Pour ou contre la réforme des pensions ?

19/12/11 à 10:01 - Mise à jour à 10:01

Source: Trends-Tendances

La réforme des pensions très... "volontariste" du ministre Van Quickenborne divise violemment les acteurs du monde économique. Si Didier Reynders y voit une "occasion historique" et la FEB un acte "nécessaire", le PTB dénonce un "coup de force gouvernemental" inacceptable. Le comité consultatif des pensions lui-même s'est dit "totalement opposé" au projet.

Pour ou contre la réforme des pensions ?

© Belga

Le syndicat socialiste CGSP avait menacé vendredi de mener des actions si aucun signal positif n'est donné d'ici lundi par le ministre concernant ses projets de réforme des pensions. Pour le syndicat socialiste, les projets sont antisociaux et le ministre ne va "pas de main morte" avec le régime des pensions du secteur public.

Une concertation est déjà prévue, cependant, prévient un porte-parole du ministre. Elle est programmée jeudi pour le secteur public, au sein du comité A. Les réformes, tant sur le plan social que des pensions, seront mises sur la table. Une concertation est prévue aujourd'hui lundi pour le secteur privé, au comité de gestion sociale de l'Office national des pensions. "Les invitations sont parties !", précise le porte-parole.

POUR : Didier Reynders, qui y voit "une occasion historique de réforme"

Didier Reynders, vice-Premier ministre (MR) en charges des Affaires étrangères, a défendu lundi la réforme des régimes des pensions avancée par son collègue Vincent Van Quickenborne (Open VLD), présentant celle-ci comme "la traduction de ce qui avait été mis dans la note du formateur" Elio Di Rupo.

Interrogé lundi matin au micro de Matin Première (RTBF), l'ex-ministre des Finances a estimé que, même s'il y a encore de "la marge pour négocier" les projets, la Belgique ne pouvait reculer devant l'obstacle : "On raterait une occasion peut-être historique de réformes !"

Pour le nouveau chef de la diplomatie belge, ces projets, que le ministre des Pensions voudrait voir adoptés avant la fin de cette année, ne constituent nullement une nouveauté. Ils seraient ainsi "la traduction de ce qui a été mis dans la note du formateur". Didier Reynders plaide pour qu'on "applique le plus vite possible ce qui avait indiqué dans la note d'Elio Di Rupo".

POUR : la FEB, pour qui il est "nécessaire d'exécuter la réforme"

Pieter Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique, n'a pas formulé vendredi d'objection au projet de réforme des pensions du ministre Van Quickenborne et a estimé qu'elle était "nécessaire". "On aurait pu le faire avant, car la Belgique est l'un des derniers pays européens à devoir mener une telle réforme." Pour le directeur général de la FEB, la réforme s'étalera sur quatre ans, ce qui signifie que son entrée en vigueur sera graduelle et qu'elle permettra aux personnes de se préparer.

Pour l'Unizo, l'association flamande des petits entrepreneurs, la réforme, si elle constitue un pas dans la bonne direction, s'avère encore trop limitée. La fédération estime partager le rêve de Vincent Van Quickenborne d'arriver à un seul régime de pension mais est d'avis que davantage d'étapes fondamentales seront nécessaires.

Ainsi, l'Unizo juge que des mesures sévères devront être appliquées tant aux pensions des fonctionnaires qu'à celle des travailleurs. Pour le patronat flamand, les pensions des indépendants doivent encore parcourir un long chemin avant de suivre celles des salariés.

CONTRE : la PTB, qui dénonce le "coup de force gouvernemental"

"Le gouvernement utilise des parlementaires pour faire passer à la hussarde, avant fin décembre, plusieurs mesures majeures de l'accord papillon touchant les fins de carrière, dénonce Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, dans un communiqué. Le gouvernement reprend ainsi les diktats de la Commission européenne. C'est inacceptable et anti-démocratique !"

"Visiblement, après 540 jours de jours de négociation en petit comité, les partis de la coalition ne veulent pas soumettre leurs mesures à un large débat publique, continue Raoul Hedebouw. Ils veulent adopter le passage en force, une méthode prisée par l'Union européenne de Merkozy, et utilisent des parlementaires en service commandé. Ces partis tournent le dos aux 80.000 manifestants du 2 décembre à Bruxelles et aux millions de travailleurs qui s'inquiètent des mesures d'austérité. Ils démontrent que s'ils ont accepté de recevoir les syndicats, ce n'est que pour négocier les modalités d'application du plan d'austérité et qu'ils restent complètement sourds à la rue."

C'est une question de société majeure qui se décide dans les jours à venir, estime encore le porte-parole du Parti des travailleurs de Belgique : "On allonge la carrière de travailleurs âgés souvent épuisés par leur travail alors que des centaines de milliers de jeunes sont sans travail. Et contrairement aux affirmations du Premier ministre, on va baisser les pensions de plusieurs catégories de travailleurs de manière significative. Dans le cas de fonctionnaires, cela peut aller de 10 % à 20 %. Dans le cas de travailleurs âgés licenciés et ne retrouvant pas de travail, la baisse peut aussi être très significative."

CONTRE : le comité consultatif du secteur des pensions, "totalement opposé" à la réforme

Le comité consultatif des pensions s'est dit vendredi "totalement opposé" au projet de réforme du ministre des Pensions et a réitéré sa demande d'être reçu par le ministre. Le comité consultatif avait remis un avis au formateur et l'avait transmis voici quelques jours au nouveau ministre des Pensions.

Le comité consultatif pour le secteur des pensions a pour mission de rendre des avis de sa propre initiative ou sur demande du ministre des Pensions. Or, le présent avis est en totale contradiction avec le projet de réforme du ministre, estime Luc Jansen, président du comité consultatif. L'avis du comité proposait notamment de relever le taux de remplacement de 60 % à 75 %, de remonter le montant de la pension légale ainsi que le plafond du calcul des pensions de 48.000 à 60.000 euros.

Luc Jansen regrette que le ministre veuille faire passer son projet en force et sans concertation, quelques jours avant les fêtes : "Ce n'est pas par la force que la législation sociale a été élaborée et que celle-ci doit évoluer. La priorité est le renforcement et la pérennité du premier pilier de pension par répartition."

Trends.be, avec Belga

Réforme des pensions : certains sont pour le contenu mais contre le forcing

Catherine Fonck, chef de groupe cdH à la Chambre, a demandé dimanche au gouvernement, et plus particulièrement au ministre des Pensions, de rencontrer les partenaires sociaux et les secteurs concernés par les réformes qu'il annonce et qui suscitent la polémique. Selon la députée centriste, il faut pouvoir faire la part des choses entre certaines mesures qui doivent être votées avant la fin de l'année, pour entrer en vigueur en 2012, et d'autres mesures qui doivent faire l'objet d'une concertation.

Pour la N-VA, enfin, la réforme des pensions du ministre Van Quickenborne est un pas dans la bonne direction, a commenté vendredi la députée N-VA Zuhal Demir. Cette dernière s'est engagée à ne pas perturber les travaux du Parlement par des manoeuvres de retardement, mais à condition qu'un véritable débat puisse avoir lieu : "Aujourd'hui, nous avons l'impression que certains éléments de la réforme doivent rester dans l'ombre", a dit la députée.

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