Les dix travaux de Di Rupo : la stimulation de l'entrepreneuriat (10/10)

11/09/13 à 15:47 - Mise à jour à 15:47

Source: Trends-Tendances

En Belgique, les personnes qui ne prennent pas de risques sont récompensées par un filet social étendu. Celles qui entreprennent, sautent dans le vide. S'il faut un pacte de compétitivité pour remettre les entreprises à flots, cette mesure ne fera pas des Belges des entrepreneurs pour autant.

Les dix travaux de Di Rupo : la stimulation de l'entrepreneuriat (10/10)

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Selon de nombreux rapports sur l'entrepreneuriat, les Belges n'atteignent pas la moyenne européenne. En 2012, la Commission européenne a organisé une enquête posant la question : si vous pouviez choisir entre un travail comme employé ou comme indépendant, que feriez-vous ? Seulement 30% des répondants belges choisissent une existence d'indépendant contre une moyenne européenne de 37%. De tous les états membres, seuls la Suède, la Finlande, le Danemark, l'Allemagne et la Slovénie obtiennent un score moins élevé ; 40% des Français optent pour l'entrepreneuriat contre 44 % des Italiens.

Le Global Entrepreneurship Monitor de 2012 révèle que seulement 3% des personnes âgées de 18 à 64 ans ont l'intention de fonder leur entreprise, contre une moyenne de 4% dans tous les pays développés. Seuls 2% des Belges, âgés entre 18 et 64 ans, gèrent une entreprise de moins de 3,5 ans, contre une moyenne de 3% pour les pays développés.

L'entrepreneuriat n'est-il pas propre aux Belges? Il l'est, mais pourquoi déployer tous ces efforts si l'état s'occupe si bien de vous ? "La Belgique est un pays très dépendant de l'état" explique Johan Lambrecht, directeur du Centre d'étude pour l'Entreprenariat et professeur à la Haute école-Université de Bruxelles (HUB). "Notre étude révèle qu'on fonde moins de nouvelles entreprises dans de tels pays. La dépendance à l'état fait partie de la culture sociale. Nous nous sentons dépendants de l'état. On peut changer cette mentalité en diminuant cette dépendance".

Le pacte de compétitivité

C'est un travail de longue haleine. Pour les neuf mois qui lui restent, le gouvernement Di Rupo ne peut rien faire de plus face à l'hémorragie que connaît l'entrepreneuriat existant : les faillites et les fermetures pleuvent. La Belgique dépend de ses exportations, mais nos sociétés perdent leurs parts de marché à l'étranger.

Le pacte de compétitivité prévu pour cette année doit offrir une première aide. Johan Bortier, directeur du service d'étude de l'organisation des entrepreneurs flamande Unizo, souhaite accorder la priorité aux coûts salariaux. "Le gouvernement fédéral a instauré une baisse des charges de 270 millions d'euros à partir du 1er avril 2013, et 370 millions d'euros par an après" déclare Bortier. "C'est beaucoup trop peu pour neutraliser le handicap salarial et rétablir notre compétitivité. Le gouvernement n'a encore rien fait de l'étude de la Banque Nationale sur le mécanisme d'index. Il ne réussit même pas à entamer une discussion."

Autre difficulté: la facture d'énergie. Les entreprises sont mécontentes de devoir contribuer aux parcs d'éoliennes en mer. L'état paie lesdits certificats verts off-shore dont il facture le coût aux consommateurs. "Cette mesure sera impayable quand les sept parcs d'éoliennes prévus seront opérationnels" déclare Bortier. "En fonction de leur consommation d'énergie, certaines PME devront débourser des milliers d'euros par an. Comparé à nos pays voisins, c'est trop".

Cependant, une amélioration est en vue. En juillet, le gouvernement a approuvé une note cadre pour réformer le système. "Le prix d'un certificat vert off-shore ne sera plus fixe, mais évoluera avec les prix de vente de l'électricité" dit Bortier. "Cette mesure devrait limiter les coûts pour les consommateurs".
Mais les coûts de salaire, l'énergie meilleur marché et la réduction de la paperasserie - les permis de construction et d'environnements uniformes devraient être terminés l'année prochaine - ne feront pas des Belges des entrepreneurs.

Lambrecht propose d'instaurer un revenu de remplacement d'une durée maximale de deux ans pour les entrepreneurs en difficulté. Cette mesure devrait également stimuler les entrepreneurs débutants. "Le manque de filet social dissuade beaucoup de gens de commencer leur propre affaire. Un certain nombre de pays ont déjà instauré cette mesure. La Belgique s'en tient à des références dans l'accord du gouvernement".

Unizo indique que le gouvernement a pris des mesures pour améliorer le statut d'indépendant, telles que l'harmonisation de la pension de ménage minimum avec celle des employés. Cependant, les entrepreneurs sur le terrain estiment que le fossé entre les deux groupes est encore trop profond. Jos Claeys, le CEO de Westvlees, le leader en traitement de viande porcine émet même l'avis, pas très politiquement correct, qu'"il y a plus de filets pour les personnes qui suivent une procédure d'asile que pour les entrepreneurs confrontés à une épreuve."

Crédits

Le monde des entreprises fait de nombreuses autres propositions pour stimuler l'entrepreneuriat , même si celles-ci ne sont pas nouvelles. Faire cesser le tsunami de règles et de lois constitue un bon exemple. "Tout ministre devrait avoir pour tâche de supprimer plus de règles que d'en créer" dit Karel Cardoen, le CEO de la chaîne de voitures.

La pénurie de crédits est un classique. "Les PME belges souffrent d'un déficit chronique de liquidités" déclare Christian Salez, le CEO de producteur de mobilier Bulo. Pour le président de la FEB Pierre-Alain De Smedt, le financement constitue également un élément-clé : "Les entrepreneurs ayant un bon projet doivent avoir l'opportunité de le financer. Les banquiers sont encore traumatisés par la crise bancaire".

Le baron Paul Buysse, président de la société de métaux Bekaert, plaide en faveur d'un nouveau plan Marshall en Belgique. "Ce pays éprouve un besoin presque historique de redéfinir ses priorités socio-économiques. Un plan Marshall global devrait fournir la dynamique nécessaire. Le communautaire doit être tout à fait accessoire".

De nombreux dirigeants d'entreprises sont d'avis que l'entrepreneuriat ne fera son retour que si les mentalités changent. Il est important que l'entrepreneuriat soit à nouveau synonyme de fierté. "Les entrepreneurs et les dirigeants d'entreprises sont stigmatisés. Nous avons oublié que travailler constitue un privilège et que nous devons pouvoir récompenser le développement et le succès" dit Salez.

Peter Janssen, CEO du producteur de crème glacée Glacio, plaide pour une sensibilisation par le biais de l'enseignement : "Commencez par une heure par semaine d'économie. Expliquez qu'elle constitue la base de notre prospérité".

Finalement, selon Unizo, il faut transformer les faillites en processus d'apprentissage plutôt qu'en infamies. "La société qualifie les faillites d'échecs et y voit souvent des signes de fraude. Il n'y a pas de fumée sans feu. L'état peut améliorer cette perception en effaçant les traces de faillites de fichiers officiels. L'entrepreneur en faillite doit avoir la possibilité de payer ses dettes de façon structurée et de recommencer".

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