"Pas touche à notre indexation automatique des salaires !"

04/02/11 à 11:46 - Mise à jour à 11:46

Source: Trends-Tendances

Angela Merkel veut faire passer un certain nombre d'exigences auprès de ses collègues européens, notamment la modération salariale. Dans son collimateur, notamment, l'indexation automatique "à la belge". Yves Leterme, le PS et les syndicats européens sont montés aux barricades.

"Pas touche à notre indexation automatique des salaires !"

© Reuters

Yves Leterme a indiqué vendredi matin qu'il n'était "absolument pas d'accord" avec la proposition allemande d'un pacte de compétitivité visant notamment à garantir la modération salariale en Europe. "Il doit y avoir plus de coopération économique (en Europe) mais les Etats membres doivent avoir l'espace de mener leurs propres politiques !", a déclaré le Premier ministre belge à son arrivée au sommet européen.

Ebranlée par la crise de la zone euro, Angela Merkel doit tenter aujourd'hui vendredi de reprendre la main en faisant approuver par ses collègues européens un "pacte de compétitivité" visant notamment à garantir la modération salariale à travers le continent. Au cours des derniers mois, la chancelière allemande a souvent été sur la défensive, en raison de l'opposition farouche de son électorat à toute mesure d'aide en faveur de pays jugés laxistes, comme la Grèce et l'Irlande.

La chancelière a rechigné à soutenir les plans d'aides ad hoc, ainsi que la proposition d'un mécanisme permanent de sauvetage pour les Etats en déroute financière. Alors que ce mécanisme sera une nouvelle fois évoqué par les chefs d'Etat et de gouvernement des 27, Angela Merkel entend profiter de l'occasion pour passer à l'offensive.

Elle dispose d'un argument de poids, puisque l'Allemagne sera le principal contributeur du mécanisme. Elle s'est en outre adjoint le soutien du président français, Nicolas Sarkozy, partisan de longue date d'une gouvernance économique européenne renforcée.

Salaires, retraite, fisc, budget : les grandes lignes des exigences allemandes

Concrètement, l'Allemagne veut obtenir des autres dirigeants l'engagement d'assurer la modération salariale. Selon des articles de presse, les mécanismes tels que l'indexation automatique pratiquée en Belgique sont dans le collimateur. Berlin veut également établir un lien structurel entre l'espérance de vie et l'âge de la retraite, mais aussi assurer une plus grande harmonisation fiscale et ancrer constitutionnellement l'orthodoxie budgétaire dans tous les pays.

Les propositions allemandes, cosignées par la France, rejoignent en de nombreux points celles de la Commission européenne, qui a présenté récemment son premier "examen annuel de la croissance", censé tracer les grandes lignes pour l'économie européenne dans les mois à venir. La Commission a aussi présenté fin septembre un paquet législatif introduisant des sanctions pour les dérapages de compétitivité et des finances publiques, qui doit être approuvé en codécision.

L'exécutif communautaire n'en a pas moins été piqué au vif par l'initiative allemande, cherchant à réaffirmer son rôle premier dans le processus et rappelant son monopole d'initiative : "Il ne faut pas réinventer la roue !, a dénoncé un porte-parole. Il y a beaucoup d'éléments (dans les plans allemands) qui sont déjà dans nos propositions de septembre. Un principe essentiel pour nous est la méthode communautaire." Bref, il faut, selon la Commission, la "jouer collectif".

La remarque reflète la querelle d'égos qui imprègne la crise de la zone euro. Angela Merkel, soucieuse de ne pas manquer son rendez-vous avec l'histoire, José Manuel Barroso, désireux de montrer plus d'audace pour son deuxième mandat à la présidence de la Commission, et Herman Van Rompuy, qui cherche à asseoir sa fonction de président du Conseil, ont souvent tiré la couverture à eux au cours des derniers mois.

Tous trois issus du Parti populaire européen (PPE), l'Allemande, le Portugais et le Belge partagent pourtant le même diagnostic. Selon eux, il est vital que l'Europe redevienne plus compétitive pour garantir son modèle social. Dans un Conseil européen acquis à cette idée, ils ne devraient pas trouver beaucoup de contradicteurs. Savoir si les syndicats et les travailleurs des Etats membres accepteront l'austérité voulue par Berlin est une autre histoire...

Leterme : "Nous n'accepterons pas que notre modèle de concertation sociale soit détricoté !"

Yves Leterme a fait connaître vendredi les grandes réticences de la Belgique envers certaines propositions de la chancelière allemande : "Je ne suis pas contre la convergence économique mais nous devons laisser les moyens d'y parvenir dans les mains des Etats membres. Chaque Etat membre a ses propres accents, ses propres traditions. Nous n'accepterons pas que notre modèle de concertation sociale soit détricoté !" Et notre Premier ministre de souligner que les propositions allemandes sont liées aux échéances électorales qui attendent Angela Merkel...

Yves Leterme n'est d'ailleurs pas le seul en Belgique à avoir fait connaître son opposition. Dans un communiqué, le PS a dénoncé "une régression sociale où les dépenses sociales sont les variables d'ajustement". Le Parti socialiste refuse toute suppression de l'indexation automatique, soulignant que celle-ci est "est déterminante pour préserver le pouvoir d'achat des travailleurs".

La compétitivité, un "alibi" pour détricoter la négociation collective, selon les syndicats européens

Dans un communiqué publié vendredi, la Confédération européenne des syndicats (CES) "déclare avec force qu'elle ne peut tolérer que la compétitivité soit utilisée comme un alibi de plus pour intervenir dans les systèmes de négociations collectives partout en Europe. La réduction des salaires minimum et l'abolition des systèmes d'indexation des salaires dans quelques pays pourraient bien n'être que le début d'un processus de sape des systèmes de formation des salaires et de la position de négociation des travailleurs et des syndicats à travers toute l'Europe !"

Car la concurrence salariale est "un jeu à somme nulle", selon la confédération syndicale : "Ce que certains gagnent à court terme est perdu par d'autres et, au bout du compte, l'Europe entière souffre car la demande diminue sur le marché interne. Au lieu de prévoir un frein à l'endettement dans les constitutions nationales (Ndlr, comme l'a fait l'Allemagne, qui voudrait voir répliquer ce mécanisme partout en Europe), les pays seraient mieux inspirés d'y inscrire l'autonomie des négociations collectives et des partenaires sociaux comme cela est le cas en Allemagne", a ajouté John Monks, secrétaire général de la CES, cité dans le communiqué.

Trends.be, avec Belga

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