Pourquoi l'Espagne pourrait ruiner toute la zone euro

12/03/12 à 20:27 - Mise à jour à 20:27

Source: Trends-Tendances

Madrid ne respectera pas son objectif de déficit public cette année. Elle doit absolument rectifier le tir, sous peine d'aggraver les tensions politiques et financières au sein de la zone euro.

Pourquoi l'Espagne pourrait ruiner toute la zone euro

© AFP

L'Espagne a eu droit à un traitement spécial lors du Sommet de l'Eurogroupe. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et son homologue espagnol, Luis de Guindos, se sont réunis en aparté. L'objectif de cette réunion ? Rappeler à Madrid ses engagements en matière de finances publiques. Car les dernières déclarations de Mariano Rajoy le chef du gouvernement espagnol rendent les responsables européens nerveux.

Prenant ses partenaires européens de court, Mariano Rajoy a annoncé, à l'issue du dernier sommet européen, que le déficit public espagnol serait de 5,8% cette année, et non de 4,4% comme prévu dans son programme. M. Rajoy n'avait informé personne de son intention et avait signé le même jour le Pacte renforçant la discipline budgétaire dans la zone euro !

Venant d'un petit pays de la zone euro, un tel dérapage aurait été moins grave. Mais voilà : l'Espagne représente à elle seule, 11,5% du PIB de la zone euro, soit plus de deux fois le poids de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal réunis. Sa dette publique dépasse 630 milliards d'euros. Face à elle, les mécanismes de soutien mis en place dans la zone euro ne font pas le poids. Si l'on devait un jour refinancer l'Espagne, le secours requis serait apporté par la France et l'Allemagne, les mettant à leur tour dans une grande difficulté, résume un expert. Pas question donc, de laisser l'Espagne ruiner l'ensemble de la zone euro.

Bien sûr, Madrid n'a pas encore renié ses engagements. Même si elle a révisé son objectif de déficit public pour 2012, elle maintient son objectif de 2013, à savoir un retour à 3% du PIB. Cependant, tenir cet objectif sera difficile. L'Espagne vient, en effet, d'entrer en récession. Le gouvernement espagnol prévoit un recul du PIB de 1,7% en 2012. A l'image de l'économie américaine, l'Espagne traine derrière elle le boulet de l'immobilier. Depuis l'éclatement de la bulle il y a quatre ans, ce secteur a enlevé plus de 2 point de croissance par an, calculent les experts de la Deutsche Bank. Il a aussi mis les banques en difficulté. Ajouter de la rigueur budgétaire dans ces conditions, c'est prendre le risque d'aggraver la récession.

Autre problème pour l'Espagne : ses régions. Celles-ci pèsent de plus en plus lourd dans le dérapage des comptes de l'Etat, rendant les efforts de rigueur en partie inefficaces. Au total, le déficit des régions en 2011 a atteint 2,94% du PIB global de l'Espagne, contre 1,3% visé. Résultat : l'agence d'évaluation financière Fitch Ratings a abaissé la note des régions espagnoles de Castille-La Manche et de Catalogne, estimant que toutes deux devront faire "des efforts considérables" pour réduire leur déficit. L'agence envisage d'abaisser une nouvelle fois la note de ces deux régions avant la fin du mois de mai. Elle place également sous surveillance négative cinq autres régions et maintient cette surveillance pour une sixième, celle de Murcie. Certes, tous n'est pas noir. Les injections de liquidités pratiquées par la BCE ont réduit les taux d'intérêt à long terme espagnols. Les banques locales se mettent à nouveau à acheter des obligations, contribuant à faire baisser un peu plus les rendements. Cependant, pour convaincre les marchés de sa motivation, l'Espagne devra aussi faire passer sa réforme du marché du travail. Son objectif est de relancer la création d'emplois en fluidifiant le marché du travail, dans un pays où le taux de chômage dépasse 20% et frôle 50% chez les moins de 25 ans. Le problème : les efforts demandés aux Espagnols vont bien au-delà de ceux demandés aux allemands en 2004, sous l'ère Schroders, notent les experts de Berenberg. Les deux principaux syndicats, UGT et CCOO, ont d'ores et déjà annoncé une grève générale le 29 mars, la veille de la présentation du budget 2012. Le bras de fer avec le gouvernement s'annonce musclé.

Trends.be, avec Lexpansion.com

Nos partenaires