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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

14/06/16 à 15:55 - Mise à jour à 15:55

'Le prochain président des États-Unis sera également... notre président'

La course à la présidence américaine intrigue souvent les Européens, en particulier cette année-ci avec la présence de Donald Trump, un personnage perçu comme totalement fantasque et caricatural de notre côté de l'Atlantique...

'Le prochain président des États-Unis sera également... notre président'

Trump et Clinton, le 26 avril 2016 en Pennsylvanie © Reuters

L'erreur serait de croire qu'il s'agit d'abord d'un problème purement américain. En effet, rien n'est plus faux, comme le rappelle l'écrivain Guy Sorman. Qu'on le veuille ou non, et même si nous ne sommes pas des citoyens américains, le prochain président des États-Unis sera également notre président.

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Qu'on le veuille ou non, le prochain président des États-Unis sera également... notre président

Cela se vérifie surtout en temps de guerre, nous dit Guy Sorman. "Quand il y a 3 ans, François Hollande annonça publiquement une attaque aérienne contre l'armée de Bachar Al-Assad, une heure plus tard, Barack Obama fit savoir au président français que les Américains ne soutiendraient pas cette offensive. Or le problème, c'est que l'aviation française est incapable de frapper au-delà de l'Europe sans l'appui logistique des États-Unis. Et c'est finalement ce retrait d'Obama qui a ouvert grand les portes de la Syrie à Daesh et à l'armée russe". Voilà donc pour l'influence du président américain en temps de guerre...

Mais même en temps de paix, nous ne nous en rendons pas compte à quel point nous sommes sous la coupe des États-Unis et de leur président. Sans la marine américaine, et en particulier la 7e flotte, gendarme du Pacifique, le commerce mondial ne fonctionnerait pas aussi bien. Sans cette 7e flotte, nous n'aurions pas dans nos poches ce smartphone à bas prix qui nous est parvenu de Taiwan ou de Corée du Sud, sans encombre, grâce à la présence rassurante de la Navy américaine.

En d'autres termes, l'ordre ou le désordre mondial dépend souvent du président des États-Unis, qui est aussi le chef suprême des armées. Et le paradoxe auquel Guy Sorman nous invite à réfléchir est le suivant: en réalité, le président des États-Unis a plus de pouvoir à l'extérieur de son pays qu'à l'intérieur. Pourquoi ? Parce que les pères fondateurs des USA ont veillé à ce que les pouvoirs internes du président soient contrebalancés par ceux du Congrès, des États et de la Cour Suprême. Avec pour résultat que le président US est plus le président du monde que le président des Américains.

Guy Sorman a raison de rappeler dans son blog que c'est la raison pour laquelle Jean-David Levitte, l'ancien ambassadeur français à Washington, proposait avec malice que les Européens puissent désigner quelques membres du Sénat américain... Ce serait la seule manière pour les Européens d'être entendus à Washington. Pour l'heure, c'est de l'utopie.

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