Les travailleurs qui cumulent deux jobs ne sont pas forcément ceux que l'on croit

02/04/15 à 12:27 - Mise à jour à 12:27

Source: Belga

Le SPF Economie vient de publier les résultats de sa traditionnelle enquête sur les forces de travail. Un vaste sondage réalisé auprès de 40.000 ménages, qui apporte son lot de confirmations.

Les travailleurs qui cumulent deux jobs ne sont pas forcément ceux que l'on croit

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Oui, l'écart se creuse entre la Flandre et le reste du pays : 66,2 % des Flamands de 15 à 64 ans sont au travail, contre seulement 57 % des Wallons et 52,5 % des Bruxellois. Oui, les jeunes sont ceux qui paient la crise : ils sont plus de 27 % de travailleurs potentiels de 15 à 24 ans à être au chômage, contre seulement 7,8 % dans la classe 25-49 ans et 5,2 % parmi les plus de 50 ans.

Toutefois, l'information la plus étonnante est celle-ci : il y a plus de 194.000 Belges, soit 4,3 % de la population active à avoir un double travail. Ils n'étaient que 3,8 % en 2008. On pourrait donc penser que ce sont surtout des travailleurs à revenus modestes qui, depuis la crise, cumulent les jobs pour nouer les deux bouts. Mais il faut se méfier des idées reçues. Ceux qui cumulent deux emplois représentent seulement 2,6 % des travailleurs à revenus modestes, mais 5,5 % des travailleurs très qualifiés à hauts revenus. Ces derniers sont donc aussi nombreux que les premiers. De même, ce ne sont pas les jeunes, mais les travailleurs âgés de 25 à 49 ans qui font le plus appel au "double travail".

Le double emploi n'est pas seulement dicté par le besoin impérieux de gagner plus ou d'entrer sur le marché du travail. C'est aussi la solution que certains ont trouvée pour s'épanouir dans un travail plus intéressant : l'industrie est en effet assez peu concernée par ce phénomène, au contraire du secteur de la santé, de l'enseignement, de la réparation automobile, des artistes. Une solution facilitée par le statut d'indépendant à titre complémentaire : à peu près deux fois sur trois, ce deuxième travail est exercé sous le statut d'indépendant.

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Sur le marché du travail, les incitants que l'on met en place ne profitent souvent qu'à ceux qui travaillent déjà...

Avec 4,3 % de la population active cumulant deux jobs, la Belgique se situe dans la moyenne européenne, assez loin cependant derrière les pays scandinaves où généralement un travailleur sur 10 a deux "jobs". Les pays où la deuxième occupation est la mieux implantée sont donc ceux qui ont le marché du travail le plus sain, ceux où les "outsiders" (les gens "en dehors du système", tels les jeunes à la recherche d'un premier emploi, les travailleurs précaires, les chômeurs) peuvent plus facilement devenir "insiders", trouver un emploi stable. A l'inverse, les pays où la formation et l'activation sont le moins au rendez-vous (Bulgarie, Italie, Grèce) abritent le moins de travailleurs "cumulards".

Il y a donc une leçon derrière ces chiffres : dans le marché du travail, les incitants que l'on met en place ne profitent souvent, paradoxalement, qu'à ceux qui travaillent déjà.

On sera ainsi attentif à l'effet de la dernière décision du gouvernement, qui donne désormais la possibilité aux personnes qui travaillent à 4/5 temps de prester dans l'horeca des heures supplémentaires défiscalisées et sensiblement moins lourdes en termes de cotisations sociales. Cette mesure ressemble comme deux gouttes d'eau à celle des heures supplémentaires défiscalisées lancée en 2007 en France sous le président Sarkozy. Elle part d'une bonne idée : éradiquer le travail au noir dans un secteur où il fleurit. Mais elle risque aussi d'avoir le même effet secondaire que chez nos voisins, où les entreprises ont profité d'un effet d'aubaine. Les employeurs ont préféré licencier les travailleurs sous contrats précaires ou à temps partiel, et demander à ceux qui avaient un emploi stable de prester des heures supplémentaires...

La lutte efficace contre le chômage nécessite de faire appel à une sainte trinité : une meilleure formation, une baisse des charges sur le travail et l'éradication des pièges à l'emploi. A défaut, une part importante de la population ne franchira pas les portes du paradis de l'emploi stable. Et un fossé de plus en plus important se creusera entre "insiders" et "outsiders".

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