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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

31/07/17 à 12:48 - Mise à jour à 12:48

Les enjeux invisibles du Brexit

Le Brexit ne fait plus la Une des médias et pourtant, derrière les négociations de séparation qui ont lieu en ce moment entre le Royaume-Uni et l'UE, il n'y a pas qu'un enjeu économique, il y a aussi des situations humaines parfois très pénibles.

Les enjeux invisibles du Brexit

© istock

Les Belges qui sont friands de vacances en Espagne devraient faire l'expérience de parler quelques minutes avec les Britanniques qui ont élu domicile à la Costa del Sol. D'abord, ils se rendraient compte que ces Britanniques sont très nombreux à s'être installés en Espagne. Officiellement, on parle d'un peu plus de 300.000 ressortissants, mais le chiffre réel serait plus proche des 700.000 Britanniques présents en Espagne. Certains ne sont en effet pas enregistrés à l'ambassade britannique de Madrid alors que d'autres viennent discrètement, mais régulièrement, profiter de leur seconde résidence dans le sud de l'Espagne. Bref, l'Espagne est de loin, très loin, la première destination européenne des expatriés britanniques, et le Brexit leur fait peur, très peur.

Certains sont des travailleurs indépendants, d'autres sont par exemple employés comme professeurs d'anglais par l'État espagnol, mais tous se posent la question de leur permis de travail ou de la possibilité qui leur sera laissée ou pas de monter leur propre entreprise lorsque la Grande-Bretagne ne fera plus partie de l'Union européenne. Et d'autres, généralement des retraités, ont peur, car depuis quelques mois déjà, la livre sterling a baissé face à l'euro, et c'est leur pouvoir d'achat qui est directement menacé. Des questions se posent également sur le système public de soins de santé. Y auront-ils encore accès après le Brexit ?

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Derrière les plages ensoleillées d'Espagne, l'enjeu économique du Brexit est permanent

Et si vous parlez avec des agents immobiliers de la Costa del Sol, ce que j'ai fait également durant mon séjour, vous verrez que certains se montrent assez inquiets. En effet, si pour toutes ces raisons, une partie de ces expatriés britanniques devaient quitter l'Espagne, ce serait le secteur immobilier qui serait à nouveau affecté. Il s'agirait d'un sale coup pour un secteur qui sort à peine d'un marasme qui a duré presque dix ans. Sans oublier qu'il y aurait sans doute un effet domino sur les commerces de proximité qui risquent de mettre la clé sous le paillasson.

Si vous posez la question à des politiques du sud de l'Espagne, ils vous diront que, bien souvent, les expatriés britanniques ne s'adaptent pas aux Espagnols, mais ils voudraient presque que ce soient les Espagnols qui s'adaptent à eux. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir que des expatriés britanniques présents en Espagne depuis 10, 15 ou 20 ans ne parlent pratiquement pas espagnol ! Mais bon, heureusement, ce sont de bons consommateurs et ils sont là pour remplir les heures mortes des bars et restaurants, quand les Espagnols font la siesta par exemple.

Derrière les plages ensoleillées d'Espagne, l'enjeu économique du Brexit est donc permanent, même s'il semble invisible. Pour l'Espagne, c'est un enjeu capital: avec 18 millions de visiteurs britanniques par an, les rapports commerciaux entre le pays méditerranéen et la Grande-Bretagne représentent 11 % du PIB espagnol. Ce n'est pas rien...

Amid Faljaoui, en Espagne

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