"Moins d'Etat mais un meilleur Etat !" : des patrons interpellent les politiques

09/06/10 à 16:13 - Mise à jour à 16:13

Source: Trends-Tendances

A l'aube d'un scrutin probablement lourd de conséquences, et alors que la situation économique reste préoccupante, quel message les patrons aimeraient-ils faire passer aux décideurs politiques ? Trois chefs d'entreprise du sud du pays ont pris la plume, souvent acide. Premier volet d'une série sur trois jours, avec la carte blanche de Jean Stéphenne (GSK Biologicals), complétée par l'analyse de Jean Hindriks (UCL, Institut Itinera).

"Moins d'Etat mais un meilleur Etat !" : des patrons interpellent les politiques

© Belga

"Des patrons interpellent les politiques", c'est d'abord un dossier publié par le magazine Trends-Tendances dans son édition du 10 juin. Avec, en bonus, les cartes blanches de deux patrons flamands, Paul Buysse et Martine Reynaers.

A la fin de ce mois, lorsqu'elle prendra la présidence du Conseil de l'UE, la Belgique sera le point de mire de tous les acteurs sociaux, économiques et politiques non seulement européens mais aussi du monde entier. Il est donc essentiel que nos responsables politiques s'attachent à résoudre au mieux et dans les meilleurs délais le problème communautaire qui entrave depuis de trop nombreuses années le bon fonctionnement économique de notre pays. Sans préjuger de la réforme inéluctable de nos institutions, il y a quelques constats et principes dont il faut tenir compte.

Les constats

- Les deux communautés ont perdu le respect mutuel et la confiance réciproque.

- Une plus grande responsabilité des dépenses et recettes doit être apportée dans la réforme.

- Bruxelles est et restera un moteur économique important de la Belgique qui bénéficie aux deux communautés mais ne reçoit pas les financements qui permettraient son développement et d'assurer un plan de mobilité.

- La Belgique est minuscule en Europe et sur la carte du monde, et notre poids face au développement des pays émergents ne fera que décroître.

- Nos dépenses publiques sont supérieures à nos voisins européens avec un nombre de salariés dans l'administration publique de l'ordre de 4 pour 100 habitants au lieu de 3 pour les pays voisins.

Les principes

- La Flandre raisonne sur la notion de territorialité, il est donc évident que les francophones ont intérêt à créer l'espace Wallonie-Bruxelles.

- Le lieu de travail doit devenir une base de perception de l'impôt et Bruxelles doit y trouver une partie de son financement. Ce principe est d'ailleurs appliqué dans toutes les grandes villes internationales.

- Maintenir un seul cadre juridique et fiscal compétitif à l'échelon européen pour les entreprises en évitant une compétitivité malsaine entre Régions et assurer ainsi le positionnement de la Belgique sur la carte mondiale.

- Maintenir un socle de solidarité à travers la sécurité sociale.

- Assurer un meilleur taux d'emploi des 50 à 65 ans par des mécanismes innovants et mettre fin à notre système de prépension qui n'est plus tenable à terme.

Sur cette base, il nous paraît urgent d'adresser un certain nombre de priorités.

Les priorités

- Promouvoir la société de la connaissance. La qualité de notre enseignement joue un rôle fondamental dans la préparation de nos jeunes à affronter les défis de demain. Les entreprises ont plus que jamais besoin de jeunes diplômés qui ont à la fois une tête bien pleine, mais aussi une ouverture vers le monde extérieur.

- Assainir les finances publiques. L'équilibre budgétaire doit être atteint en 2015, comme annoncé. Une pression fiscale supplémentaire ne résoudrait rien. Par contre, une réduction des dépenses s'avère être indispensable. De plus, le problème du vieillissement de la population et du coût futur des pensions doit être négocié dans le cadre de nouvelles modalités de fin de carrière ou d'accès à la pension.

- Moins d'Etat et un meilleur Etat. L'énergie dépensée par nos politiciens pour résoudre les problèmes communautaires est considérable. En Wallonie, mais surtout en Flandre depuis ces dernières années, la croissance du nombre de fonctionnaires est exponentielle. Il convient de veiller à ce que les ressources publiques soient affectées aux besoins réels de la population et aux attentes des entreprises.

- Favoriser l'initiative privée. L'Etat et le secteur public doivent continuer à jouer leur rôle de catalyseur de la croissance, mais c'est toutefois l'initiative privée qui restera le moteur de cette croissance. La Belgique se doit donc de continuer à mettre tout en oeuvre pour attirer les capitaux des investisseurs étrangers ou locaux mais aussi faire en sorte que le capital à risque puisse trouver dans notre région un terrain propice à son expansion.

L'analyse de Jean Hindriks

- Percevoir (une partie de) l'impôt sur base du lieu de travail ?"Cette proposition est évoquée pour résoudre le problème du sous-financement de Bruxelles, qui accueille près de 350.000 navetteurs chaque jour mais en obtient peu en retour. Tous les partis, sauf

la N-VA, reconnaissent ce problème et un consensus se dégage pour estimer ce niveau de sous-financement à 500 millions d'euros. Reste à savoir où aller chercher cet argent ? Le FDF a publié une étude pour démontrer qu'un élargissement de Bruxelles aux communes à facilités permettrait de générer 78 millions pour la Région bruxelloise et 119 millions pour la Communauté française. Mais cette projection est à nuancer fortement par le fait, comme l'a calculé le professeur Dechamps (FUNDP Namur), que Bruxelles, du fait qu'elle intégrerait une population plutôt aisée, perdrait 60 millions d'euros d'allocations de solidarité. L'effet net d'un élargissement sur les finances bruxelloises serait donc plutôt limité.

Une autre piste est de créer une petite taxe sur les navetteurs, basée donc sur le lieu de travail, et dont les recettes seraient allouées à la STIB, par exemple. Ce ne serait pas extraordinaire. Aux Etats-Unis, de nombreuses villes mettent les travailleurs (légèrement) à contribution.

- Probabilité de mise en place ? Très élevée pour ce qui est d'imaginer une forme légère de taxation sur le lieu de travail mais quasiment nulle pour ce qui est de taxer d'office selon le lieu de travail plutôt que de résidence.

Coordination : Olivier Fabes

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