Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

28/08/15 à 13:02 - Mise à jour à 13:02

Pétrole: le malheur des uns peut faire... le malheur des autres

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce proverbe n'a jamais été aussi vrai qu'en ce moment pour le pétrole : le prix du baril a reculé de 60% en 13 mois, soit le même niveau qu'en 2009, alors que nous étions pourtant en pleine crise.

Pétrole: le malheur des uns peut faire... le malheur des autres

© iStockPhoto

Bien entendu, cette forte baisse fait le bonheur des pays importateurs de pétrole qui représentent tout de même 85% de la population mondiale. C'est un gain de pouvoir d'achat pour les ménages et une baisse des coûts de l'énergie pour les entreprises.

Partager

Avec un baril autour de 40 dollars, la rentabilité des puits de pétrole n'est plus au rendez-vous.

En revanche, les pays exportateurs de pétrole, qui sont aussi nos clients, tirent la langue... Avec un baril autour de 40 dollars (et certains experts le voient même descendre jusqu'à 20 dollars), la rentabilité des puits de pétrole n'est plus au rendez-vous. La quasi-totalité des pays exportateurs n'arrivent plus à boucler leurs budgets. Pour nombre d'entre eux, il faudrait que le baril soit aux alentours de 100 dollars pour ne pas avoir de soucis.

Quels soucis?

Ces pays exportateurs de pétrole sont souvent des pays avec une population jeune et très nombreuse. Prenez le cas du Venezuela par exemple, voilà un pays qui a joué la carte du "socialisme du XXIe siècle" et qui, hélas, pour sa population, doit se débattre avec une hyperinflation et des magasins vides. Au Venezuela, l'inflation est au-dessus des 100%, mais le chiffre officiel est tabou, il est même interdit de publication (exactement comme le chiffre des homicides), et cela pour ne pas risquer de tomber sous le coup d'une accusation, je cite "d'atteinte au moral de la nation". Le Venezuela est au bord de la faillite, sans doute pour la 11e fois de son histoire. La population ne peut même pas se réjouir d'une réduction des inégalités comme du temps de Hugo Chavez. Il est vrai qu'on a appris cette semaine que sa fille est la femme la plus riche du pays avec plusieurs milliards de dollars sur son compte !

Quant à l'Arabie Saoudite, si elle n'en est pas là, c'est grâce à ses immenses réserves de devises. Le pays a tout de même été obligé d'emprunter de l'argent à l'extérieur pour la première fois depuis des années.

La Russie ne va guère mieux, à cause des sanctions occidentales mais aussi à cause de la baisse du prix du pétrole. La marge de manoeuvre de Poutine est donc étroite. Même situation pour le Nigeria ou l'Iran. Ces pays ont jusqu'à présent acheté la paix sociale avec leur jeunesse désoeuvrée grâce aux taxes et royalties encaissées sur l'or noir. Mais avec un baril à moins de 40 dollars, il n'y a plus rien à distribuer et ces pays se transforment doucement mais sûrement en cocottes minutes.

Je me demande même si le vrai proverbe ne serait pas plutôt : le malheur des uns risque de faire également le malheur des autres ?

Nos partenaires