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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

03/04/18 à 09:38 - Mise à jour à 16:04

Pourquoi les réseaux (anti)sociaux nous font courber l'échine ?

Interrogé sur la différence entre la télévision (nouveau média à l'époque) et le cinéma, le réalisateur Jean-Luc Godard a eu cette réponse merveilleuse: "pour regarder la télévision, on baisse sa tête, mais avec le cinéma, on lève sa tête".

Pourquoi les réseaux (anti)sociaux nous font courber l'échine ?

© Getty Images

Pour les réseaux sociaux, débaptisés en réseaux anti-sociaux par The Economist, c'est un peu la même chose. "Nous marchons tête baissée, collés à notre téléphone portable et à multi usages (...). Dans un ascenseur, plus personne ne lève le nez" comme le constatait l'excellent Bill Bonner (fondateur de plusieurs lettres d'informations financières).

Faites une pause et constatez par vous-même : le GPS, intégré dans nos smartphones, nous dit où aller. Les actualités de nos réseaux sociaux et leurs opinions à la va vite nous disent ce qu'il faut penser. Les applis diététiques nous disent quoi manger. Et les applis santé nous disent le nombre de pas à effectuer par jour. Bref, les réseaux sociaux sont devenus pour nombre de personnes un substitut de vie réelle.

Je suis comme Bill Bonner, je ne regarde jamais la télévision, et à part lire des articles sur mon smartphone, je ne suis pas sur Facebook. Les plus ironiques diront que je parle donc avec science de ce que je ne connais pas. Mais comme Bill Bonner, j'aurai beau jeu de dire que "je parle avec une autorité appropriée au média en question - c'est-à-dire avec une totale ignorance".

En fait, la question aujourd'hui qui gêne, c'est à quoi servent ces réseaux sociaux ? Le seul constat indéniable c'est que nous avons une majorité de personnes qui passent une bonne partie de leur vie sur leur smartphone et les réseaux sociaux. Les 5 plus grosses valeurs technologiques américaines pèsent aujourd'hui 4.000 milliards de dollars. D'où vient cette valeur démentielle ? Mais en partie de nos données personnelles et de notre bien le plus précieux: notre temps.

Mais cette nouvelle économie qui a volé notre attention, notre argent et nos enfants, qu'a-t-elle fait en retour ? Notre taux de croissance a-t-il décollé ? Non. Bien au contraire, il a baissé et n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant crise. Et selon de nombreux autres critères, nous serions même plus pauvres qu'avant la crise de 2008. Et c'est la thèse de Bill Bonner : qu'ont fait les autorités depuis l'éclatement de la crise ? Elles ont baissé artificiellement les taux d'intérêt pour nous faire consommer. Et pour être certaines qu'on obéisse aux ordres, nos autorités monétaires et gouvernementales ont pénalisé notre épargne avec des taux négatifs. En d'autres termes, les banques centrales des pays occidentaux ont fourni le pain - des taux proches de 0%, voire négatifs - et les Facebook, Twitter, Netflix, etc ont fourni les... jeux. Oui, vous avez bien lu: des jeux.

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Les banques centrales ont fourni le pain, et Facebook, Twitter, Netflix, etc. ont fourni les... jeux

Alors que nous vivons la plus grande crise depuis 1929, une partie de la population poste des photos de son chat et des descriptions de leur dernier diner auprès de leurs amis (streamer). A ce propos, Marck Zuckerberg, l'homme aux 2,1 milliards d'amis, a découvert la semaine dernière que Tim Cook, le patron d'Apple n'était pas le sien. Interrogé sur les déboires de Facebook, il a simplement répondu que ce genre de déconvenue ne pourrait pas se produire chez Apple. Plus confraternel, tu meurs !

Par ailleurs, l'éditorialiste du New York Post a aussi découvert que Facebook n'était pas dirigé par des adultes. La raison ? Les adultes assument la responsabilité de leurs actions. Les adultes n'envoient pas un haut gradé s'expliquer à leur place devant des députés britanniques. Conclusion : Zuckerberg et sa numéro 2 Sandberg ont prouvé qu'ils pouvaient gagner beaucoup d'argent, y compris et surtout pour eux-mêmes. Mais ils viennent de démontrer qu'ils n'ont pas l'étoffe des grands leaders.

A l'instar de Bill Bonner, et après un lundi de Pâques, terminons ce petit coup de gueule sous la forme d'un sermon : "O Nouvelle Technologie. Salvator Mundi. Nous te donnons notre Temps. Notre Argent. Et nos Enfants. Laudate Dominum, Omnes Gentes. Alléluia". Merci à Bill pour ce copyright.

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