© EPA

Selon un sondage effectué dans la foulée du retentissant veto du Premier ministre conservateur David Cameron lors du dernier sommet européen, 65% des Britanniques estiment que l'euro est voué à disparaître et 19% seulement parient sur sa survie.

La question sur l'opportunité d'adopter un jour la monnaie unique n'a même pas été posée par les sondeurs, tant elle aurait paru incongrue dans le contexte actuel. "Ca va mal, mais au moins nous sommes en dehors de la zone euro", titrait récemment le Sunday Times en résumant le sentiment général. "Ceux qui détestent l'Europe, l'euro et tout ce que cela représente peuvent trinquer en se vantant d'avoir eu raison depuis le début", poursuivait ce journal largement eurosceptique, comme la majorité de la presse britannique.

Au vu des performances actuelles du royaume, les bénéfices de son isolement monétaire semblent pourtant plus que limités. Selon les données de la Commission européenne, le déficit public de la Grande-Bretagne sera supérieur en 2011 à celui de la Grèce, sa dette rejoint celle de la France malgré un plan de rigueur sans précédent, tandis que le chômage est au plus haut depuis 17 ans et l'inflation deux fois plus élevée que dans la zone euro.

Le pays règle encore la facture de la crise de 2008 qui a frappé de plein fouet son secteur bancaire et financier, de loin le plus développé d'Europe. C'est en son nom que M. Cameron a exercé son récent veto européen.

Mais -et c'est un énorme "mais"- le Royaume-Uni dispose d'un atout-maître par rapport à ses voisins: une banque centrale autonome, dont l'action est plébiscitée par les investisseurs fuyant la zone euro. Depuis trois ans, la Banque d'Angleterre (BoE) a injecté l'équivalent de plus de 300 milliards d'euros dans l'économie sans hésiter, contrairement à la Banque centrale européenne, à faire tourner la "planche à billets" pour racheter en masse des obligations d'Etat. Londres parvient ainsi à financer sa dette dans d'excellentes conditions.

Les injections de liquidités de la BoE ont aussi contribué à la faiblesse relative de la livre, qui oscille actuellement autour de 1,15 euro, loin de ses sommets de mai 2000 (1,75 euro). Les exportations en sont favorisées, même si la balance commerciale du pays reste largement déficitaire. Au final, Joshua Raymond, économiste à City Index, en est persuadé: "si la Grande-Bretagne avait adopté l'euro, elle irait bien plus mal aujourd'hui" et se trouverait au coeur de la crise actuelle au lieu d'y être indirectement exposée.

"Coincée dans la zone euro, la BoE n'aurait jamais pu racheter une telle part de la dette souveraine", et "les marchés s'intéresseraient de bien plus près à la taille du déficit public", renchérit Colin Ellis, analyste de la société de conseil BVCA. Le Royaume-Uni aurait ainsi pu se retrouver "au bord de la faillite", estime Stephen Gallo de Schneider FX. Sauf que, selon lui, la taille de son économie aurait rendu impossible un plan d'aide international comme ceux mis en oeuvre pour la Grèce ou l'Irlande. Ce qui le conduit à adopter un point de vue radicalement différent de celui de ses confrères: "On devrait plutôt se demander à quel point la situation de la zone euro serait encore pire si la Grande-Bretagne en faisait partie"...

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