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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

26/05/15 à 13:48 - Mise à jour à 15:02

"Nous sommes entrés dans une "économie botox", on cache les rides, mais pas l'âge"

Daniel Cohen, ça vous dit quelque chose ? C'est l'un des plus brillants économistes de France. Ses interviews sont toujours intéressantes à lire. La dernière porte sur la sortie de crise. Le magazine français L'Express n'a pas hésité à titrer en une que la sortie de crise était là. Pour beaucoup de commentateurs, ce n'est pas faux.

"Nous sommes entrés dans une "économie botox", on cache les rides, mais pas l'âge"

© istock

Nous vivons pour le moment sous un signe astral positif, dans le sens où trois astres sont alignés dans la bonne direction, ce qui est plutôt rare : la baisse du pétrole, la baisse de l'euro et la baisse des taux d'intérêt. Ces trois astres donnent un grand ballon d'oxygène à la plupart des économies en Europe. C'est là où le commentaire de Daniel Cohen est précieux, il rappelle que les gouvernements n'ont pas à faire cocorico, car cet alignement des astres, ils n'y sont pour rien.

Si nos taux de croissance reprennent des couleurs, c'est grâce un peu à la providence et à la banque centrale européenne, mais quasiment pas grâce aux politiques économiques de nos gouvernements. Ici, je parle surtout pour les pays les moins vertueux. Quant à dire que la crise est finie, Daniel Cohen préfère dire que c'est une reprise mais pas une fin de crise. Autrement dit, "pour prendre une image, on remonte une marche d'escalier, mais ça ne veut pas dire que l'escalator repart" !

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"Au fond, nous sommes entrés dans une sorte d'économie botox, on cache les rides, mais pas l'âge. Autrement dit, la crise est toujours là !"

Pourquoi cette nuance ? Parce que Daniel Cohen a raison de dire que nous n'avons réglé aucun des problèmes de fond de la zone euro. Un seul exemple : notre dette publique est encore plus élevée que par le passé. Si on s'en tire aujourd'hui, c'est parce que les taux d'intérêt sont fixés artificiellement autour de 0% par la banque centrale européenne. Autrement dit, rembourser la dette publique ne coûte pas trop cher aujourd'hui. Mais qu'en sera-t-il demain lorsque les taux d'intérêt remonteront ? Comment feront les gouvernements pour équilibrer leurs budgets ? La question est encore aujourd'hui sans réponse. Et puis l'autre souci, comme le rappelle Daniel Cohen, c'est qu'une vraie fin de crise se traduit par une baisse du chômage et une reprise de l'investissement. Et en Europe, nous n'avons ni l'un ni l'autre. Au fond, en Europe, nous avons une reprise sans création d'emplois alors qu'aux Etats-Unis, c'est une reprise sans salaire ! Ce n'est franchement pas glorieux comme résultat pour les gouvernements qui ont donc passé presque 7 années à se battre contre la mère de toutes les crises ! Au fond, nous sommes entrés dans une sorte d'économie botox, on cache les rides, mais pas l'âge. Autrement dit, la crise est toujours là !

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