Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/03/15 à 10:57 - Mise à jour à 10:55

Nos élites sont au bord de la route...

Le monde politique est souvent accusé de myopie car son horizon de temps se limite bien souvent à la prochaine élection.

Nos élites sont au bord de la route...

© Belga

Ce n'est pas faux et c'est même en partie normal car un homme ou une femme politique ne peut pas serrer la main des futures générations sur un marché le dimanche matin, et donc, la tendance des politiques est de se focaliser sur le marché électoral existant, d'où sa myopie volontaire .

Mais cette myopie n'est pas l'apanage que des politiques. Dans le monde des très grandes entreprises, et en particulier, celles qui sont cotées en Bourse, ne pensez pas que les dirigeants de ces sociétés passent leur temps à se projeter sur le long terme, que du contraire ! La Bourse et les avis des analystes financiers les forcent à ne regarder que le trimestre prochain puisque 4 fois par an ou au moins deux fois par an, ces entreprises cotées doivent sortir des chiffres en croissance et gare à celles qui déçoivent les attentes de la Bourse... La sanction est immédiate et le cours dégringole.

Ce que je veux dire par là, c'est que nos élites, qu'elles soient politiques ou économiques sont souvent déconnectées du long terme. C'est même d'ailleurs la thèse d'un livre, rédigé par Laure Belot, une journaliste du journal Le Monde, et dont les Echos épinglent les principales idées. Sa thèse est simple : face à Internet qui représente l'avenir, nos élites sont totalement dépassées !

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Nos élites sont perdues face à un monde qui change plus vite que prévu et qui remet en cause toutes nos certitudes.

Les politiques en Europe ne se rendent pas compte qu'un site de réservations de chambres d'hôtels comme Booking.com pèse aujourd'hui 6 fois plus en Bourse qu'une entreprise comme Accor qui a des marques aussi connues que Sofitel, Mercure, Novotel ou Ibis. Les mêmes élites ne se rendent pas compte qu'une start up comme la société de taxis Uber pèse aujourd'hui 40 milliards de dollars, alors qu'elle n'existe que depuis quelques années. Uber pèse donc autant qu'une entreprise centenaire comme Air Liquide cotée en Bourse à Paris. Nos élites ne se rendent pas compte que si Booking.com a privé les hôteliers d'une partie de leur chiffre d'affaires via ses commissions, un autre site comme Airbnb, lui, s'apprête à leur piquer leurs chambres... De même ces élites n'ont pas toujours conscience que le monde s'accélère à une vitesse folle : que si en 2008, un titre boursier changeait de main tous les deux mois, ce changement se fait aujourd'hui toutes les vingt-cinq secondes !

Ces élites se rendent-elles compte que la jeune génération qui arrive sur le marché de l'emploi, lorsqu'elle y arrive, n'est plus intéressée par la possession des objets, mais uniquement par son usage, comme par exemple, une voiture. Bref, que ces jeunes se posent la question de savoir pourquoi dépenser 5000 euros en moyenne par an pour une voiture à 95% du temps inoccupée quand Blablacar est là pour leur rendre service à moindre coût ?

La conclusion de cette journaliste du Monde, c'est que nos élites sont aujourd'hui au bord de la route. Elles sont en quelque sorte perdues face à un monde qui change plus vite que prévu et remet en cause toutes nos certitudes.

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