Le nucléaire remplacé par du renouvelable en 2030 et sans explosion des coûts

24/04/14 à 14:30 - Mise à jour à 14:30

Source: Trends-Tendances

Produire 48 Twh à partir de sources d'énergie entièrement renouvelables d'ici à 2030 en Belgique, c'est possible, et ce sans augmentation sensible de la facture d'électricité du citoyen, selon une étude du bureau 3E commanditée par Eneco et WWF et présentée jeudi. 48 Twh représentent environ l'équivalent de ce qui provient actuellement de l'énergie nucléaire.

Le nucléaire remplacé par du renouvelable en 2030 et sans explosion des coûts

© Reuters

Investir dans les énergies renouvelables garantira la sécurité énergétique du pays et peut par ailleurs "fournir jusqu'à 32.500 emplois directs" en 2030, affirment les CEO des deux entités, Christophe Degrez (Eneco Belgique) et Damien Vincent (WWF Belgique). Le bureau d'études 3E a notamment analysé le soutien financier direct ou indirect des autorités belges en matière d'énergie, sur un siècle (1950-2050). Il en ressort que "les énergies traditionnelles (combustibles fossiles, nucléaire, ndlr) reçoivent encore plus de deux tiers du soutien financier des autorités", selon le rapport. "Seulement 6% des subventions totales pour l'énergie ont été dédiées aux économies d'énergie en 2010", note en revanche l'étude.

De 1950 à 2013, 44 milliards d'euros publics sont allés à la production d'électricité via les sources traditionnelles (charbon et nucléaire), selon les calculs présentés. "Ce montant va continuer à augmenter à cause de la rente nucléaire pour s'élever à 50 milliards d'euros en 2025", indique l'étude. Or, selon Eneco et WWF, des aides à hauteur de 50 milliards d'euros étalées de 2002 à 2050 suffiraient à remplacer la production nucléaire par une alternative durable.

Cette alternative durable n'entraînerait pas forcément de gonflement de la facture payée par le citoyen lambda, assurent Eneco et WWF. Le fournisseur gaz-électricité et l'association de défense de l'environnement ont défini à partir des conclusions de l'étude différentes propositions de scénario à destination des autorités. Selon ces "recommandations", le fait de transférer les subventions actuellement réservées au chauffage au mazout vers des économies d'énergie permettrait par exemple d'isoler 118.000 maisons familiales de personnes défavorisées. Une autre piste serait de récupérer la rente nucléaire (jusqu'à 6,8 milliards d'euros entre 2014 et 2025, selon l'étude) pour maintenir le coût supporté par les citoyens pour le développement du renouvelable au même niveau que celui de 2013. Concrètement, cette partie précise de la facture énergétique de monsieur et madame tout-le-monde n'augmenterait pas, selon WWF et Eneco.

Le scénario tablant sur un remplacement du nucléaire par le renouvelable d'ici à 2030 présenterait par ailleurs d'autres avantages, concluent les commanditaires de l'étude. 32.500 emplois pourraient ainsi être créés dans le secteur, que ce soit dans le placement et la maintenance de panneaux photovoltaïques ou dans la recherche et le développement. Des économies seraient également réalisées quant au traitement des déchets radioactifs, sans compter l'abandon du risque inhérent à la production d'énergie nucléaire.

"Ce n'est pas un hasard de sortir cette étude à la veille des élections", précise Damien Vincent, CEO de WWF Belgique. "Le but n'est pas de faire du commerce mais d'ouvrir le débat en avançant des faits", affirme à ses côtés le CEO d'Eneco. Les deux hommes se disent "demandeurs" d'un "cadre de référence" aux différents niveaux d'autorités, une "vision à long terme" qui aiderait à réussir la transition énergétique.

"Arrêtons le débat sur les coûts", résume Damien Vincent. Il est rejoint par Antoon Soete, du bureau d'étude 3E, déplorant que les critiques actuelles envers le renouvelable se concentrent autour du financement. "Le soutien (financier) aux énergies est de tout temps", rectifie celui-ci. "Il existait avant et continuera dans le futur. Ce qui change dans les coûts des énergies traditionnelles ou renouvelables, c'est la visibilité des aides. Il faut garder à l'esprit que les énergies traditionnelles ont déjà reçu 44 milliards au fil du temps, via des subsides directs mais pas seulement".

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