"Milan vit une transformation extraordinaire"

22/02/17 à 13:17 - Mise à jour à 13:17

Source: Afp

Grise et polluée: c'est ainsi qu'on décrivait Milan, face à une Rome éternelle. Mais tandis que la capitale italienne s'enfonce dans la crise, la cité lombarde est devenue le centre névralgique du pays, grouillant de projets et attirant touristes et capitaux étrangers.

"Milan vit une transformation extraordinaire"

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"Milan est en train de vivre un moment de transformation extraordinaire. Elle devient un des pôles les plus intéressants au niveau international", estime Giuliano Noci, professeur de stratégie à l'Ecole polytechnique de Milan.

Semaine de la mode quatre fois par an, dont celle du prêt-à-porter féminin qui débute mercredi, salon du design, salon du livre partagé avec Turin et désormais une semaine autour de la nourriture: Milan multiplie les événements, faisant oublier, malgré le smog toujours bien présent, l'image de triste ville industrielle qui lui collait à la peau.

"Milan a su capitaliser sur l'Exposition universelle" de 2015, qui a été vue par 21,5 millions de personnes, dont 6,5 millions d'étrangers, explique M. Noci.

Et l'an passé, malgré le chiffre record enregistré en 2015, le nombre de visiteurs dans la ville, célèbre pour son Duomo (cathédrale) et l'opéra de la Scala, a encore crû de 2,07%.

"Un des points forts de Milan est d'être une ville cosmopolite. Elle attire de nombreux étrangers de grande qualité, c'est un pôle d'échanges. Les universités y sont très internationales", souligne Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur à l'Université Bocconi de Milan.

"Porte d'entrée du business en Italie et liée à l'une des zones de développement économique les plus importantes d'Europe", selon M. Noci, Milan s'enorgueillit d'un taux de chômage de 8%, alors que la moyenne nationale avoisine les 12% et que Rome doit se contenter de 10,7%.

A elle seule, la métropole milanaise au sens large génère 10% du PIB italien. Un quart des banques italiennes y ont installé leur siège. Et de nombreuses entreprises ont opté pour Milan au détriment de Rome, à l'image du groupe de télévisions Skytg24 qui a décidé en janvier de délocaliser une grande partie de son personnel de Rome vers Milan.

La capitale à Milan ?

"Des multinationales importantes, y compris des chinoises, ont décidé d'y ouvrir des centres de recherches, comme Huawei", note M. Noci, en soulignant la forte présence parallèlement d'entreprises typiques du "Made in Italy", de la mode à la nourriture, et de l'high-tech.

La capitale lombarde dispose du plus grand centre des congrès d'Europe, elle est extrêmement bien interconnectée avec notamment trois aéroports à proximité.

Et alors que Rome se débat avec ses déchets, Milan fait partie des trois premières villes européennes en matière de tri sélectif. Même chose au niveau des transports en commun, réputés pour leur efficacité, loin du célèbre chaos romain.

La différence entre les deux villes semble se creuser chaque jour un peu plus, à tel point que le philosophe --romain-- Raffaele Simone s'est fendu en janvier d'une tribune dans l'hebdomadaire L'Espresso pour suggérer de transférer la capitale à... Milan.

"Le thème est antique (...) Mais depuis quelque temps, il est impossible de l'éluder. La catastrophique gestion de Virginia Raggi (la maire de Rome toujours à la recherche d'une équipe municipale au complet, ndlr), le gouffre de la dette et l'abandon indigne dans laquelle la capitale verse depuis des années rendent cette demande inévitable", se désole-t-il.

Avant d'énumérer tous les maux touchant la Ville éternelle: saleté des rues, police qu'il juge inefficace et transports publics "catastrophiques" générant un trafic chaotique.

Rome "a des potentialités très importantes mais elle doit d'abord régler à court terme des problèmes de base, comme les transports. C'est seulement une fois qu'elle l'aura fait qu'elle pourra penser à un projet stratégique de développement à moyen-long terme", estime M. Noci.

M. Carnevale Maffè s'amuse lui de la suggestion de Raffaele Simone: "A nous les Milanais, cela ne nous a jamais intéressés d'être la capitale de l'Italie. Ce que Milan veut, c'est être capitale de la croissance, de l'innovation et du développement économique". "Milan est fortement européenne", dans le sens d'une Europe "qui regarde vers le monde", assure-t-il.

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