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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

06/07/15 à 15:26 - Mise à jour à 15:26

Pourquoi le 'non' grec est un véritable camouflet pour Merkel

En disant 'non' ce dimanche, les Grecs ont également dit 'non' à la politique d'Angela Merkel.

Pourquoi le 'non' grec est un véritable camouflet pour Merkel

Alexis Tsipras et Angela Merkel © AFP

C'est sans doute le plus grand revers politique de la chancelière allemande, car le vote grec tourne le dos à l'idée européenne d'Angela Merkel. Cette idée peut se résumer en trois chiffres: l'Europe, dit-elle, c'est 7% de la population mondiale, 25% de la richesse mondiale, mais 50% des dépenses sociales mondiales ! Bref, pour Angela Merkel, au vu de ces trois chiffres, l'Europe ne peut tenir dans le concert des nations que si elle est et reste compétitive !

Et pour y parvenir, l'Allemagne pense que la seule recette économique valable, c'est la sienne, c'est-à-dire un mélange de réformes sociales et une stricte orthodoxie budgétaire. Et gare à ceux qui sortent des clous, le gendarme allemand est là pour les rappeler à l'ordre. Or, justement, les Grecs sont sortis au moins deux fois des clous: une première fois en élisant un gouvernement d'extrême gauche qui estime que les réformes imposées à la Grèce sont improductives et puis une deuxième fois, ce dimanche, en votant 'non' aux réformes des créanciers de la Grèce.

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Pourquoi le 'non' grec est un véritable camouflet pour Merkel

Les heures et les jours qui viennent seront difficiles pour tout le monde, car ce 'non' bouleverse toute la donne politique et économique. Et Angela Merkel qui était prête jusqu'à présent à des compromis va se retrouver cette fois-ci totalement en porte à faux avec son opinion publique. Après ce 'non', comment pourrait-elle en effet convaincre son opinion publique de faire de nouveaux efforts pour les Grecs ? Avant le 'non' de ce dimanche, l'immense majorité des Allemands était opposée à tout effort supplémentaire. Après ce 'non', ce sera encore pire. Ce 'non' est un véritable clou dans la chaussure d'Angela Merkel.

Au fond, ce qui inquiète le plus les dirigeants européens, c'est que nous n'avons pas de boîte à outils pour ce scénario. C'est vrai que "la Grèce est sans doute montée à tort dans le train de l'euro, mais en s'en séparant, on ne va pas simplement décrocher un wagon", c'est infiniment plus compliqué que cela, indique un think tank européen. Car toute sortie de la Grèce de la zone euro - et encore faut-il voir comment, car les Grecs y sont opposés - va marquer durablement les esprits. Si c'est le cas, le message politique sera: "tenez-vous à carreau, car si vous êtes le maillon faible, ce sera 'au-revoir' !". Ce n'est pas le message d'amitié entre les peuples que les pères de l'Europe ont voulu envoyer.

D'autres commentateurs, plus cyniques, pensent qu'un pays qui ne pèse que 1,8% du PIB européen et ne représente que 3,3% de la population européenne ne représente aucun danger pour la zone euro. Mieux encore, une Europe sans la Grèce sera plus forte selon eux. Les heures et les jours qui viennent diront s'ils ont raison de ne voir l'Europe que sous le prisme économique.

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