Les banques grecques seront fermées lundi

28/06/15 à 20:17 - Mise à jour à 21:50

Source: Belga

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé dimanche soir à la télévision la fermeture temporaire des banques grecques, et l'instauration d'un contrôle des capitaux, tout en invitant la population à garder son sang-froid.

Les banques grecques seront fermées lundi

Alexis Tsipras, premier ministre grec © REUTERS

Le refus de l'Eurogroupe de prolonger le programme d'assistance à la Grèce au-delà du 30 juin "a conduit la BCE à ne pas augmenter la liquidité des banques grecques et a contraint la Banque de Grèce à activer les mesures de fermeture temporaire des banques et de limitation des retraits bancaires", a déclaré M. Tsipras, tout en assurant que "les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont absolument garantis".

Le Premier ministre n'a pas précisé la durée de ces mesures radicales mais les médias grecs tablaient sur leur maintien au moins jusqu'au référendum du 5 juillet.

Alexis Tsipras a également annoncé avoir reformulé dimanche à l'UE et la BCE la demande de la Grèce d'une prolongation du programme d'aide. Celle-ci avait été refusée samedi par l'Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro. Cette fois, la requête a été adressée au "président du Conseil européen et aux 18 dirigeants des Etats membres de la zone euro, ainsi qu'au président de la BCE, de la Commission et du Parlement européen".

"J'attends leur réponse immédiate à cette requête démocratique de base", a-t-il ajouté lors de son allocution télévisée. "Ce sont les seuls qui peuvent le plus rapidement possible, et même ce soir, renverser la décision de l'Eurogroupe et donner la possibilité à la BCE de rétablir le flux des liquidités des banques", a appelé le Premier ministre.

Alexis Tsipras a assuré que "les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont totalement garantis", tout comme le sont "le versement des salaires et des retraites".

Il a appelé la population à "affronter la situation avec sang-froid et détermination", mettant de nouveau en cause, à travers les décisions de l'Eurogroupe et de la BCE, une tentative de "chantage de la volonté du peuple grec".

Le refus de l'Eurogroupe, samedi, de prolonger le plan d'assistance à la Grèce le temps d'organiser un référendum, "constitue, au regard des pratiques européennes, une remise en cause inédite du droit d'un peuple souverain au choix démocratique", selon M. Tsipras.

En un moment "crucial" pour la Grèce, "notre seul peur est la peur. Nous ne la laisserons pas nous gagner", a conclu le Premier ministre grec de gauche radicale.

Les banques grecques s'attendaient à ces mesures de contrôle de capitaux pour maintenir en vie le système financier du pays, qui risque d'aller droit au défaut de paiement et à la panique bancaire, même si la Banque centrale européenne avait donné un peu de répit au pays en maintenant "le plafond de fourniture de liquidités d'urgence aux banques grecques au niveau décidé vendredi".

Les banquiers centraux ont ainsi pris au dépourvu les commentateurs qui s'attendaient à ce que la BCE coupe dès dimanche le robinet des prêts d'urgence ELA, seule source de financement des banques grecques et de toute l'économie du pays, au lendemain de l'échec retentissant des négociations entre la Grèce et ses créanciers (BCE, FMI, Commission européenne). Depuis cinq mois ils discutaient d'un renflouement du pays en échange de réformes et de coupes budgétaires.

Merkel réunit lundi les chefs des groupes parlementaires

La chancelière allemande Angela Merkel recevra lundi à 13h30 les chefs des groupes parlementaires et des partis pour une réunion consacrée à la Grèce, au bord d'une déroute bancaire qui pourrait déboucher sur une sortie de la zone euro, a annoncé son porte-parole dimanche.

Son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et son allié bavarois CSU, le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts ont également invité leurs députés respectifs à des réunions exceptionnelles dans la journée.

La dirigeante conservatrice, dont le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis assure qu'elle "détient la clé" pour dénouer la crise, doit informer les chefs des partis de la situation en Grèce et des conséquences possibles pour la zone euro.

La décision du Premier ministre grec Alexis Tsipras d'organiser un référendum dimanche prochain a provoqué la colère et l'incompréhension de nombreux élus et députés allemands alors que de plus en plus de conservateurs s'opposent à toute nouvelle éventuelle aide à la Grèce.

La grande coalition de la chancelière formée par les conservateurs et le SPD dispose d'une écrasante majorité au Bundestag, la chambre des députés.

Verhofstadt appelle à un gel de trois mois

Le chef de groupe des libéraux au parlement européen Guy Verhofstadt a appelé dimanche à "une période de gel" de la situation après la suspension des négociations entre Athènes et ses créanciers. Le gouvernement grec ne mérite pas de dernière chance mais la population oui, a-t-il estimé.

Le ministre grec des Finances Yanis "Varoufakis et les leaders de la zone euro doivent retrouver la raison", a indiqué dimanche Guy Verhofstadt, soulignant que tout le monde aurait à perdre des suites d'un 'Grexit'. "Les créanciers perdront leur argent et l'économie grecque continuera de s'enfoncer", a-t-il précisé.

L'ex-premier ministre belge est d'avis qu'Athènes doit mettre son plan de réformes au frigo pendant une "période de gel" de trois mois qui doit permettre d'ouvrir la voie à un programme de réformes ambitieux et à l'émergence d'une solution pour le problème de la dette grecque. Cette option permettrait l'organisation à terme d'un référendum, imagine le chef de groupe libéral.

Ce dernier se dit convaincu de la nécessité de réformes radicales en Grèce visant notamment à "lutter contre la corruption et le clientélisme", faire baisser les coûts de la fonction publique, ouvrir les marchés au privé et flexibiliser le marché du travail.

La Commission publie les dernières propositions de réforme pour "informer le peuple grec"

La Commission européenne a publié dimanche sur son site internet les dernières propositions de réforme formulées par elle, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) à des fins de "transparence", afin d'"informer le peuple grec" en vue du référendum décidé par Athènes. Elle rappelle que les discussions sur ces propositions étaient encore en cours à l'heure où Athènes a décidé de l'organisation d'un référendum qui a mis en suspens le programme d'aide européen et les négociations et jeté un doute sur l'avenir du pays au sein de la zone euro.

Les propositions soulignent la nécessité d'un surplus budgétaire pour les prochaines années moyennant un paquet fiscal passant par une "harmonisation" des taux de TVA, de nouvelles taxes, une réforme des pensions - déclarées "insoutenables" - visant à l'allongement des carrières, une réforme de la fonction publique, des soins de santé et des affaires sociales, une réduction du plafond de dépenses militaires, ainsi qu'un train de privatisations.

L'harmonisation de la TVA consiste en une unification du taux standard à 23% (restaurants et catering...), un taux réduit à 13% pour l'alimentation de base, l'énergie, les hôtels et l'eau, un taux super réduit de 6% pour les produits pharmaceutiques et la culture (livres...) et une série d'exceptions.

Le paquet fiscal prévoit des réformes pour les agriculteurs, les fonctionnaires, les propriétaires, une "modernisation" de la législation sur la fraude et l'évasion fiscale, une augmentation progressive de la taxation des armateurs, un renforcement de la capacité de l'administration fiscale et de la lutte contre la corruption, une augmentation de 26 à 28% de l'impôt des sociétés.

Le document reprend également les dernières mesures en faveur de la réforme du secteur financier, du marché du travail et du marché de l'énergie. Les privatisations visent l'accélération de projets portuaires et aéroportuaires en cours.

Près de 2.000 personnes rassemblées en faveur du "non" au référendum

Près de 2.000 personnes, majoritairement des sympathisants d'extrême gauche, se sont rassemblées devant le parlement à Athènes dimanche soir pour demander aux Grecs de voter le 5 juillet contre les mesures soumises au gouvernement d'Alexis Tsipras par les créanciers.

"Non à l'austérité, oui à la solidarité européenne", pouvait-on lire sur les banderoles. Au mégaphone, les manifestants criaient en grec puis en anglais: "nous disons un grand 'non' à cette prison qu'est devenue l'Union Européenne".

"Jusqu'à mardi, les dirigeants européens et les médias vont tenter de nous effrayer et nous pousser à voter +oui+ lors du référendum. Mais après cinq années d'austérité, nous ne pouvons accepter d'autres mesures qui vont nous étrangler", commente Kostas B., 23 ans.

Son ami, Andreas S., estime "juste" la décision du Premier ministre de convoquer un référendum: "Alexis Tsipras n'a pas été élu pour poursuivre la même politique que ses prédécesseurs".

Alexis Tsipras, tirant les conséquences de l'échec de cinq mois de négociations avec les créanciers du pays -UE, BCE, FMI- avait provoqué la stupéfaction en annonçant à la télévision, dans la nuit de vendredi à samedi, un référendum.

Les Grecs, selon le texte de la proposition, devront dire "oui" ou "non" au projet d'accord présenté par la Commission européenne, la BCE et le FMI à l'Eurogroupe du 25 juin. Mais la question semble désormais caduque puisque les créanciers, dans un élan de fermeté, ont déclaré samedi que le plan d'aide actuel à la Grèce, dans lequel s'inscrit la proposition, ne serait pas prolongé au-delà de mardi.

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