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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/04/16 à 11:15 - Mise à jour à 11:32

Panama Papers: ils ne sont pas tous égaux devant la fraude

Un nouveau scandale fiscal mondial a été dévoilé par les médias. Si en Occident, les personnes impliquées devront s'expliquer, ce ne sera pas le cas dans les autres pays, soit parce que les médias sont muselés, soit parce que les dirigeants auront beau jeu de dire que c'est la CIA qui est à la manoeuvre et que ces révélations veulent déstabiliser leur pays !

Panama Papers: ils ne sont pas tous égaux devant la fraude

© iStockphoto

Plusieurs organes de presse ont dévoilé, ce 3 avril, la liste des noms de dirigeants d'entreprises, de ministres ou de chefs d'Etat ayant utilisé les services d'un cabinet d'avocats panaméens pour dissimuler leur argent via des sociétés écrans situées dans les îles Caïmans, à Singapour ou dans le Nevada !

Plutôt que de parler de scandale, on devrait d'ailleurs parler d'un grand moment de démocratie, car cette transparence forcée a au moins une fonction de piqure de rappel. Il n'y a qu'à regarder la liste des bénéficiaires de ces sociétés écrans, on retrouve bien entendu les noms de chefs d'Etat de Syrie, d'Afrique du Sud, du Soudan, du Ghana, du Pakistan ou des monarchies pétrolières. Ces noms ne sont pas vraiment une surprise, qu'attendre de plus de ce genre de personnages dont le comportement est rarement très démocratique ?

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Plutôt que de parler de scandale Panama Papers, on devrait parler d'un grand moment de démocratie, car cette transparence forcée est une piqure de rappel.

En revanche, c'est déjà plus délicat lorsque des personnalités du sport comme Lionel Messi ou Michel Platini se retrouvent sur ses listes. Comment peuvent-ils justifier moralement l'usage de ces véhicules juridiques alors qu'ils sont déjà très grassement payés ou lorsqu'ils tiennent des discours lénifiants sur l'exemplarité sportive ? Le grand public aura sans doute du mal à comprendre leurs explications.

Même chose en Islande où le premier ministre a dû quitter une émission de télévision, car il était interrogé sur la société offshore créée par son épouse. Une nouvelle n'a pas vraiment fait plaisir à la population qui a dû se serrer la ceinture pendant plusieurs années pour faire face aux faillites bancaires islandaises.

Quant à Vladimir Poutine, les rumeurs lui prêtaient déjà depuis de longues années d'être l'un des hommes les plus riches de la planète. Le fait de découvrir que son ami d'enfance aurait détourné 2 milliards de dollars avec l'aide de banques russes en falsifiant des paiements ou en antidatant des documents, ne va pas faire taire ces rumeurs. Le comble étant que des analystes russes rétorquent que Poutine n'aurait pas besoin de tout cet argent puisqu'il bénéficie en tant que chef de l'Etat de l'usufruit des biens publics de manière quasi illimitée !

Ecrire cela sans sourire est déjà très étonnant mais il ne faut pas se leurrer.

Si en Belgique, le ministre des Finances n'a pas attendu longtemps avant d'annoncer que l'inspection spéciale des impôts allait éplucher la liste des centaines de Belges impliqués dans ce scandale fiscal, les dirigeants chinois, russes, africains ou arabes n'auront, eux, aucun souci à se faire. D'abord, parce que comme l'affirment Les Echos, les relais médiatiques internes seront étrangement muets sur cette enquête fiscale de grande ampleur. Ensuite parce qu'il n'y aura pas de mobilisation de leur opinion publique. Il n'y a qu'à voir comment le Kremlin a immédiatement répliqué aux résultats de cette enquête mondiale en affirmant qu'elle a été "menée par des anciens employés de la CIA" et qu'elle n'aurait donc qu'un seul but : déstabiliser la glorieuse Russie.

Au fond, tout cela me rappelle un trait d'humour de l'humoriste Smaïn : il disait qu'avant d'être connu, il devait se serrer la ceinture, mais que maintenant avec le succès, c'est la ceinture qui le serre. Que rajouter de plus ?

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