"Les entreprises ont plus besoin de personnel qualifié que d'aides à l'emploi"

02/12/14 à 11:42 - Mise à jour à 11:42

Source: Trends-Tendances

L'an prochain, avec les transferts de compétences, les moyens du Forem vont plus que doubler pour atteindre 2,6 milliards d'euros. Comment utiliser au mieux cet impressionnant budget pour enfin réduire durablement le chômage en Wallonie?

"Les entreprises ont plus besoin de personnel qualifié que d'aides à l'emploi"

ÉLIANE TILLIEUX, MINISTRE WALLONNE DE L'EMPLOI, ET MARIE-KRISTINE VANBOCKESTAL, ADMINISTRATRICE GÉNÉRALE DU FOREM. © © L'AVENIR/JACQUES DUCHATEAU

Depuis 25 ans, le Forem assure la formation et l'accompagnement des demandeurs d'emploi de Wallonie. Une mission qui évolue avec la transformation de certains métiers, le développement de l'activation des chômeurs et les transferts de compétences en matière d'emploi. A l'occasion de cet anniversaire, la patronne du Forem et sa ministre de tutelle font le point.

TRENDS-TENDANCES. Le Forem est-il touché par les mesures d'économie décidées en Wallonie ?

MARIE-KRISTINE VANBOCKESTAL. Oui, tous les pans de compétences de la Région sont mis à contribution, y compris les politiques de l'emploi et de la formation. Notre budget de cette année est de près de 1,2 milliard d'euros : un bon 700 millions d'aides directes et 450 millions de fonctionnement. Cette dernière enveloppe subira la règle de réduction de 5 % du budget. Nous sommes vraiment à l'os car, depuis cinq ans, notre dotation n'est plus indexée. Cela équivaut à un manque à gagner cumulé de 120 millions.

ELIANE TILLIEUX. Pour 2015, la dotation du Forem sera à nouveau indexée. Elle augmentera de 1 % plus l'index. L'économie réelle ne sera donc pas de 5 mais de 2,7 %. Les moyens d'actions sont relativement préservés. Le budget 2015 est particulier car, avec les transferts de compétences, les moyens du Forem passent de 1,2 à 2,6 milliards d'euros. Nous pourrons intensifier certaines politiques pour mieux coller à la réalité socioéconomique de la Wallonie. C'est d'ailleurs pour cela que l'on a créé les régions.

Savez-vous déjà comment les aides à l'emploi seront réorientées ?

M.-K. V. L'Union wallonne des entreprises a répertorié 34 types d'aide à l'emploi et à la formation. Nous allons examiner ces aides pour repérer les doublons, les effets d'aubaine... Les dispositifs seront simplifiés et recentrés. Peut-être devrons-nous recycler certaines aides directes vers la formation. Le système actuel pousse au recrutement de demandeurs d'emploi peu qualifiés. Mais ils ne répondent pas à l'attente et retournent vite au chômage. Il serait plus efficace de mieux former les gens, un peu comme on dit qu'il vaut mieux apprendre à une personne à pêcher plutôt que de lui donner du poisson.

Quand un investisseur envisage de s'implanter en Wallonie, ses deux principales questions concernent la disponibilité des terrains et de la main-d'oeuvre qualifiée. L'entreprise a besoin des compétences de son personnel pour se développer. Si nous pouvons lui fournir cela, elle peut très vite se rendre moins dépendante de l'aide financière directe.

Ne faudrait-il pas alors miser plus sur la formation en alternance ?

É.T. Effectivement, quand on entre dans le concret, dans l'entreprise, le jeune accroche mieux. Les personnes qui sont passées par l'apprentissage et par des stages professionnels sont parmi celles qui s'insèrent le mieux et de la manière la plus durable dans le marché du travail.

M.-K.V. En Allemagne, la formation en alternance, ce n'est pas une filière de relégation mais bien une filière noble, y compris dans l'enseignement supérieur. Les places de stage se négocient avec les partenaires sociaux, selon les métiers et les secteurs. Il y a un système très organisé et qui fonctionne. Chez nous, en théorie, l'alternance séduit. Mais en pratique... Un dispositif a été élaboré lors de la législature précédente, il faut le faire vivre maintenant. Si ça ne marche pas maintenant, je me demande ce qu'il faudra faire.

Depuis 10 ans, un consortium de valorisation des compétences existe. Il doit octroyer des titres légaux sur la base de l'expérience acquise par le travail. Ce pourrait être un formidable passeport vers la réinsertion... si les procédures n'étaient pas aussi lourdes.

Retrouvez cette interview complète dans le magazine Trends-Tendances de cette semaine.

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