Magnette: "Il faut re-métropoliser la Wallonie"

25/03/15 à 13:36 - Mise à jour à 26/03/15 à 10:49

Le ministre-président a prononcé ce mercredi matin son premier "Discours sur l'état de la Wallonie". Il a insisté sur l'utilisation du territoire, atout que la Wallonie a souvent, dit-il, " gaspillé ".

Magnette: "Il faut re-métropoliser la Wallonie"

Paul Magnette © Belga

Le bourgmestre a-t-il influencé le ministre-président ou le ministre-président a-t-il influencé le bourgmestre ? Toujours est-il que dans son discours sur l'état de la Wallonie, Paul Magnette a longuement insisté sur la nécessité de " re-métropoliser le territoire wallon ", de développer des quartiers d'affaires autour des gares, d'impliquer le secteur privé dans la politique foncière... Autant d'éléments mis en pratique par le bourgmestre de Charleroi et qui ont par ailleurs fait l'objet d'un reportage dans le Trends-Tendances du 19 mars.

Paul Magnette évoque les défis territoriaux de la Wallonie pour une double raison. D'une part, il faut anticiper l'impact de la croissance démographique, qui apportera 500.000 nouveaux habitants d'ici 2040 et, d'autre part, les disponibilités foncières (16.000 ha, en incluant les friches reconvertibles) constituent l'un des meilleurs atouts économiques de la Région.

Le premier élément nécessitera la construction d'un millier de logements par mois, auxquels il faudra ajouter des investissements dans les infrastructures scolaires, culturelles, sportives ou de mobilité pour répondre aux besoins d'une population grandissante. De réelles opportunités pour le secteur de la construction mais qui impliquent un rôle politique majeur pour organiser cette évolution. " Nous devrons utiliser intelligemment notre territoire, déclare le ministre-président wallon. Nous devons montrer une vision stratégique et parcimonieuse alors que, admettons-le, la Wallonie a souvent gaspillé cette formidable ressource qu'est son territoire. " Cela ne signifie pas un coup d'arrêt au développement des zones d'activités économiques. La programmation prévoit de libérer 200 ha/an afin de répondre aux besoins des entreprises. Il existe aujourd'hui 275 parcs en Wallonie, couvrant 12.000 ha.

Attirer l'économie de services

Il insiste sur le rôle des villes, car c'est là que l'économie de services se déploie. Or, dit-il, la Wallonie affiche " certaines carences en la matière ". Ainsi dans le domaine des banques et assurances, la Région ne capte que 15,3% de l'emploi et 12,6% de la valeur ajoutée en Belgique. " Nous avons amorcé la réindustrialisation, c'est bien, poursuit Paul Magnette. Mais si l'économie de services qui doit l'accompagner ne suit pas, nous ne redresserons jamais suffisamment le PIB régional. Nous devons re-métropoliser notre territoire pour que les sociétés de consultance, les bureaux d'étude, les services juridiques et autres s'y implantent. Aujourd'hui, ils sont à Bruxelles, Lille, Luxembourg ou Aix. "

Cela peut être utile pour tout le monde puisque, dit-il, les navetteurs vers Liège ou Charleroi perdent 40% de temps en moins que ceux qui vont travailler à Bruxelles ou Anvers. Dans son discours écrit (le passage n'a pas été prononcé au parlement), Magnette cite un professeur de l'université de Liverpool qui, après avoir fait le tour des Régions les plus compétitives d'Europe, concluait : "Les régions les plus compétitives sont les régions qui possèdent les villes les plus compétitives. Par contre, nous n'avons pas pu identifier de régions gagnantes où ne se trouvent pas de villes gagnantes ".

Aider les PME à grandir

Paul Magnette a bien entendu aussi évoqué les politiques économiques classiques menées par la Région wallonne, avec évidemment le Plan Marshall 4.0 comme " colonne vertébrale ". Sa hantise : que la Région manque la rupture numérique, comme elle a manqué le train des évolutions dans les années 50-60, en vivant sur ses lauriers. " La robotisation ne tue pas l'emploi, affirme-t-il. L'Allemagne a investi dans ce domaine, la France et l'Angleterre non. La différence est exemplative. Derrière la robotisation, il y a de la conception, de la construction, de la maintenance. Il faut ancrer cela chez nous. " La révolution numérique doit, poursuit le ministre-président, concerner tous les secteurs de la fonction publique à la santé, en passant par le commerce de détail " qui doit aussi vendre en ligne pour ne pas être dépassé ".

Paul Magnette a également annoncé la présentation imminente d'un " Small Business Act ", afin d'aider les PME wallonnes à grandir. Le plan intègrera le financement, l'internationalisation, le parrainage par des grandes entreprises... "Nos PME souffrent un peu trop du syndrome de Peter Pan, elles ne veulent pas grandir au-delà d'un certain stade, analyse le ministre-président. Or, nous avons des champions cachés, qui ont le potentiel pour capter des marchés bien larges que la Belgique et ses voisins immédiats. Notre rôle, en tant que pouvoirs publics, est les détecter et de les aider à grandir. "

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