Christophe De Caevel
Christophe De Caevel
Journaliste Trends-Tendances
Opinion

19/10/14 à 13:08 - Mise à jour à 17/10/14 à 16:01

Le temps des caricatures

Charles Michel a toujours rêvé de remplacer notre scrutin électoral proportionnel par un système majoritaire à l'image de la France. Il n'a pas (encore) son scrutin mais il en a déjà les effets. Depuis la diffusion de son programme pour la législature, nous avons droit aux sorties caricaturales, au "tout noir ou tout blanc", à la gauche qui ne trouve pas un paragraphe à sauver dans les 110 pages de l'accord et à la droite toute fière de ce gouvernement qui réformera plus la Belgique que tous ses prédécesseurs réunis.

Le temps des caricatures

© Belga

Ces positionnements ne valent pas seulement pour le monde politique. Les syndicats s'offusquent de "cadeaux" aux entreprises, qui ne sont pourtant que l'accélération de baisses de cotisations sociales décidées sous Di Rupo. Et du côté patronal, à l'inverse, on a soudain cessé de les juger largement insuffisantes pour combler le handicap de compétitivité de la Belgique.

On a beau chercher, on ne trouve pas la fameuse "rupture" dans les volets socioéconomiques du plan d'action du plus jeune Premier ministre de l'histoire du pays. La réforme promise à l'impôt des personnes physiques est à peine esquissée et celle de l'impôt des sociétés (défendue en campagne par le MR et la N-VA, les deux plus gros partis de la coalition) est tout bonnement oubliée. Certes, il y a le saut d'index et le recul de l'âge de la pension. Deux symboles voulus par la coalition de droite pour marquer sa différence, mais qui, placés dans une perspective européenne, n'ont rien d'excessivement sulfureux.

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Cette concertation sociale, c'est le coeur du système belge. Un dysfonctionnement persistant accélérerait le délitement de l'Etat, surtout avec la présence au pouvoir d'une N-VA prête à se saisir du moindre prétexte pour ramener les questions institutionnelles sur la table.

Malgré cela, jusqu'à présent, la coalition réunie autour de Charles Michel a surtout réussi à cliver l'opinion entre ceux qui sont tout heureux de voir les socialistes dans l'opposition et les autres. Du côté francophone, ce clivage génère un tumulte particulièrement négatif autour du 16, rue de la Loi. Logique : moins d'un quart des électeurs ont voté pour un parti de ce gouvernement, ils ne vont donc pas l'applaudir dès ses premiers pas. La situation est bien différente en Flandre, où l'équipe jouit au départ d'un fort soutien électoral.

Dans ce contexte, Charles Michel commence très loin de ce statut de Premier ministre "rassembleur" qu'il revendique. Inversera-t-il le cours des choses ? Politiquement, tôt ou tard, les petits partis d'opposition (cdH, Ecolo, FDF) devront se démarquer du PS pour garder une ligne politique audible et pour ne pas être réduits au statut de satellites du parti socialiste. Cela dégagera un petit espace pour les libéraux, à condition d'avoir le doigté suffisamment habile pour bouger au moment opportun.

Par ailleurs, le Premier ministre assure miser beaucoup sur la concertation sociale, y compris pour les thèmes très délicats de la réforme des pensions, des carrières et de l'organisation du travail. Une posture sincère. Il a besoin d'accords plus larges pour compenser le manque d'assise politique de sa coalition du côté francophone. A-t-il une toute petite chance de réussir à concilier des positions plus antagonistes que jamais parmi les partenaires sociaux ? Peut-être. Mais à condition que le banc patronal ne se montre pas trop sûr de lui et des arbitrages gouvernementaux, au point d'oublier la nécessité d'accepter certaines concessions pour avancer vers le compromis. Et que les représentants syndicaux n'optent pas pour la stratégie du débrayage systématique, surtout si elle n'est pas suivie de la même manière dans les différentes régions du pays.

Cette concertation, c'est le coeur du système belge. Un dysfonctionnement persistant accélérerait le délitement de l'Etat, surtout avec la présence au pouvoir d'une N-VA prête à se saisir du moindre prétexte, de la moindre paralysie, pour ramener les questions institutionnelles sur la table. Ce risque ne peut certes pas justifier tous les renoncements. Mais tous les protagonistes doivent néanmoins toujours le garder à l'esprit.

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