May accuse l'UE de vouloir torpiller le Brexit, Bruxelles rejette les accusations d'ingérence

04/05/17 à 10:59 - Mise à jour à 14:07

Source: Afp

La Premier ministre britannique Theresa May a durci le ton mercredi sur le Brexit, accusant Bruxelles de vouloir influencer l'issue des législatives au Royaume-Uni, tandis que l'Union européenne a mis en garde contre créer "l'illusion" d'une sortie "sans douleur".

May accuse l'UE de vouloir torpiller le Brexit, Bruxelles rejette les accusations d'ingérence

Theresa May et Jean-Claude Juncker. © AFP/Justin Tallis

"Certains à Bruxelles ne veulent pas le succès des négociations, ne veulent pas que le Royaume-Uni réussisse", a-t-elle dit sur un ton dur devant sa résidence du 10, Downing Street, après avoir menacé la veille de se montrer "sacrément coriace" dans les négociations.

"La commission européenne a durci sa position de négociation. Des menaces ont été proférées contre le Royaume-Uni par des politiciens et responsables européens", a-t-elle encore dit, estimant que "tout cela était délibérément programmé pour influencer le résultat des élections" législatives du 8 juin, qu'elle a convoquées pour renforcer sa position en vue des négociations.

Ces propos ponctuent une séquence difficile pour la cheffe de l'exécutif britannique après la parution dimanche d'un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) relatant un dîner de travail entre Mme May et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la semaine dernière à Londres.

Selon le journal allemand, M. Juncker aurait estimé que Mme May vivait dans "une autre galaxie" en raison de ses exigences de négociation. Le lendemain de ce dîner, la chancelière allemande Angela Merkel avait averti Londres de ne pas se faire d'"illusions" sur les implications du divorce.

Mais pour Theresa May, la position britannique a été "déformée par la presse continentale".

L'UE rejette les accusations d'ingérence

"Personne" à Bruxelles ne cherche à s'immiscer dans la campagne électorale britannique, a affirmé jeudi le président du Parlement européen Antonio Tajani, en réponse aux accusations d'ingérence de la Première ministre.

"Personne ne veut influencer la campagne électorale au Royaume-Uni", s'est défendu M. Tajani lors d'une conférence de presse à Bruxelles. "Nous ne voulons pas influencer le débat au Royaume-Uni, ce sont eux qui ont décidé de quitter l'Union européenne. Nous avons seulement dit que nous allons défendre nos intérêts", a-t-il étayé.

"Ce n'est pas une attaque ou un mauvais mot que dire qu'être membre de l'UE ce n'est pas la même chose qu'être hors de l'UE. Moi je pense que c'est mieux, mais c'est mon opinion", a expliqué M. Tajani.

Côté Commission, la réponse a été moins directe. "Nous sommes trop occupés pour faire des commentaires sur des commentaires", a rétorqué le porte-parole de l'institution, Margaritis Schinas, lors de son point de presse quotidien.

Mais l'exécutif européen n'est "pas naïf" pour autant. "Nous savons qu'il y a des élections qui se déroulent au Royaume-Uni. Les gens deviennent agités" à l'approche de l'échéance du 8 juin, a noté M. Schinas.

"Une fois que nous aurons un gouvernement britannique immédiatement après les élections, nous serons très occupés à nous engager de façon constructive dans les négociations" pour trouver un accord de retrait du Royaume-Uni, a-t-il poursuivi.

Citant une liste de travaux en cours et de rendez-vous entre le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et des dirigeants européens, Margaritis Schinas a asséné que l'institution ne "Brexitisera" pas son travail. Le chef de cabinet de M. Juncker, Martin Selmayr, a déclaré lors d'un entretien public mercredi soir organisé par le site Politico que son patron ne "passera pas plus d'une demi-heure par semaine sur le sujet".

Pas de Brexit "sans douleur"

Signe de la crispation entre Londres et Bruxelles, le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier, avait souligné plus tôt mercredi que le Brexit ne se ferait pas "rapidement et sans douleur".

"Certains créent l'illusion que le Brexit n'aura pas d'impact matériel sur nos vies ou que les négociations pourraient être conclues rapidement et sans douleur", a regretté le Français, désigné par la Commission et les Etats membres pour les représenter à la table des négociations.

Prêt "à toutes les options" sur l'issue des pourparlers, M. Barnier a toutefois insisté que l'objectif restait d'obtenir un accord pour une sortie organisée.

Le mandat présenté à Bruxelles regroupe "les questions qui, à ce stade, ont été reconnues comme strictement nécessaires à un retrait ordonné du Royaume-Uni", selon le document publié mercredi.

Ces "recommandations" de la Commission devront encore être adoptées par les Etats membres, lors d'un conseil des ministres le 22 mai. Les 27 seront alors juridiquement prêts à ouvrir les discussions avec Londres.

L'une des questions les plus contentieuses est celle du "règlement financier", la somme que l'UE exige du Royaume-Uni pour couvrir ses engagements. Ceux-ci sont relatifs au budget, au départ d'organismes comme la BCE ou la Banque européenne d'investissement, ou encore à la participation à des fonds européens comme celui en faveur des réfugiés en Turquie.

Soit entre 40 et 60 milliards d'euros selon des estimations côté européen, 100 milliards selon le quotidien britannique Financial Times.

"Il ne s'agit pas d'une punition ni d'une taxe de sortie", a expliqué M. Barnier, qui s'est fixé pour objectif de se "mettre d'accord (avec Londres, ndlr) sur une méthodologie rigoureuse" de calcul.

Menace de ne "rien payer"

Mercredi matin, le ministre britannique chargé du Brexit David Davis a menacé de ne "rien payer" si aucun accord n'était trouvé.

M. Barnier a lui refusé de parler de "facture" et a soutenu que l'UE n'exigera pas un "chèque en blanc" du Royaume-Uni.

Il s'agira de respecter les engagements pris dans le cadre financier pluriannuel qui court pour la période 2014-2020, a-t-il précisé.

Les directives des négociateurs reprennent par ailleurs les grands principes établis par les Etats membres lors d'un sommet samedi.

Outre l'épineuse question financière, l'UE s'est fixée comme priorité numéro 1 de protéger et garantir à vie les droits des citoyens acquis pendant la période d'adhésion du Royaume-Uni. Environ 4,5 millions de personnes sont concernées: ressortissants européens installés dans le pays et Britanniques vivant sur le territoire des 27.

Ce n'est qu'une fois que des progrès significatifs auront été constatés qu'une seconde phase de discussions, sur la nature de la future relation entre les deux parties, pourra être ouverte. A l'automne, a espéré M. Barnier.

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