Le président chinois séduit Davos: "Stopper les échanges (...) est impossible et à rebours de l'histoire"

18/01/17 à 07:03 - Mise à jour à 07:03

Source: Afp

Le président chinois Xi Jinping s'est posé mardi en champion d'une mondialisation irréversible, offrant à l'élite économique réunie à Davos un profil de gendre idéal du libre-échange et un contrepoint à Donald Trump et ses tentations protectionnistes.

Le président chinois séduit Davos: "Stopper les échanges (...) est impossible et à rebours de l'histoire"

Xi Jinping, à Davos. © Reuters

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La grande salle du palais des congrès était pleine à craquer, signe des attentes des chefs d'entreprise, ministres, décideurs de tout poil présents cette semaine dans cette station de ski suisse pour le forum économique mondial.

Ils n'ont pas été déçus. M. Xi a servi un discours de près d'une heure, ciselé de paraboles ("l'économie mondiale est un grand océan", "la mondialisation est une lame à double tranchant") et de références littéraires, chinoises mais aussi occidentales, quand il a rendu hommage à Charles Dickens ou au discours de Gettysburg d'Abraham Lincoln.

Surtout, il leur a tenu un discours rassurant et favorable à la mondialisation.

"Nous devons rester attachés au développement du libre-échange (...) et dire non au protectionnisme", et "toute tentative de stopper les échanges de capitaux, technologies et produits (...) est impossible et à rebours de l'histoire", a-t-il dit, plantant une banderille dans le dos de Donald Trump, sans le nommer.

Le futur président américain, qui prendra ses fonctions vendredi, a bâti son succès électoral sur la dénonciation des effets de la mondialisation sur les emplois américains et menace d'ériger des barrières douanières.

"Personne n'émergera en vainqueur d'une guerre commerciale", a encore prévenu M. Xi.

"Il a brillamment saisi cette occasion pour tenter de prendre le +leadership+ mondial", s'est enflammé John Neill, qui dirige le groupe britannique de logistique Unipart, estimant avoir peut-être assisté à un tournant historique. D'autres participants se sont montrés un peu plus mesurés.

Car depuis près de 50 ans, Davos réunit des dirigeants d'entreprises, des chefs de gouvernement, des hommes politiques, des artistes, toute une élite globalement acquise au libre-échange sous toutes ses formes.

Ils débattent des orientations du monde dans le grand centre des congrès ou se rencontrent discrètement pour parler affaires dans une salle de réunion, ou accoudés au bar, dans un grand hôtel, ou encore au cours de ces fameuses fêtes qui participent à la renommée de Davos.

Cette édition a cependant une saveur particulière compte tenu de l'hostilité croissante d'un partie importante des populations occidentales envers la mondialisation, notamment d'une classe moyenne en voie de déclassement. Des électeurs qui ont voté pour Donald Trump, pour le Brexit (la Première ministre britannique Theresa May doit à cet égard s'exprimer jeudi) et vont peut-être bousculer le jeu politique en France, en Allemagne, etc.

"Peut on avoir une influence ? Non"

Les chefs d'entreprise interrogés par l'AFP ne se sont en revanche par vraiment émus du discours mardi de Theresa May à Londres, qui a clairement pris la direction d'un Brexit dur.

"Peut on avoir une influence ? Non. Nous allons devoir vivre avec", a réagi Heinz Haller, vice-président de Dow Chemicals.

Maintenant que les positions sont claires, il faut que les diplomates "travaillent très fort, sur une période très courte, pour trouver une solution bonne pour l'Europe et le Royaume-Uni", selon Pol Polman, patron d'Unilever.

Sur le dossier du climat, et alors que le plus grand flou entoure la position du président-élu américain, les participants à un déjeuner consacré à l'action des entreprises sur le climat (dirigeants de grandes sociétés, anciens diplomates, etc.), se sont voulus rassurants, estimant que la dynamique de l'accord de Paris était enclenchée et que rien ne pourrait l'arrêter.

La présidence Trump rendra tout au plus "la route un peu chaotique", a voulu croire un des intervenants à ce repas organisé sous l'égide des règles de Chatham House, interdisant d'identifier les auteurs de telles déclarations.

Ce forum de Davos est aussi celui des derniers feux de l'administration Obama sur la scène internationale. Le secrétaire d'Etat John Kerry, un habitué des lieux, a fait mardi son ultime discours hors des Etats-Unis, avertissant des dangers du populisme auquel pourrait céder le prochaine administration Trump et encourageant l'Europe : "Mon message à mes amis en Europe est le suivant : l'Europe doit croire en elle-même".

Mercredi, ce sera le vice-président américain Joe Biden qui fera son dernier discours devant le forum.

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