Les 4 défis qui attendent Lagarde au FMI

29/06/11 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Source: Trends-Tendances

C'est fait. Christine Lagarde a été officiellement nommée à la direction générale du Fonds monétaire international. Voici les quatre défis qu'elle devra relever pour s'imposer.

Les 4 défis qui attendent Lagarde au FMI

© Bloomberg

Défi n° 1 : éviter le conflit d'intérêt

Les Européens ont eu ce qu'ils voulaient : garder la direction du FMI à un moment où la zone euro s'enfonce dans la crise de la dette. Mais paradoxalement, Christine Lagarde devra se montrer d'autant plus ferme avec les pays européens en difficulté que de nombreux observateurs s'inquiètent de voir une directrice française se montrer trop indulgente avec sa région mère. De fait, le FMI a accordé 91,7 milliards de dollars prêts à l'Europe, soit un tiers des plans de sauvetage de la zone euro. Christine Lagarde en est consciente et a maintes fois souligné qu'elle saurait être dure. Et elle l'a répété jeudi lors de son "grand oral " jeudi devant le conseil d'administration : "Je ne suis ici pour représenter les intérêts d'aucune région du monde en particulier, mais bien l'ensemble des Etats membres". Et d'assurer : "Je ne me départirai pas de la franchise et de la vigueur nécessaires dans mes discussions avec les responsables européens, bien au contraire, a-t-elle déclaré. Il ne peut y avoir place pour la complaisance quand des choix douloureux doivent être faits, et il n'y a pas d'alternative à l'adoption, par les autorités grecques, d'ajustements difficiles mais indispensables pour restaurer la viabilité des finances publiques et la compétitivité du pays". Concrètement, à peine arrivée, Lagarde devra prendre une décision délicate sur le sort de la Grèce : faudra-t-il ou pas restructurer sa dette ? Mais il n'y a pas qu'avec la Grèce qu'elle sera amenée à se montrer tenace. Elle pourrait bien avoir à croiser le fer avec ceux qui vont lui succéder à Bercy, si ces derniers ne mènent pas les réformes jugées cruciales pour préserver le triple A de la dette française.

Défi n° 2 : convaincre les émergents

"Si je suis élue, je me consacrerai à continuellement adapter la représentation au sein du Fonds, en particulier les quotes-parts, à des réalités économiques changeantes", a-t-elle déclaré. Cela risque de sembler un peu hypocrite, puisque pour vraiment "adapter" le fonds aux nouveaux rapports de forces économiques, il aurait déjà fallu que Christine Lagarde laisse la direction du fonds à un émergent, comme son prédécesseur l'avait promis. N'empêche qu'il reste des progrès à faire en dehors de la question de la direction. Un rapport interne du FMI publié en mai conclut que la part des postes " senior " occupées par des employé d'Afrique, d'Asie de l'Est, du Moyen Orient et des " pays en transition " d'Europe de l'Est était encore beaucoup trop faible. Lagarde a fort intérêt à y remédier. Car à force d'être exclus des hauts postes des organisations internationales, de nombreux pays pourraient finir par se détourner complètement des institutions de Bretton Woods et créer leurs propres réseaux de coopération. De fait, l'Egypte a annoncé samedi qu'elle abandonnait ses demandes de prêts au FMI et à la Banque Mondiale. Elle se tourne en effet vers deux pays du Golfe : le Qatar avec des investissements de 10 milliards de dollars et l'Arabie Saoudite, avec près de quatre milliards de dollars d'aide sous forme de prêts à long terme et de dons.

Défi n° 3 : préserver la pertinence du Fonds

La sortie de DSK était certes peu glorieuse, mais le bilan de ses trois ans et demi à la tête du fonds est globalement positif. Saisissant l'occasion de la crise pour redonner un sens à une institution de plus en plus désuète, il en a faite un acteur incontournable du système financier mondial. Concrètement, cette réhabilitation de l'institution s'est traduite par le triplement de ses ressources : 500 milliards de dollars supplémentaires se sont ainsi ajoutés aux 250 milliards de dollars de ressources existantes. Christine Lagarde devra donc réussir à tirer les leçons de la crise pour que le FMI continue de jouer un vrai rôle. C'est pourquoi elle a évoqué devant le conseil d'administration la nécessité d'"une surveillance plus rigoureuse, efficace et cohérente [permettent] une meilleure prévention des crises et des conseils de politique sur mesure. Au-delà de sa mission primordiale d'assurer la stabilité des taux de change, le Fonds doit améliorer l'intégration de l'expertise sur le secteur financier dans sa surveillance".

Défi n° 4 : devenir économiste et visionnaire...

Mais Christine Lagarde arrivera-t-elle vraiment à imposer sa patte dans la doctrine du FMI ? Elle est ni économiste, ni banquière, mais avocate. Il faudra donc qu'elle prouve que son manque de diplôme d'économie n'est pas une faiblesse, voire même que c'est une force, en rappelant par exemple que le doctorat d'économie de l'Espagnol Rodrigo de Rato, directeur du fonds entre 2004 et 2007, ne lui a pas permis de prévoir la crise.

Sauf que l'expertise économique de DSK s'est indéniablement avérée précieuse pendant la crise. Il s'est adapté rapidement en prônant, dès 2008, la mise en place de plans de relance keynésiens. Son attitude audacieuse et en décalage avec l'orthodoxie libérale du Fonds a permis d'éviter de commettre les erreurs qui ont mené à la Grande Dépression de 1929.

Christine Lagarde a certes été ministre de l'Economie pendant quatre ans, un record, et elle s'est révélée être une négociatrice charismatique en situation de crise, mais elle n'a jamais formulé de visions fortes et personnelles. De fait, aucune loi ne porte son nom, la législation économique étant surtout définie par l'Elysée. Ce qui fait dire à ses détracteurs qu'elle n'a pas l'étoffe d'une patronne. Reste donc à voir si elle sera très influencée par le numéro 2. L'Américain David Lipton, le conseiller du président Obama pour le commerce extérieur, est pressenti pour le poste. Or cet ancien employé du FMI est connu pour ses positions dures et intransigeantes.

Laura Raim, L'Expansion.com

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