"Les Macronomics commencent": les points clés de son programme économique

08/05/17 à 10:57 - Mise à jour à 09/05/17 à 11:27

Source: Afp

Le futur président français Emmanuel Macron bénéficie d'une conjoncture économique plutôt favorable et d'un a priori positif des milieux d'affaires, mais ses marges de manoeuvre restent floues vu les incertitudes qui planent sur les prochaines élections législatives.

"Les Macronomics commencent": les points clés de son programme économique

Emmanuel Macron © Reuters

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Même si elle souffre toujours des mêmes maux, l'économie française bénéfice depuis quelques mois d'une légère embellie: la croissance est sur une pente ascendante, l'activité du secteur privé est en expansion, le moral des ménages est plutôt positif, et même le chômage suit une tendance générale à la baisse, malgré une hausse en mars.

Avec un programme qui prévoit notamment des suppressions d'emplois publics, des allègements de charge, des baisses d'impôt pour les entreprises ou encore un détricotage des règles du dialogue social, M. Macron est une bénédiction pour les défenseurs du libéralisme économique, du libre-échangisme, de l'intégration européenne.

"Macronomics"

Les "Macronomics commencent", estiment les analystes de la banque américaine Morgan Stanley, contractant "Macron" et "économie" pour désigner l'agenda "pro-marché", "modéré et progressif" et "pro-européen" du nouveau président, soulignant que son projet de réforme du marché du travail était crucial selon eux.

Pour autant, Emmanuel Macron est un président relativement mal élu, qui n'a pas fait le plein de voix face à son adversaire populiste Marine Le Pen. Il va diriger un pays divisé et ne dispose pas pour l'instant d'un embryon de majorité parlementaire. "C'est dire le peu de motivation malgré le score net du nouveau président", pointent les analystes de Mirabaud Securities Genève.

"Alors que la classe politique européenne pousse un soupir de soulagement, cela ne cache pas l'insatisfaction des Français, vu que près de la moitié des électeurs ont tout de même voté pour des partis anti-mondialisation", relève Michael Hewson, chef économiste de CMC Markets.

"C'est une chose de vouloir supprimer 120.000 emplois publics, de tailler 60 milliards d'euros de dépense publique et de ramener le chômage à 7%, ce sera une autre paire de manche de faire avaler cela au Parlement français", estime-t-il.

"Son programme peut remettre la France sur la voie d'une croissance plus forte, mais il est possible qu'il n'obtienne qu'une courte majorité en juin. Point positif: les derniers développements suggèrent que Les Républicains (la droite traditionnelle, ndlr) vont soutenir la plupart de ses initiatives", selon Marion Amiot, d'Oxford Economics.

Le test de viabilité des "Macronomics" aura donc les 11 et 18 juin lors d'élections législatives qui se tiendront dans une configuration inédite.

Les deux grandes familles qui dominaient la vie politique française depuis des décennies, les socialistes et la droite traditionnelle, ont été balayées lors de la présidentielle et nombre de ses cadres ont rallié Emmanuel Macron.

Le tout jeune mouvement de ce dernier, En Marche!, n'a pas encore fait les preuves de sa capacité à remporter une élection législative, et le Front national de Marine Le Pen, qui ne dispose pas d'un socle parlementaire à la mesure du nombre de ses électeurs à cause du mode de scrutin, va tenter de s'imposer comme parti d'opposition.

Législatives cruciales

Dans ce contexte de recomposition, "ce vote est crucial, il va déterminer la capacité du nouveau président à mettre en oeuvre son programme", analyse Kit Nicholl, du cabinet IHS Markit.

"Pour gouverner efficacement, Macron a besoin d'une majorité parlementaire (289 sièges ou plus à l'Assemblée nationale), mais la probabilité que son mouvement y parvienne, en démarrant de zéro, est faible", selon elle.

Laurence Boone, responsable de la Recherche et de la Stratégie d'Investissement d'AXA Investment Managers, qui a été conseillère économique du président sortant Français Hollande, tout comme M. Macron, estime toutefois que le nouveau président a de bonnes chances d'arriver à bâtir une majorité.

"Malgré le caractère très inhabituel de cette élection présidentielle (...), les Français ont une tendance historique à favoriser le parti du président élu", rappelle-t-elle, bâtissant trois principaux scénarios: majorité absolue pour En Marche!, majorité relative pour En Marche! qui conserverait la maîtrise de son agenda, majorité pour Les Républicains, qui imposeraient alors leur agenda.

Dans tous les cas, "pour les investisseurs internationaux, les trois scénarios sont relativement positifs parce qu'ils devraient générer des réformes structurelles renforçant la croissance potentielle".

Les principaux points du programme économique de Macron:

Le programme d'Emmanuel Macron, baptisé "Macronomics" par la banque américaine Morgan Stanley, vise schématiquement à démanteler le tissu normatif de l'activité économique et réduire le poids de l'Etat, avec comme objectif affiché de libérer l'activité des entreprises.

Voici quelques points clés du programme de M. Macron pour les entreprises, programme qui risque toutefois de provoquer des tensions dans un pays déjà profondément divisé:

Assouplir un peu plus les 35 heures de travail hebdomadaire

La durée légale du travail en France est fixée à 35 heures hebdomadaires, même si dans les faits, elle est souvent supérieure. Emmanuel Macron souhaite conserver cette durée légale, mais permettre plus largement aux patrons et aux syndicats de négocier des aménagements.

Pour combattre le chômage, qui reste élevé en France (9,7% selon l'institut français de la statistique Insee), M. Macron prévoit aussi un renforcement de la formation et de l'apprentissage, s'engageant par exemple à "former un million de jeunes et un million de demandeurs d'emploi peu ou pas qualifiés et aujourd'hui sans perspectives", selon son programme.

Réduire les charges pour les entreprises

Le futur président veut supprimer certaines charges pour les bas salaires, transformer certaines aides publiques aux entreprises en allègement de charges, ou encore baisser l'impôt sur les sociétés de 33,3% à 25%, la moyenne européenne.

L'idée est que les entreprises utiliseront ces fonds supplémentaires pour accroître leurs investissements et embaucher, et pas simplement empocher des dividendes supplémentaires.

Alléger la dépense publique

Le futur président souhaite notamment supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, et réduire les dépenses publiques de 60 milliards d'euros sur cinq ans.

La dépense publique représente plus de la moitié du PIB français (57% du PIB en 2015, chiffres OCDE), un niveau comparable à celui de la Finlande, mais sensiblement supérieur par exemple aux Etats-Unis (37,7%), le Royaume-Uni (42,8%) ou l'Allemagne (44%).

M. Macron entend réduire la part de ces dépenses de 3 points de PIB entre 2016 (55%) et 2022.

Un plan d'investissement public

50 milliards d'euros sur 5 ans d'investissements publics, financé par l'endettement, à ventiler dans différents secteurs comme la transition écologique, la formation, l'agriculture, les transports, etc.

En Marche !, le mouvement politique de M. Macron prône le recours à l'endettement public en profitant de "taux d'intérêt qui restent historiquement bas". "L'Etat peut aujourd'hui emprunter à un taux sensiblement inférieur au taux de croissance de l'économie (...) ce qui signifie que nous ne risquons pas le cercle vicieux de l'endettement", selon son document de présentation économique et budgétaire.

Cette hypothèse est toutefois soumises à une incertitude: les taux d'intérêt en Europe vont remonter à mesure que la Banque centrale européenne resserre sa politique monétaire ultra-accommodante.

Du point de vue des Finances publiques, M. Macron affirme pouvoir réduire le déficit public à 1% du PIB en 2022 et la dette publique à 93,2%, contre respectivement 3,4% et 96% en 2016.

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