Les 7 "conseils d'ami" de la Commission à la Belgique

30/05/12 à 15:31 - Mise à jour à 15:31

Source: Trends-Tendances

Couper dans les dépenses de santé, réformer les pensions, augmenter le capital des banques les plus faibles : la Commission européenne a adressé ses recommandations à notre pays. Des conseils qui ont fait bondir le PS du Premier ministre Elio Di Rupo.

Les 7 "conseils d'ami" de la Commission à la Belgique

© Image Globe

La Commission européenne a adressé mercredi une série de recommandations socioéconomiques à la Belgique, ainsi qu'à chaque Etat membre de l'Union, dans le cadre du semestre européen de coordination des politiques.

Elle recommande notamment à la Belgique de...

1. Appliquer le budget 2012

La Belgique doit ainsi appliquer le budget 2012 afin de "s'assurer que le déficit excessif est corrigé en 2012". Il s'agit aussi de "spécifier les mesures nécessaires à l'application de la stratégie budgétaire pour l'année 2013 et au-delà", afin que "le déficit excessif soit corrigé d'une façon durable".

2. Réformer les pensions

Nous devrions également "continuer d'améliorer la durabilité à long terme" de nos finances publiques, "en réduisant les dépenses liées au vieillissement, y compris les dépenses de santé". Plus précisément, il s'agit de "mettre en oeuvre la réforme des pensions et prépensions" et d'"introduire des mesures liant l'âge légal de la pension à l'espérance de vie".

3. Recapitaliser les banques les plus fragiles

Autre recommandation : "augmenter plus encore le capital des banques les plus fragiles" afin de "renforcer la solidité du secteur bancaire en sorte qu'il puisse jouer son rôle normal de prêt à l'économie".

4. Mettre fin à l'indexation automatique des salaires

La Commission enjoint la Belgique à "doper la création d'emplois et la compétitivité, prendre des décisions pour réformer, en accord avec les partenaires sociaux et la pratique nationale, le système de négociation salariale et d'indexation des salaires". Elle préconise en particulier des "accords all-in" entre les partenaires sociaux plutôt qu'une indexation automatique, ainsi que des clauses dérogatoires aux conventions collectives.

5. Passer des taxes sur le travail à des taxes environnementales

Notre pays devrait encore opérer "un transfert significatif des taxes du travail vers des taxes moins défavorables à la croissance, y compris des taxes environnementales". Mais aussi "poursuivre la réforme initiée du système d'allocations de chômage afin d'en réduire les effets dissuasifs et de renforcer l'accent mis sur le soutien à l'emploi et les politiques d'activation destinées aux groupes les plus vulnérables".

6. Amplifier la compétition dans les industries de réseau

La Commission européenne nous recommande encore de "continuer à renforcer la compétition dans le secteur de la distribution, en diminuant les barrières à l'entrée et en réduisant les restrictions opérationnelles". Il convient ici d'"adopter des mesures pour amplifier la compétition dans les industries de réseau (électricité et gaz, télécoms, services postaux et transport) en révisant les barrières régulatoires", notamment.

7. Amplifier la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Dernier conseil de l'exécutif européen : "prendre des mesures pour corriger le manque de progrès dans la poursuite des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre", plus particulièrement "en assurant une contribution significative de la part du secteur du transport".

L'indexation des salaires, cette éternelle pomme de discorde entre l'Europe et la Belgique

Ces recommandations s'inscrivent dans un vaste exercice européen de coordination socioéconomique. L'UE s'efforce depuis longtemps, notamment avec l'ancienne stratégie de Lisbonne, de faire converger les politiques de ses Etats membres, mais la crise de la zone euro a mis en lumière la nécessité d'une convergence plus forte.

Un semestre européen de coordination a donc été mis en place pour inciter tous les Etats à se mettre au diapason des priorités européennes. Les recommandations nationales présentées mercredi, assorties d'un document détaillé pour chaque pays, constituent une étape centrale de ce semestre. Elles seront validées au sommet européen de juin et devront ensuite servir de référence pour les gouvernements.

L'an dernier, à l'occasion du premier semestre européen, la Commission avait déjà adressé six recommandations à la Belgique, relativement similaires à celles présentées mercredi. Dans un document d'évaluation, également diffusé ce mercredi, elle fait état d'une mise en oeuvre partielle de certains points, saluant la réforme des pensions, le renforcement de l'observatoire des prix et de la Creg ou l'accord sur le budget.

L'indexation des salaires, depuis longtemps un point de litige entre l'Europe et la Belgique, est la seule recommandation qui n'a pas du tout été suivie jusqu'à présent, estime la Commission.

Recommandations européennes : "Rien de neuf... En attendant, la Belgique résiste mieux que les autres !"

En réponse aux recommandations de la Commission, le Parti socialiste belge note que "rien ne change dans les vieilles recettes libérales prônées par la droite européenne. En attendant, la Belgique résiste mieux que beaucoup d'autres pays. Notamment parce que notre modèle de sécurité sociale et le maintien de l'indexation automatique des salaires jouent leur rôle de bouclier social face à la crise."

Le PS assure au passage qu'il "continuera à défendre fermement notre modèle social" et "s'opposera à de nouvelles réductions dans les dépenses de santé, à toute remise en cause de l'index et à une augmentation de l'âge légal de la pension".

"On voit tous les jours les ravages de l'austérité aveugle imposée par la droite dans plusieurs pays européens, dénonce le parti du Premier ministre Elio Di Rupo. Au contraire, la Belgique résiste mieux que d'autres, en appliquant une politique budgétaire sérieuse et responsable, qui n'entrave pas toute reprise de la croissance."

Thierry Giet, président du PS, conclut en affirmant qu'"il n'est pas question d'affaiblir le bouclier social pour les citoyens au moment même où ils en ont le plus besoin. Notre priorité aujourd'hui est de recréer la confiance, notamment avec un plan de relance juste et solidaire."

Et si le PS se dit "favorable à une réduction des charges qui pèsent sur le travail" et "prône une augmentation de la quotité exemptée d'impôts pour les bas et moyens salaires", il propose, "là où l'Europe ne voit que la fiscalité environnementale pour compenser le coût d'une telle mesure", d'"oser ouvrir le débat sur la taxation du capital".

V.D., avec Belga

Nos partenaires