Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

22/05/15 à 12:20 - Mise à jour à 12:20

Pensions: 'Di Rupo verse dans un populisme indigne d'un ancien Premier ministre'

Elio Di Rupo a bel et bien perdu son mojo. En affirmant que s'il revenait au pouvoir, il rabaisserait l'âge légal de départ à la pension à 65 ans, il s'inscrit dans une logique d'opposition simpliste, "à la française", dont l'inspiration semble provenir uniquement de la volonté de détricoter tout ce que le gouvernement en place propose ou réalise.

Pensions: 'Di Rupo verse dans un populisme indigne d'un ancien Premier ministre'

Elio Di Rupo © Belga

Il s'agit d'un aveu de faiblesse d'autant plus désolant que la question des pensions est, Elio Di Rupo le sait, fondamentale pour notre économie et la survie de notre système social.

Le Chancelier Bismarck, à l'origine du premier système de pensions introduit en Allemagne en 1889, se retournerait dans sa tombe s'il l'entendait ! A l'époque, il avait fixé l'âge légal de départ à la pension à 70 ans... alors que l'espérance de vie tournait autour de 40 ans en moyenne. En 1916, il avait jugé bon d'abaisser l'âge légal de la pension à 65 ans. Ce seuil est resté en vigueur jusqu'il y a peu dans la plupart des pays européens, alors que les paramètres du système ont, eux, considérablement évolué.

Tout d'abord, les populations ont continué à augmenter de même que l'espérance de vie, qui a aujourd'hui franchi le cap des 80 ans. Si l'on se contentait de transposer le système mis au point par Bismarck à notre époque, nous serions tous supposés travailler bien au-delà de 100 ans ! Mais ce serait sans prendre en compte l'évolution de la notion même de pension, qui n'est plus du tout comparable à celle du début du 20e siècle : alors qu'il s'agissait de donner un complément de revenu à ceux qui n'étaient plus physiquement aptes à assurer leur propre protection et qui risquaient de sombrer dans la pauvreté, le système a évolué après la Seconde Guerre mondiale vers celui d'une garantie de conservation du niveau de vie au-delà de l'arrêt du travail, celui-ci ne correspondant plus nécessairement à des limites physiques. Mais dans l'intervalle, outre l'allongement de la durée de vie, la natalité a diminué, réduisant du même coup le nombre d'actifs assurant ladite garantie. Résultat, de 1889 à nos jours, non seulement les dépenses de pensions ont été multipliées par 100, passant de 0,1 % du produit intérieur brut allemand à grosso modo 10 % aujourd'hui, mais, pis encore, le défi est resté le même : sans réforme, le risque de paupérisation des seniors réapparaîtra de plus belle.

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Pensions: Elio Di Rupo verse dans un populisme indigne d'un ancien Premier ministre

Ce n'est pas en tentant vainement de garder un secret de polichinelle -- il va falloir travailler plus longtemps, c'est une question de bien-être collectif -- qu'Elio Di Rupo retrouvera son panache d'antan. Ce faisant, il verse dans un populisme indigne d'un ancien Premier ministre et par ailleurs mauvais pour l'image des francophones. Car pendant ce temps, ce sont des élus N-VA qui osent mettre sur la table les sujets qui fâchent : mise en oeuvre d'une taxe kilométrique pour les voitures et réforme du revenu cadastral notamment. Il vaudrait mieux que l'opposition s'attache à leur tenir tête sur des sujets plus fondamentaux, quitte à fâcher encore un peu plus. La fiscalité des voitures de société, par exemple ?

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