Réduire les transferts Flandre-Wallonie pour augmenter la croissance ?

27/05/10 à 11:47 - Mise à jour à 11:47

Source: Trends-Tendances

Le sujet est encore peu présent dans la campagne électorale. La KULeuven remet les transferts en selle avec une petite étude avançant que la croissance wallonne pourrait augmenter en coupant un peu le robinet. Mais il y a des sceptiques.

Réduire les transferts Flandre-Wallonie pour augmenter la croissance ?

© Photonews

En réduisant de 50 % les transferts entre la Flandre et la Wallonie, Damiaan Persyn, chercheur à Vives, le centre de recherche sur l'économie régionale de la KULeuven, avance que la croissance pourrait augmenter de 0,55 % dans le sud du pays. Et de 0,38 % en Flandre.

Le scientifique relance la discussion sur un sujet délicat, à un mois des élections. Les transferts entre le nord et le sud du pays ont fait l'objet de débats passionnés. Ils se calculent en comparant les revenus primaires, qui représentent la contribution à l'activité économique (salaires, revenus de l'épargne, avant cotisations et impôts), avec les revenus perçus, comprenant les allocations (chômage, familiale, mutuelle). Ce calcul débouche sur des coefficients. Certaines provinces, comme le Brabant flamand ou le Brabant wallon, sont au-dessus de 1, ce qui signifie qu'elles paient des transferts à d'autres provinces dont le coefficient se situe en dessous de 1 (Hainaut, Liège, Luxembourg, Limbourg). Et ces coefficients ont été traduits en milliards d'euros.

"Le plan Marshall est une étape dans la bonne direction"

Damiaan Persyn a analysé les données d'Eurostat sur les transferts et la croissance des régions de l'Union européenne. Il en a tiré un modèle économétrique pour évaluer l'impact d'une variation des transferts. Il a pris le cas du Hainaut. D'après lui, il faudra une période de transition d'environ neuf ans pendant laquelle le revenu moyen diminuera avec les transferts. Ensuite, il augmentera, et "les Hennuyers bénéficieront d'un revenu disponible supérieur en comparaison avec la période antérieure, avec des transferts inchangés", écrit le chercheur.

Pour appuyer ce raisonnement, Eric Buys, directeur de Vives, explique à notre confrère de Trends Daan Killemaes : "Il n'est plus question de plus de transferts, mais d'autres transferts." La Région wallonne a davantage besoin, estime-t-il, d'investissements que de transferts de revenus. "Le plan Marshall est une étape dans la bonne direction", précise-t-il. Et selon lui, cette évolution est nécessaire, car "n'oubliez pas que suite au vieillissement de sa population, la Flandre ne pourra plus se permettre de payer ces transferts".

Une faiblesse dans le raisonnement ?

Cette réflexion mériterait toutefois un examen attentif. L'existence des transferts n'est pas contestée par les économistes du sud du pays. "Le calcul se base sur l'observation que les régions bénéficiant de transfert ont souvent une croissance plus faible, note Philippe Ledent, économiste chez ING et enseignant à l'UCL. Mais je m'interroge sur le lien de causalité. On peut trouver un lien statistique entre le poids et la taille des gens et en déduire qu'il suffit d'être plus petit pour maigrir mais c'est un non-sens."

La conclusion de Vives serait donc trop hâtive. "Le lien de causalité est plutôt inverse : c'est parce qu'il y a des régions - en Belgique et ailleurs - dont la croissance est plus faible, moins développées économiquement, qu'on fait des transferts, pas l'inverse", poursuit Philippe Ledent, qui s'interroge sur le mécanisme qui expliquerait une hausse de la croissance après une baisse des transferts.

Sans doute une baisse des transferts pourrait-elle rendre une région plus attractive via une baisse des salaires. Mais cela exigerait de revoir le mécanisme de fixation des salaires, qui reste encore largement national.

Robert van Apeldoorn

Damiaan Persyn, Transfers & regionale groei, Vives Briefing, KuLeuven, mai 2010.

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